‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 151 sur 188 · Vie de Jésus, p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p

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Voici comme le chef de Técole de Tubingue, le docteur Keim, exécute cette partie de Tœuirre de M. Renan.

« C'eet dans son second volume que M. Renan trai- |

a tera de la résurrection de Jésus^hrisU Mais il fait j

a déjà connaître sa pensée sur le caractère de ce grand « événement. Pour lui, la résurrection est toute sub- |

« jective, et s*accomplit tout entière dans Fesprit des tt disciples. Les explications de détail sont ajournées ; « mais, en attendant, on insinue que l'imagination en- j

« flammée de la nerveuse Madeleine joua un grand a rôle auprès du tombeau provisoire de Jésus, que la « puissance divine de l'amour et l'empire de l'halluci- j

« nation ont doté l'humanité d'un Dieu ressuscité. » « Nous ne voulons point, dit le savant professeur, dis- « cuter cette interprétation, en partie renouvelée de « Geise, qui, lui aussi, récusait le témoignage des « femmes. Selon Renan, le Christ moraliste et révoluce tionnaire ne devait pas, ne pouvait pas ressusciter ! (( Nous engageons le critique français à prendre en « considération un témoignage digne de toute cona fiance, celui de saint Paul, qui, parmi les premiers « témoins de la résurrection de Jésus*Christ, nomme « saint Pierre. *— Nous l'engageons, en outre, à ^ « démander s'il n'y a pas quelque chose de plus dif- « ficile à expliquer que la résurrection du Christ, à tt savoir, la fondation et le caractère de l'Eglise sans

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« la résurrection. — Comment TÉglise primitive, <( dont les paroles et les actes sont empreints de « tant de calme, de sagesse et de raison, est-elle tt née du sein du fanatisme et de la folie des vision* tt naires? Les visionnaires qui entourent le tombeau t< de Jésus-Christ doivent se retrouver plus tard au <c milieu des apôtres et au sein de la communauté « chrétienne de Jérusalem; le premier siècle tout « entier doit être un foyer d'aveugle fanatisme ! Croi- « rez-vous cette éoormité, la persuaderez -vous au « monde *? »

Voilà la science parlant par la bouche du bon sens.

Faisons-le voir par un bref commentaire.

Le fait delà résurrection de Jésus-Christ est la clef de voûte de tout le Christianisme.

Si stupéfiant qu'il soit pour l'incrédulité, il est ce qu'il y a au monde de plus historiquement prouvé et de plus moralement démontré : deux fondements de crédibilité qu'on ne peut écarter sans tomber dans quelque chose de plus stupéfiant que la résurrection de Je su s-

1 . La Vie de Jésus et la critique allemande, par l'abbë Meignan.

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Chbist, dans le tombeau, pour ainsi dire, de Thistoireetdelaraison.

Tai présenté ces deux aspects de démonstration dans mes Études, en deux parties très-différentes, et sans songer à quel point elles composaient un tout : — La preuve historique, dans mes nmwelles Études sur la Vierge Marie; la preuve morale, dans mes premières Éttâdes.

La preuve historique, par laquelle je me trouve avoir plus particulièrement réfuté à l'avance M. Renan, a cela de singulièrement probant à mes yeux, qu'elle a ce caractère sans que je me le sois proposé, et tout à fait par elle-même.

On va le comprendre et l'apprécier : il y a là comme un résultat providentiel.

Dans la partie de mes nouvelles Études qui traitent de la Vierge Marie â après U Évangile, je ne songeais pas à prouver la vérité de la résurrection aux lecteurs généralement croyants que j'avais en vue. Il s'est trouvé, cependant, que j'ai eu à traiter de la résurrection pom* expliquer, cCaprès FÉvangile, l'absence complète de la Vierge Mère dans les diverses scènes de ce grand dénoûment de la destinée terrestre de son divin Fils. J'ai dû rechercher, à cet effet, quels avaient été les motifs et les effets de ces diverses scènes. Et alors qu'ai-je vu, qu'ai-je montré en serrant de près les textes évangéliques et en en faisant jaillir l'esprit? C'est que les appari-

tions de Jésus-Christ n'avaient eu d'autre objet que de forcer une incrédulité telle, que la participation de la sainte Vierge y eût été injurieuse pour sa foi. Et ainsi, en ne me préoccupant que de ce dernier point de vue, je me suis trouvé avoir fait une véritable démonstration historique de la résurrection par l'incrédulité des Apôtres. Tellement, qu'ayant à fournir aujourd'hui une démonstration pareille pour répondre à l'explication de M. Renan tirée de ce que Vamour fit trouver partout une créance facile à cet événement, je ne puis mieux faire que donner ici cette réfutation d'ailleurs comme inédite pour nombre de lecteurs du présent ouvrage.

