‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 3 sur 188 · Vie de Jésus, p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p

• SITUATION. f)

a Taudace d'un familier \ » En troisième lieu, c'est un érudit. A force de le discuter sur ce point, on ne le prise plus peut-être à sa valeur. Il a été formé à haute école, aux pieds de M. le Hir, le savant et vénérable professeur de Saint-Sulpice, et son goût d'orientaliste et d'exégète a été doublé par son ardeur de sectaire. Si cette érudition n'est pas toujours de bon aloi, si elle est prise souvent en défaut, si elle paye de montre plus que de fond, c'est à l'usage qu'il en fait qu'il faut l'imputer; mais cet usage étant donné, cette érudition est ce qu'elle doit être. Enfin M. Renan est un écrivain, et c'est là sa grande puissance. Son style a de l'ampleur et du charme. Les contours en sont un peu mouSj comme il le dit lui-même de celui de la légende; il ne se soutient parfois que sur une phraséologie soufflée et creuse; et on pourrait peut-être dire encore de ce style comme de celui des opéras de Quinault, que c'est un style désossé; mais il n'en a que plus de souplesse, et il faut imputer encore ses faiblesses aux exigences de l'erreur. Je ne lui conteste absolument qu'une chose : c'est d'être un style de critique. Le propre de la critique, en effet, c'est de démêler le vrai du faux, et le propre du style de M. Renan, c'est de les fondre par son fameux procédé de la nuance. Ce n'est pas l'art d'exercer la critique : c'est celui de s'y dérober.

i . Essai de morale et de critique, p. 141, 142.

6 JESUS-CHaiST.

Tous ces avantages, envisagés au point de vue dç rimpiété, font de M. Renan un des plus ardents, un deç mieux informés, un des plus prestigieux et un des plus habiles organes qu'elle ait jamais opposé à la religion du Christ; et de son livre, préparé de longue date, venu après tous les grands travaux de l'exégèse et de l'apologétique modernes, hérissé d'un appareil d'érudition, chatoyant de forme, où les systèmes nuageux de l'Allemagne sont colorés par les feux de l'Orient, la plus résolue et la plus insidieuse expression de l'incrédulité au dix-neuvième siècle.

Eh bien! sur ce livre, qui est son va-tout, la cause de l'incrédulité est perdue.

Ce même livre, en effet, au point de vue de la raison, je ne dis pas croyante, mais honnête, est ux\ chaos de contradictions et d'incohérences, un paralogisme perpétuel, un monstrueux amalgame d'assertions sans fondement, de négations gratuites, de conclusions sans prémisses, de conjectures sans raison, d'inventions sans vraisemblance, de discussion sans ^ïéthode, de critique sans loi. Le parti pris de nier Jésus-Christ; de le ravaler en l'élevant, de le blasphémer en* le louant, de le vilipender en le saluant, de le mettre au-dessus et au-dessous de tout, et de racheter les aveux les plus forcés et les plus décisifs par les explications les plus misérables et les témérités les plus énormes, semble affranchir l'auteur des lois du sens comnaun et souvent

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même du sens moral : comme si Timpiété était à ellemême sa seule raison et sa seule conscience, au mépris de toute conscience et de toute raison. Ce livre n'est pas l'expression d'une conviction personnelle, sérieuse quoique fausse, quoique malade : c'est une conjuration-, c'est une batterie masquée de respect, chargée d'outrages, et pointée avec l'audace la plus calculée et la plus froide au cœur de la religion ; mais qui éclate contre ses auteurs. 11 perd à cette sacrilège entreprise non-seulement toute valeur rationnelle, mais même toute valeur artistique, tout intérêt de lecture. Malgré quelques pages et quelques expressions où le talent de l'auteur se fait jour dans le vrai, quand il ne se guindé pas dans le faux, il n'a ni l'agrément d'un livre frivole, ni le poids d'un livre sérieux. Par la facture et par le caractère, ce n'est pas même un livre : c'est un libelle fardé de roman.

