DEMONSTRATION PRELIMINAIRE
agent de la Divinité, et il n'en a donné d'autre preuve que le sabre, sans qu'aucune plurae lui ait jamais fait rhonneur de le discuter.
Comment, pour nous, la divinité de Jésus-Christ peut-elle être chose, non-seulement si sérieuse mais si inburmontable ? Car enfin, voici dix -huit cents ans qu'on y travaille. Depuis Celse jusqu'à Strauss, que de plumes usées, que de volumes accumulés, que de travaux entrepris, faits, défaits, refaits; que d'armes renouvelées dont les débris sont épars ou enterrés au pied de cette Enclume qui a brisé tous les marteaux^ et où gisent pêle-mêle, dans une célébrité pire que Toubli, tous les téméraires agresseurs de cette divinité invincible !
-' Enfin M.- Renan vient. Toute souveraineté va plier devant sa critique : il va s'attaquer au Dieu du passé, et regarder en face celui devant qui se sont inclinées des générations d'adorateurs. Écoutons-le :
Dans un tel effort, une part de divination et de coyijecture doit être permise. Et encore, selon M. Schérer, une large part; et de divination romanesque, et de conjecture erronée : au lieu de l'analyse des témoignages, du balancement des preuves, et des informations authentiques, qui serait le parti le plus digne, mais qui a l'inconvénient à^ètre impossible.
Quel aveu ! quel hommage !
Ce n'est pas as£ez. Dans un tel effort, les éternelles
lois du sens moral et du sens commun doivent être suspendues; plus que cela, renversées. V entreprise est impossible^ si Ion n'admet hautement qu'il y a pour la sincérité plusieurs mesures^ etc., et si, selon les idées étroites qui se sont i^épandues sur la folie^ on considère comme n'étant pas sain, un état oii Von dit des choses dont on n'a pas conscience^ et où la pensée se produit sans que la volonté l'appelle et la règle. — Toute critique est faussée si F on part de ce principe que tout personnage historique à qui ton attribue des actes que nous tenons pour insensés ou char latanesques a été un fou ou un charlatan. — Il faut qu'on passe tout cela au critique, pour qu'il puisse se tirer de son entreprise contre Jésds-Christ.
Quel aveu plus éclatant, quelle preuve plus manifeste que la divinité de Jésus-Christ repose sur les fondements de la raison et de la conscience, que de ne pouvoir l'attaquer sans renverser ainsi ces fondements de toute critique, de toute certitude, de toute conviction ! Jamais nos apologétiques furent-elles aussi probantes, aussi concluantes?
Ce n'est pas tout encore. Pour pouvoir contester avantageusement les œuvres surnaturelles par lesquelles Jésus a manifesté sa divinité, et les témoignages historiques qui les rapportent, il faut présupposer que de telles œuvres sont toujours impossibles et que de tels témoignages sont toujours faux. Et il faut partir de
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cette présuppositioQ comme d'un principe qui ne saurait être discuté. A cette condition seulement on aura raison des miracles de Jésus et des Évangiles. C'està-dire, à la condition de les nier simplement sans preuve, contre toute preuve j d aller de l'inconnu au connu, et d'ériger en solution ce qui est en question. A la condition, surtout, de ne pas tolérer la discussion du grand point de départ de cette nouvelle dialectique, l'impossibilité du surnaturel, et cette idée de Lucrèce que tout se produit dans le monde par des lois où l'intervention personnelle d'êtres supérieurs n'a aucune part: l'athéisme.
Ainsi : gloire à notre foi ! confirmation la plus éclatante qu'elle ait jamais reçue! Dieu et Jésus sont tellement liés ensemble dans l'esprit humain et dans la vérité, que, pour nier que Jésus soit Dieu, il faut supprimer Dieu; et que pour supprimer Dieu, il faut l'attaquer en Jésus comme en lui-même. Il faut attaquer le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils: tant est vraie, par la tactique même de l'erreur, cette grande parole déjà citée de Jésus : — ce Le Père est en « moi, et moi dans le Père : le Père et moi nous ne « sommes qu'un. »
Jésus -Christ est donc Dieu, s'il y a un Dieu; puisque le seul principe d'où on fasse dériver sa négation est celle de Dieu même. Il n'y a plus place pour le déisme entre la foi en Jésus -Christ et la foi en
i02 J£SUS-CHRIST.
Dieu, tant ces deux objets de la foi se pénètrent et se confondent, je ne dis pas dans le cuUe des croyants, mais dans la guerre des impies.
a Croyez-vous en Dieu? — dit M. Proudhon, — si tt oui, vous êtes chrétien, catholique... si non, osez le (( dire; car alors ce n'est pas seulement à l'Église que « vous déclarez la guerre, c'est à la foi du genre hua main. Entre ces deux alternatives, il n'y a de place c< que pour l'ignorance ou la mauvaise foi*.
« Jamais je n'eusse contesté l'autorité de l'Église, a si j'admettais le surnaturel, je me serais incliné dett vaut une foi si antique, fruit de la plus savante et de « la plus longue élaboration dont l'esprit humain ait « donné l'exemple^.
a Oh! le Christianisme est sublime, sublime dans la a majesté de son dogme et la chaîne de ses déductions. « Jamais pensée plus haute, système plus vaste, ne fut <c conçu, organisé parmi les hommes. Et je fais ici sertt ment que si l'Église parvient à renverser la thèse (an- « tithéiste) que je lui oppose, j'abjure ma philosophie a et je meurs dans ses bras '.
tt Si vous reconnaissez un Être suprême, à genoux c( devant le CrucifiéM »
i . Delà Justice dans la dévolution et dans l'Église, 1. 1«^ p. 38;