Pour répondre à cette question (relative à l'absence de la sainte Vierge), disions-nous donc, il n'y a qu'à rechercher les causes de ces apparitions et leurs effets sur ceux à qui elles s'adressèrent.

Or, ce qui ressort le plus de cette recherche, c'est l'inintelligence, l'incrédulité, la grossièreté et la pesanteur des apôtres et des disciples de Jésus, aussi ignorants, aussi défiants, aussi confondus de l'événement de la résurrection que si jamais le divin Maître ne le leur eût annoncé, et ne leur en eût donné des gages. Et c'est eux qui portent contre eux-mêmes cet humiliant témoignage par leurs propres récits, et qui y impriment par là le cachet de la plus naïve sincérité.

Et il y a là une économie admirable. Pour être des

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témoins non suspects auprès de tous les incrédules à venir, il fallait, non-seulement que les Apôtres fussent sincères, mais qu'ils ne fussent pas prévenus par une foi qui aurait dominé Tévénement : il fallait qu'ils fussent dans la même disposition d'incrédulité que tous ceux que leur témoignage dev^t convaincre; qu'ils en fussent comme les représentants; qu*ils vissent la résurrection comme nous l'aurioDs vue, afin que nous la vissions nous-mêmes en eux.

Parcourons les diverses scènes de ce grand événement et assistons-y, en quelque sorte, pour bien nous copvaincre du grand témoignage qui en sort pour la foi.

€e ne sont pas les Apôtres d'abord, ce sont les femmes qui se rendent les premières au sépulcre, et Marie- Madeleine la première. Mais elles n'y sont pas conduites par l'espoir de la résurrection, bien que le troisième jour soit arrivé. Elles y vont embaumer le corps du Sauveur pour en retarder la corruption. EUes ne le trouvent pas ; elles voient la pierre qui le couvrait renversée, et la pensée ne leur vient pas qu'il puisse être ressuscité. Madeleine court à Simon-Pierre lui dire,...* Quoi! il est ressuscité? Non : là ont enlevé le Seigneur dti s^uicre et nous ne savons pas où ils l'ont placé ^ Les

1. Cucurrit ergo... et dicit illis r Tulerunt Dominum de mon umento et nescioius ubi posuenint eum. (Joao., xx, 1 , 2.)

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deux autres femmes, Marie et Salomé, pénètrent dépendant dans le sépulcre : elles sont consternées^ de ne pas y trouTer le corps de Jésus. lieux Anges éclatants leur apparaissent. Pourquoi cherehez^ous parmi les morts celui qui est vivant? leinr disent-ils : il est ressuscité, comme il Ta dit. Souvenez-vous de qudle manière il vous a parlé... Allez rfowcvite dire à ses disciples et à Pierre qu'il est ressuscité... Elles sê ressouvinrent alors des paroles de Jésus^, et encore s'en fuirent-elles] toutes tremblantes, saisies de crainte et transportées de joie ^.

Telle est la première impression produite par la résurrection du Sauveur sur Marie-Madeleine et les saintes femmes. Assurément, il n'y a rien là, dans cette grossière méprise, dans cet oubli, dans cette inintelligence des paroles de Jésus, dans ce trouble et ce désordre d'une foi éclipsée par la nature, rien qui ne soit le contraire de cette prédisposition de crédulité à la résurrection que suppose M. Renan. Il y a ceci de particulier même, que Marie-Madeleine, de laquelle il fait partir rétincelle électrique de cette crédulité, est la seule des femmes précisément qui, par son empressement à croire au fait naturel d'uq enlèvement du corps de Jésus et à

4 . Dum meato consternât» essent de isto. (Luc, xxiv, 4.) % Et reooniatse sunt verbonrai «jus. (ttid., 8.) 3. Gum timoré. (MaUh., xxvni, 8.)

