Vie de Jésus, p
DéttONSTRATION PRELIMINAIRE. 97
unique à Texclusion de tous les dieux, un dessein surhumain par la sainteté autant que par la puissance, Texécution venant le justifier.
Par la sainteté, dont la Croix était coiiime le dard, ce dessein devait soulever toutes les révoltes de la nature humaine, que la puissance devait surmonter; mais surmonter encore, chose admirable! sans violenter cette nature noble jusque dans sa corruption, en respectant et en éprouvant sa liberté.
Dans ces conditions, Tadorable auteur de cette merveille, Jésus-Christ, devait être mis en question, posé en butte à la contradiction des hommes, pour leur ruine ou leur résurrection par l'épreuve.
D'après cela, quo la divinité de Jésus-Christ soit en question, cela prouve au plus haut point cette divinité; cela l'implique.
Quelle preuve, en effet, d'une puissance vraiment divine en Jésus, que de balancer toute la nature humaine soulevée par l'horreur de sa Croix, comme nous venons de voir qu'il balançait tout l'idéal de la nature divine ? Comment a-t-il pu tenir tête à cette guerre qu'il est venu déclarer au monde pour le sauver? Sa divinité est en question ! mais c'en est là le caractère, c'est là ce qui en fait l'évidence : la révolte de la nature humaine contre lui étant incessante, sans pouvoir jamais prévaloir contre sa Croix, qui en domine tous lessoulèvements. Elle est en question, comme le roc par les vagues.
Cet état de Jésus-Christ prouve doublement sa divinité : comme témoignage de sa sainteté qui soulève, et comme témoignage de sa puissance qui domine toutes les révoltes du mal.
Voilà ce qui résulte de la question posée.
Quant à la méthode de l'impiété pour résoudre négativement cette question, elle ne prouve, elle n'implique pas moins Faffirmative.
Si Jésus n'était pas Dieu, s'il n'était qu'homme, et son œuvre un fait humain, rien ne devrait être plus facile à établir. Je conçois qu'il soit difficile jusqu'à l'impossible de prouver qu'un homme soit Dieu ; mais de prouver qu'un homme est homme, cela devrait être facile jusqu'à l'inutile. Qui s'est jamais mis en frais sérieux, je ne dis pas parmi nous, peuples éclairés, mais chez les peuples même qui ont obéi à ces superstitions, pour démontrer que Mercure, Apollon, Bacchus, n'étaient pas des dieux véritables? Aucune controverse s'est-elle jamais élevée à ce sujet? Alexandre a pu se dire le fils de Jupiter : mais toute la Grèce a souri de cette supercherie ; et de même, l'apothéose des empereurs romains n'a jamais été une chose sérieuse pour les Romains. Mahomet ne s'est donné que pour un simple