‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 46 sur 188 · Vie de Jésus, introduction, p. xi · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, introduction, p. xi

i08 JÉSUS-GUUIST.

mort. Rendre la vie à ce qui n'est plus, ne suppose pas plus de puissance que la prédire en ce qui n'est pas, lorsque la prédiction est tellement antérieure, tellement circonstantielle et ponctuelle, qu'il n'y a que l'auteur do la\ie qui peut avoir confié le secret de son événement. La puissance de prédire se confond alors avec celle de pro^ duire et n'en est qu'une dérivation. Le temps n'oppose pas un voile moins épais, un silence moins muet que la mort aux investigations de l'homme ; ce sont deux abîmes également fermés; ce sont comme les deux mains de Dieu, par lesquelles il donne l'être ou le retire : lui seul peut les ouvrir, et faire voir ce que lui seul peut faire. — Qu'on ne dise pas que la prévision de l'homme et le calcul des conjectures peuvent quelquefois rencontrer juste. Cela n'est vrai que lorsque l'événement à venir se rattache par quelque point à l'événement présent, et rentre dans les lois générales sous lesquelles on se trouve placé; parce qu'alors cet événement n'est pas, à proprement parler, à venir ; il existe dans le moment présent comme dans son germe; il ne s'agit que de l'en dégager : de même aussi qu'il est vrai que l'art médical peut retenir la vie dans un corps (Qu'elle n'a pas entièrement abandonné, et en qui elle tient encore par quelque organe. Mais lorsque la vie n'est absolument pas, ou lorsqu'elle n'est absolument plus ; lorsqu'elle est tellement enfoncée dans le temps ou dans la mort qu'il n'en subsiste aucun prin-

LES PHOPHETIIS. 409

cipeni aucune relation dans le présent; lorsque son objet est tellement singulier et individuel qu'il échappe à toute induction tirée des lois générales, et qu'il est enfin jeté loin de toute portée conjecturale dans les profondeurs de l'avenir, alors la prédiction est un vrai prodige; et la puissance de prophétiser, de susciter en quelque sorte l'événement, est absolument égale à celle de ressusciter^. Qu'est-ce donc lorsque l'événement n*est pas seulement éloigné, singulier, hors de toute relation avec les lois générales; mais qu'il est contre les lois générales, contre les lois naturelles même, une exception, un prodige ? Si prophétiser est un prodige, qu'est-ce donc de prophétiser des prodiges*?»

Or, telles sont, disions-nous, nos prophéties. Après cela nous les déroulions.

Que M. Renan dût contester cette seconde partie de notre démonstration, nous devions nous y attendre, d'autant qu'il était d'accord avec nous sur la première. Reconnaissant le caractère surnaturel de la prophétie, il devait en contredire l'existence, à moins de passer en-

4 . Aussi la qualification de prophète emportait-elle celle de thaumaturge. Nous lisons, Eccles., c. 68, que le corps d'Élisëe prophétisa après sa mort, parce que rattouchement de ce corps ressuscita un mort qui avait été mis dans le même tombeau. A la vue des miracles opérés par Jésus, les Juifs disaient aussi : « Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son « peuple. » (Luc, c. 16, v. 7.)

2. Études philosophiques sur le christianisme^ tome IV, p. 159.

iiO JÉSUS-GUKIST.

tièrement dans notre camp. Aussi a-t-il contesté Texistence de deux prophéties dont j'ai fait mention plus haut : celle de la prophétie de la ruine de Jérusalem par jÉsus-CHRiST dans saint Luc, et celle de la révolution des empires par Daniel.

Mais qui le croirait? sauf ces deux prophéties (et en* core revient-il sur la négation de la première), il avoue toutes les autres prophéties : tant elles sont établies, démontrées, incontestables! tant, du moment qu'il a voulu sortir du vide de la négation, pour poser le pied sur le sol positif de l'histoire, il les a vues se dresser devant lui et l'envelopper de leur réalité, l'accabler de leur certitude, l'éblouir et l'inonder de leur clarté!

Ce n'est pas une fois et transitoirement, c'est pleinement et largement qu'il les rapporte, qu'il les expose, et dans des termes qui ne laissent rien à désirer.