Tannoncer, ait été étraogère à V hallucination de Fapparition des Anges.

Maintenant, est-il vrai que cette étincelle, qui avait trouvé une disposition si tardive chez les deux autres femmes , ait gagné la troupe apostolique comme un éclair? Reprenons la suite du récit.

Avertis par Marie-Madeleine, Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait vinrent au sépulcre en courant. Mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au sépulcre '. Et se baissant, il vit les linges à terre, mais il n'entra pas^ Simon-Pierre vint après lui, et, s'étant baissé pour regarder, il n'aperçut que les linges placés à terre ; puis, étant entré dans le sépulcre^, il vit le suaire qu'on avait mis sur la tête de Jésus séparé des linges et plié dans un endroit à part. Alors cet autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, y entra, et il vit, et il crut. — Il crut quoi? que Jésus était ressuscité? — Nullement. Il crut ce qu'il n'avait pas cru sur le rapport de Madeleine, et ce

i. Jean, xx, 3, 4. — Ce disciple est celui même qui rapporte le fait. U courut plus vite parce qu'il était plus jeune, et peut-être aussi parce qu'il aimait davantage Jésus, mais, comme Madeleine, d'un amour encore bien naturel : précipité à voir, pesant à croire.

2. ^tate prudentior, dit Grotius, ideoque diligentius omnia eopplorans. Que de nuances de vérité dans l'Évangile I Et comme tous ces détails de curiosité encline à voir et à vérifier sont opposés à la foi, encore plus à la crédulité sur parole !

LA BÉSURRBCnON. 377

qu'il était venu vérifier : qu'on avait enlevé le corps du Sauveur; car, dit-il lui-même, comme historien, ils ne comprenaient pas encore VÉcriture, selon laquelle il fallait que le Christ ressuscitât d'entre les morts K

Voilà la première conduite des Apôtres : inintelligente du surnaturel, curieuse, défiante, précipitée à voir, tardive à croire : telle en un mot qu'il convient à des témoins historiques.

Ces muets témoignages ne suffisant pas, il faut que Jésus-Christ lui-même apparaisse pour convaincre une incrédulité si naturelle. Il le fait une première fois à Madeleine. Les disciples s'en étant retournés chez eux, cette fidèle suivante de Jésus resta près du sépulcre pleurant, et en pleurant elle se pencha et regarda dedans. Elle vit deux Anges assis qui lui dirent: Pourquoi pleurez-vous? A quoi elle répondit: Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. Ayant dit cela, elle se retourna, et vit Jésus debout: et elle ne savait pas que c'était lui. Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleurez-vous? Elle, pensant que

I. Et vidit, et credidit; nondum enim sciebant Scripturam, quia oportebat eum a mortuis resurgere. — Joan., xx, 8, 9. — Le sens de ce credidit, comme se rapportant, non à la résurrection, mais à Tenlèvement du corps du Sauveur, ne saurait être douteux, d'après cette réflexion de saint Jean, et l'objet même de la venue des disciples au sépulcre, qui était de vérifier le rapport de Madeleine. Credidit cerio abesse corpus, dit Grotius, quod Mariœ MagdcUenœ referenti non crediderat. — Annot. ad Joan.

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c'était le jardinier, lui dit : Si c'est vous qui Vavez enlevé^ dite8<*moi où vous Favez mis et je l'emporterai. Jésus lui dit : Marie. Elle, se retournant, lui dit: Maître. Jésus lui dit: Ne me touchez point; mais allez à mes frères, et dites-leur {pour moi): Je monte vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu^ Marie- Madeleine t;m/^ aux disciples, disant: Qu'elle aurait vu le Seigneur, et qu'il lui aurait dit cela^.

U Quelle tendre expression du fils de Dieu pour les hommes : Mes Frères, expression dont la force s'accroît de Tévénement de sa mort et de sa résurrection, qui l'ont fait nos prémisses, le premier-né et ressuscité d^erUre ses frères. Mais, en nous rendant tels, et en nous faisant fils de Dieu aussi, il ne peut faire que ce soit au même litre que lui : ce ne sera qu'à titre d'adoption. Aussi se distingue-t'il de nous par rapport à son Père, en ne disant pas noire Père, notre Dieu, mais mon Fère et votre Pére^ mon Dieu et votre Dieu. Mon Dieu, parce que je suis homme : mon Père à un autre titre que le vôtre, parce que je suis son Fils par génération, et son égal par essence, parce que je suis Dieu. Que de [vérités exprimées et ménagées dans l'Évangile, et que tout cela est au-dessus des vues rampantes de nos critiques!