Mais ce qu'il importe de faire observer, c'est que Tincrédulité était condamnée à un tel livre, par le dessein qu'elle s'y est proposé et qui le caractérise comme une nouveauté étrange et comme un essai fatal pour elle dans les fastes de la lutte incessante et impuissante qu'elle renouvelle depuis dix-huit siècles contre la foi.

Je recommande cet aperçu préliminaire à toute l'attention du lecteur ; car il en résulte déjà un fort préjugé de la vérité qui est en cause.

Jusqu'à ces derniers temps, l'incrédulité n'avait fait

que de la polémique négative. Elle s'était bornée à combattre ou à éluder les explications et les preuves historiques de la foi. Mais quant à donner elle-même, à son point de vue, une explication du grand fait chrétien, elle s'en était prudemment abstenue. Il y avait là, à le bien considérer, un aveu implicite de la vérité qui lui était opposée. Car, enfin, entre la foi et l'incrédulité au christianisme, il y avait le Christianisme même : je veux dire cet événement considérable, unique, qui remplit tout le monde ancien de son attente et tout le monde moderne de sa réaUsation, et qui, personnifié dans la grande figure de Jésus-Christ, subordonne toute l'histoire à cette merveilleuse existence qui la concentre et la régit comme sa loi. Eh bien, il faut une explication à ce fait essentiellement historique, à ce phénomène le plus formidable de l'histoire. Nous avons toujours donné la nôtre. Pourquoi ^incrédulité n'avait-elle jusqu'à ce jour jamais donné la sienne? Pourquoi une Vie de Jésus au point de vue de l'incrédulité est-elle saluée, au dix-neuvième siècle, par M. Schérer comme une nouveauté étrange^ comme étant toute une révolution; et pourquoi M. Havet croit-il devoir consacrer la première partie de son article r Évangile et l'histoire, à rechercher comment il se fait que, jusqu'à M. Renan, personne ne s'était encore essayé à expliquer la légende; et, sans se borner à dire quil ne fallait pas croire, à expliquer comment on avait cru et ce que

c était précisément qiion avait cru? La chose cependant était nécessaire et devait être facile. La meilleure manière, en eflfet, de décréditer notre explication, c'était de donner la vôtre si elle était meilleure ; de concourir avec nous pour la solution du problème. Et vous aviez sur nous cet avantage qu'un fait humain devait être plus facile à expliquer qu'un fait divin. Mais non : l'incrédulité s'est toujours abstenue; elle a toujours combattu en niant et en fuyant. Pourquoi? Évidemment parce que le fait lui paraissait à elle-même humainement inexplicable, et qu'elle n'osait l'aborder. Il y a là, dans cette abstention constante de l'incrédulité, un aveu implicite de sa faiblesse, non moins décisif que son impuissance à entamer notre démonstratioa. Elle en était . venue en dernier lieu à ce ridicule expédient, de supprimer de l'histoire générale ce grand fait chrétien qui en éclaire tous les horizons, et de passer de l'histoire ancienne à l'histoire moderne sans faire plus de mention du drame évangélique et de la révolution reUgieuse qui a changé la face du monde, que Tacite quand il dit qu'un certain Christ avait subi le dernier supplice sous Ponce-Pilate.

Rendons justice à M. Renan ; le premier il a eu le courage de convenir et de proclamer que l'histoire entière est inexplicable sans ce J é s u s qu'on reléguait hors de l'histoire pour ne pas avoir à l'expliquer*, et que

i. Vie de Jésus, inlroduction p. lix.

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« r événement capital de ('hisfqire du monde est la ré- <£ volution par laquelle les plus nobles portions de l'huii manité ont passé des anciennes religions, comprises a sous le nom vague de paganisme, à une religion <c fondée sur l'unité divine, la trinité, Tincarnation du a Fils de Dieu^ »

Maintenant, ce courage de M. Renan n'est-il pas plutôt de la témérité, enhardie par l'affaiblissement de la raison à notre époque? L'événement ne justifie- t-il pas la prudente abstention de l'incrédulité jusqu'à ce jour, et ne confirme-t-il pas au plus haut point l'explication que nous en avons donnée? C'est ce qui ressort avec la dernière évidence de la Vie de Jésus e\ de la destinée de cet ouvrage.