Nous allons donc lui céder la parole, et nous nous bornerons à l'étayer par la citation, en noie, des textes auxquels lui-même nous renverra.

tt C'est la race sémitique, dit-il, qui a la gloire « d'avoir fait la religion de l'humanité. Bien au delà c( des confins de l'histoire, sous sa tente restée pure des tt désordres d'un monde déjà corrompu, le patriarche a bédouin préparait la foi du monde ^ Entre toutes les

i. a Le Seigneur Dieu dit à Abraham : — Je ferai sortir de « toi un grand peuple; et toutes les nations de la terre seront

LES PROPHÉTIES. lii

« tribus des sémites nomades, celle de Beni-Israèl était « marquée déjà pour d'immenses destinées'. Une (( Loi ou Thora, très -anciennement écrite sur des « tables et qu'ils rapportaient à leur grand libérateur, c( Moïse, était déjà le code du Monothéisme et renfer- « niait, comparée aux institutions d'Egypte et de la « Chaldée, de puissants germes d'égalité sociale et de « moralité. » M. Renan mentionne ensuite l'institution de l'Arche et du Sacerdoce. « De là cependant ne « vint pas l'institution qui décida de l'avenir. Outre (c ses prêtres, chaque tribu nomade avait son nabi ou ce prophète, sorte d'oracle vivant que l'on consultait « pour la solution des questions obscures qui suppo- « fiaient un haut degré de clairvoyance. Les nabi d'Is- « raël furent les vrais instruments de la primauté reli- « gieuse du peuple juif. De bonne heure, ils annon- « cèrent des espérances iUimitées. Ils proclamèrent

(« bénies m Celui qui sortira de toi. m (Genèse, eh. xii, v. 3. — Ch. xxH, V. 48.)

i . « Or Jacob (qui, dans sa lutte avec l'ange, avait reçu le nom « à'Israêt] appela ses enfants, et leur dit : Assemblez-vous tous, « pour que je vous annonce les choses qui doivent arriver dam a /es derniers jours.,. Le sùsptre ne sortira point de Juda, et il y «aura toujours des chefs de &'à race , jusqu'à ce que vi&nnc « Celui qui doit être envoyé, Celui-là qui seka l'attente des « nations (Genèse, ch. xlix, v. 8, 9, 10). — J'attendrai le « Sauveur que vous devez envoyer, Seigneur. (Genèse, ch. xlix, tt V. 18.) — Me.s bénédictions dureront jusqu'à ce que le * Dësiué des collines éternelles soit venu. » (Genèse, ch. xlix, « V. 28.)

ii2 JÉSUS-CHRIST.

« qu* un règne sans bornes lui était réservé^ qu'un jour K Jérusalem serait la capitale du monde entier el que a le genre humain se ferait juif. Jérusalem et son a temple leur apparurent comme une ville placée sur (( le sommet d'une montagne, vers laquelle tous les « peuples devaient accourir, comme un oracle d'où la <( loi universelle devait sortir^ comme le centre d'un <( règne idéal ^ où le genre humain, pa>ci fié par Israël^ a retrouverait les joies de TÉden*. Un gigantesque « rêve poursuivait depuis des siècles le peuple juif. U <x crut avoir les promesses divines d*un avenir sans « bornes. Avant la captivité, quand tout l'avenir tertt restre de la nation se fut évanoui par la séparation (( des tribus du Nord, on rêva la restauration de la c( maison de David, la réconciliation des deux fractions a du peuple, le triomphe de la théocratie et du culte de « Jéhovah sur les cultes idolâtres. A l'époque de la captt tivité, un poëte plein d'harmonie vit la splendeur c( d'une Jérusalem future, dont les peuples et les îles « lointaines seraient tributaires, sous des couleurs si

i. Vie de Jésus, p. 5, 6, 7, 8. — « Dans les derniers temps, a la maison du Seigneur sera élevée sur les collines, et affluea vont à elles toutes les nations. Et la multitude des peuples « iront à elles en disant : Venez, et montons à la montagne du « Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob; et il nous 'ensei « gnera les voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parce

« QUE LA LOI SORTIRA DE SlON, ET LA PAROLE DU SeIGNEUR DE

« Jérusalem. » (Isaïe, ch. ii.)

L9S prophAtibs. 113

« douces, qu'on eût dit qu un rayon des regards de « Jésus Teût pénétré à une distance de six siècles ^ »

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