2. Quand il s'agit d'annoncer Jésus res&iscité, elle vint. Précédemment, quand il s'est agi d'annoncer Jésus enlevé, selon qu'elle le croyait, elle a couru; dans ce cas-ci, emportée par son amour et par son imagination ; dans l'autre, retardée par ce même amour et par son hésitation. Toutes ces nuances sont à observer et à admirenCesont autant de vestiges de la vérité, qui ia révèlent plus que les plus grands traits, et qui sont en ^ns contraire de la supposition de M. Renan et des vues de l'incrédulité.

3. Le vrai texte n'est pas comme d'après la Vulgate, quia vùU Dominum. J'ai vu le Seigneur. Mais, comme le fait observer Grotius, Quod viddsset Dùminum, qv^elle aurait vu le Seigneur, qu'elle avait vu une apparence du Seigneur, c Car, observe

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Quel récit! quel tableau ! comme la yérité y respire, et que Fart eo est loin ^ I Admirous-y le caractère de Madeleine. Comme il est fidèle à lui-même, tel qu'il s'est révélé la première fois, sous la plume d'uu autre Ëvangéliste ^, lorsqu'elle vint baiser» arroser de ses larmes et essuyer de ses cheveux les pieds du Sauveur, chez le Pharisien ! Comme c'est bien la même que nous retrouvons ici, et dans cette persistance au tombeau, et dans ces larmes qu'elle ne cesse de verser, et dans ces paroles si naïvement tendres : Si c'est vous qui l'avez enlevé j dites- moi oii vous l'avez mis, et je l'empor^ terai.

Que peut-on voir de plus vrai, de plus naturel, de plus touchant; mais aussi de plus éloigné de la prédisposition de foi à la résurrection? Madeleine imagine tout,*croit tout, voit tout, excepté Jésus ressuscité. Son hallucination consiste à ne pas le reconnaître, même quand il est là, et à y voir \e jardinier*

Voilà comment la passion d'une hallucinée a donné au monde un Dieu ressuscité!

« Grotlus, elle doutait encore si ce notait pas une vision incor- <( porelle. » — Voilà la vérité textuelle, de plus en plus contraire au roman de Madeleine halhmnée.

i . Et cependant, chose admirable, c'est ce qui a le plus inspiré Fart. Cela doit être, l'Évangile étant divin, et cela le prouve.

2. De saint Luc, ce qui prouve menifestement la vérité du personnage de Madeleine et de tout oe qui en est rac(Aité par deux Évangélistessi différents.

Mais enfin, maintenant qu'elle a reconnu le Verbe de vie à sa voix, cette voix si tendre pour elle et pour les Apôtres, portée par elle, va trouver dans ceux-ci un écho sympathique, une créance facile^ grâce à la trace que Jésus a laissée dans le cœur de ses disciples ?

Voyons :

Une seconde apparition de Jésus vint s'ajouter à la première, pour multiplier les premiers témoignages de la résurrection aux Apôtres. Elle eut lieu aux autres saintes femmes revenant du sépulcre où les Auges leur avaient apparu. Il se présente à elles sur le chemin, et elles (déjà préparées à cette apparition par celle des Anges) s'approchèrent de lui et l'adorèrent en lui baisant les pieds. Cependant les Apôtres, informés par elles et par Marie-Madeleine de ces apparitions de Jésus, prirent ces propos pour du délire et ne les crurent points au rapport de trois Évangélistes *.

M. Renan n'aurait pas été plus incrédule.

Cette incrédulité des Apôtres qui ne s'est pas laissé entamer par des témoignages si formels, par des messagers de J É s u s si exprès, va être enfin dissipée par la vue de Jésus lui-même. Mais comment? et que cette troi-

1. Et illi audientes non crediderunt Marc, xxvi, H. — Et visa sunt ante illos, sicut deliramentumj verba ista : et non crediderunt illis. Luc, xxiv, H .

sième apparition va faire ressortir cette incrédulité avant de la convaincre!