Il est si vrai, en effet, que l'incrédulité confessait jusque-là, par sa réserve à s'expliquer, la vérité qu'elle se bornait à nier, que du jour où elle veut sortir de cette simple négation elle tombe dans les explications de notre foi par des aveux qui ne lui permettent plus de revenir en arrière, ou elle se rejette dans des explications tellement impossibles qu'elle n'est plus justiciable que du sens commun. Comme le dit très-bien M. Sainte-Beuve par la bouche d'un croyant qui me ressemble : « Dès ce que la critique des Évangiles prétend devenir posi- « tive de négative qu'elle était, elle se juge. » Ajoutons, elle se perd.

{ . Vie de Jésus, p. 1 .

SITUATipif. li

C'est là ce gui donne è, la Vi^ de Jésw de M, Henaa la valeur à'ux\ événemept dans la gran4e his^pH'e (I9 Tapologétique chrétienne; et c'est à en tirer parti pour la vérité que nous consacrons ce nouvel ouvrage^

M. Schérer termine son premier article en disant que ce livre de M. Renan va provoquer bien des colères, qu'on parlera d'impiété, qu'on criera au blasphème : a Nous différons d'opinion, dira-t-on, donc vous êtes un malhonnête hompae; vous ne partagez pas ma manière de voir, donc vous êtes une peste pour la société. » TeDe est la logique de cette tartuferie qui se donne à elle-pême un brevet d'infaillibilité, continue-t-il. Ohl que nous sommes loin encore de pe respect mutuel qui, supposant la droiture de toutes les recherches, admet aussi le droit de toutes les convictions, le droit même de toutes les erreurs ! — ainsi parle M, Schérer.

Qu'il me soit permis, avapt d'entrer dans la discus-? sion, de la dégager de ces imputations qui en trahissent la prainte, et qui ne la préjugent que pour y échapper.

U pie semble d'abord que traiter de tartuftfie le langage des gens avant qu'ils aient parlé, est une mauvaise condition pour leur reprocher de manquer du respect mutuel qu'on leur prêche. La colère, certes, n'a que trop lieu d'être franche, quand on se voit assailli dans rhonneur commun de tout ce qui porte ufi cœur

i2 j£S1}s-k:hbist.

^ homme * ; et s'il est permis de battre en brèche cette pierre angulaire de Fhumanité quon ne peut arracher de ce monde sans Fébranler jusqu*aux fonde^ ments *, il doit Têtre d'intervenir avec quelque ardeur pour la défendre. Comment? ce Jésus, dans la foi et l'amour duquel dix-huit siècles se sont endormis, et qui préside encore aux destins du monde; qui a été l'inspirateur de la civilisation et de toutes ses gloires, et qui l'est encore de tous les grands dévouements et des plus héroïques vertus; ce Christ, consolateur de toutes les souffrances, sauveur de toutes les misères, rédempteur de toutes les servitudes, vers qui l'humanité tout entière suppliante et reconnaissante tend les bras \ ce Dieu de la patrie et delà société pressées au pied de ses autels pour lui offrir leurs vœux ou leurs actions de grâces; qui est le Juge de nos justices et le garant juridique de nos serments, devant qui s'incline la fierté de nos armes, et se prosterne la Majesté exemplaire du Souverain, on pourra le bafouer et Tinsulter, on pourra dire de lui que c'est un naïf villageois ^ le plus charmant de tous les rabbis, dont les paraboles fourmillent d'impossibilités, un utopiste, un rêveur, un anarchiste, etc., etc., et finalement un fou et un imposteur; on le pourra, et notre sang chrétien ne pourra battre

\ . Vie de Jésus, introduction, lix.

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