Ici vient se placer l'apparition de Jésus aux disciples d'Ëmmaûs, qui est dans toutes les mémoires, et qu'il faut relire tout au long dans le textes Malheur à qui ne voit pas la vérité sortir de chaque trait de ce vivant récit, et qui, sa lecture achevée, ne ferme pas le livre en disant: Je crois! Quelle absence d'invention, quel charme de naturel dans cet acheminement des deux disciples, s'entretenantde tout ce qui s'était passé; dans cette survenance de Jésus, les joignant dans la route, et marchant avec eux sous la forme d'un voyageur [que leurs yeux retenus ne reconnaissent pas^; dans cette question par laquelle il lie conversation avec eux : De quoi vous entretenez-vous ainsi tout tristes en marchant? et dans cette réponse de l'un deux : Êtesvous seul si étranger dans Jérusalem que vous ne sachiez point ce qui s'y est passé ces jours-ci ? Et enfin dans cet étonnement interrogatif de Jésus qui amène le récit de tout ce que nous avons vu, mais qui reparaît dans la bouche des disciples avec un accent de découragement et d'incrédulité inimitable! « Or espérions-

i. Luc, XXIV, iO, 32.

2. L'incrédulité des Apôtres était telle, que Jésus môme présent, ils ne le voyaient pas, par un aveuglement surnaturel, comme si leur incrédulité naturelle ne nous eût pas offert assez de garantie.

38SI JXSUS-GHIU$T.

« nous, sperabamus \ que ce fût celtn qui devait déli- « vrer Israël: néanmoins, avec tout cela, c'est autt jourd^hui le troisième jour que ces choses sont advec< nues. Et quelques-unes des femmes d'entre nous, te nous ont effrayés, lesquelles ont été avant le jour au « sépulcre, et n'ayant pas trouvé son corps, sont venues c( disant que, même elles avaient vu une vision d'anges, « lesquels disent qu'il vit. Et pareillement plusieurs de a nous sont allés au sépulcre, et se sont convaincus de c< ce que les femmes avaient dit; mais pour lui ils ne (( l'ont point trouvé^. » C'est là le plus naïf miroir de l'âme des disciples de Jésus, la confession la plus humiliante de leur prostration morale, d'où le fait seul de la manifestation de Jésus pourra les faire revenir, et qui en est par conséquent le plus parfait de tous les témoignages. Voyez aussi comme, avant cette manifestation, Jésus confond tant d'incrédulité et l'accuse par ces paroles : O insensés et ceeurs tardifs à croire tout cequ'ontdit les Prophètes^ ne fallait-il pas que le Christ souffrit ces choses et entrât ainsi dans sa gloire? leur interprétant ensuite, en commençant par Moïse et les Prophètes, tout ce qui le concerne dans les Écritures!

1. Vox indimns magnum fidei deliquium, dit très-justement Grotius.

2. Que tout ce langage des disciples est appesanti, en quelque sorte, d'incrédulité I et quel intérêt dramatique lui donne la présence du divin interlocuteur dont ils parlent ainsi à lui-môme I

LA AiSURREGTlON. 383

Cependant, malgré cette explication, malgré ce langage qui révèlent le Dieu, malgré ce qu'ils dirent plus tard : Notre cœur n' était-il pas tout brûlant au dedans de nous , lorsqu'il nous parlait dans le chemin et nous ouvrait les Écritures? ils ne croient pas, ils ne reconnaissent pas encore ce Jésus dont la parole les embrasait, et il faut (enseignement profond à ceux qui attendent d'avoir une foi complète pour la puiser aux Sacrements, qui la vivifient et la consomment), il faut que le Christ se donne en nourriture ]^à leur corps et à leur cœur pour apparaître enfin à leur esprit : alors seulement leurs yeux s'ouvrirent et ils le recon^ nurent.

Je le demande, cette troisième apparition ne confondelle pas encore cette supposition de créance facile que Tannonce de la résurrection aurait trouvée dans les Apôtres?

Cette vérité surabonde encore dans les autres apparitions de Je s es.

La quatrième, qui eut lieu à Simon-Pierre, est mentionnée sans autre détail ' ; mais nous avons vu déjà quelle avait été l'incrédulité de ce chef des Apôtres au tombeau du Sauveur. Quant aux dix autres apôtres qui avaient connaissance de cette apparition et de celle que

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