Luc, XXI
mot! 11 importe cependant de montrer à quoi en est réduit sur ce point M. Renan, et en lui Fincrédulité.
Il omet, sans les contester, c'est-à-dire il élude les prophéties relatives à la révolution universelle annoncée et opérée par Jésus du haut de sa croix ; et à la mission donnée aux Apôtres et à TEglise d'aller porter TÉvangile jusqu'aux extrémités de la terre et jusqu'à la fin des temps : et cela dans une vie de Jésus!
Il avoue les prophéties relatives à la transformation des pêcheurs en apôtres; — à la gloire universelle de lladeleine ; — et à la fondation de l'Église.
Et enfin, il conteste et il avoue à la fois la prophétie relative à la destruction du temple et à la ruine de Jérusalem.
Mais ce qui fait le poids de ces aveux, c'est Teffort de M. Renan pour en diminuer l'importance; trahissant parla jusqu'au ridicule l'embarras qu'il en ressent.
Et d'abord, pour la transformation des pêcheurs en
(c Jésus, dit-il, qui aimait à jouer sur les mots, disait a parfois qu'il ferait d'eux (Simon et André) des pêoc cheurs d'hommes. En effets parmi tous ses disciples, (c il n'en eut pas de plus fidèlement attachés ^ »
Voyez-vous déjà cette simple et sublime prophétie réduite à un jeu de mots, et hors de là n'ayant pas de
\. Vie de Jésus, p. 150.
raison d'être? Jeu de mots, en effet, mais qui n'appartient qu'à Celui qui peut en faire un jeu de choses, comme il apparut lorsque, à sa première prédication, Simon prit trois mille hommes, à sa seconde, cinq mille \ et lors que ce ne fut bientôt plus des hommes, mais des ailles, des provinces, l'Empire, le monde entier que ces pêcheurs de poissons prirent et ont gardé depuis dans leurs filets ^ !
Parfois, dit encore M. Renan, comme poiu* amoindrir par la fréquence et parla famiUarité du propos cette parole unique.
En effet. Qui ne croirait que cet En effet, se rapportant à ce qui précède, amène cette conclusion : ils furent en effet pêcheurs d'hommes? Mais point du tout : parmi tous ses disciples, il n'en eut pas de plus fidèlement attachés. Que c'est joUment escamoté ! M. Renan ne laisse voir que cela, qui par malheur n'est pas vrai, puisque saint Pierre renia Jésus. Et de la grande, de la prodigieuse merveille de la pêche évangélique? Rien. Oh ! la belle chose que la critique !
i. Actes, II, 41 ; IV, 4.
2. Ce qui semblerait plutôt un jeu de mots, ce serait : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; et c'est sans doute à cela que fait allusion M. Renan, sans s'en expliquer, sachant très-bien la réponse qu'on peut y faire. Jésus ne profite pas, en effet, dans cette mémorable parole, du nom de Pierre, qu'aurait eu déjà Simon. Ce nom^ il le lui avait donné à cette fin, quand il lui dit : « Tu ne t'appelleras plus Simon, mais Pierre, » comme nom symbolique devant désigner la destination.
Maintenant pour la pécheresse glorifiée.
Après une page ignoble, où Fauteur de la Vie de Jésus transforme en coup de théâtre le plus beau mouvement de cœur qui ait relevé l'humanité dans le prosternement de la pécheresse aux pieds du Sauveur, et en fait une réclame pour la réputation de Jésus qui s'y serait prêté parce que les honneurs servaient à son but, M. Renan, inspirant Jésus d'un sentiment d'ambition contrariée par l'observation des assistants sur la prodigaUté dont il était l'objet en cette circonstance, dit : (c Aussi <i quand on lui parla des pauvres, il répondit assez via vement : a Vous aurez toujours des pauvres avec a vous; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » a Et, s'exaltant, il promit l'immortalité à la femme a qui, en ce moment critiquée (parce qu'il y allait a de la réputation de Jésus), lui donnait un gage a d'amour. »
Il promit Fimmûrtalité. On a vu et il faut revoir dans quels termes. Et de l'accompUssement de cette prédiction? Rien. Si M. Renan lève la tête, il suffit à ma foi indignée qu'il rencontre du regard le fronton de la Madeleine, où ce temple, fondé pour la Gloire par un de ses plus grands favoris, exalte, dans la capitale du monde civilisé, cette vile pécheresse dont Jésus dit il y a dix-huit siècles à ceux qui la repoussaient : « Je « vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet Évana gile, et il le sera dans le monde entier, on publiera à
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a la gloire de cette femme ce qu'elle vient de faire en <c ce moment. »
Quant à la mémorable prophétie, tu es pierre, etc., M. Renan Favoue en ces termes : a II jette avec une rare « sûreté de vues les bases d'une église destinée à durer. »
Rare en effet, mais pas si rare encore que la ridicule affectation que vous mettez à en effacer le prodige. Quant à destinée à durer, il est évident que l'Église Tétait puisque vous ne pouvez rien contre elle. Mais de ce qu'elle était destinée à durer, il ne s'ensuit pas qu*on pût le prévoir avant qu'elle existât comme nous le voyons après dix-huit siècles, à moins d'être le souverain maître des destinées.
Enfin, pour ce qui est de la prédiction de Jésus sur Jérusalem et sur la destruction du temple sans qu'il dût en rester pierre sur pierre, M. Renan est pris d'une étrange frayeur. Cette prophétie a le privilège de lui paraître, ainsi qu'à M. Havet, un vrai prodige, qui, s'il était prouvé, ouvrirait la porte au surnaturel dans l'histoire. C'est pour eux un véritable cauchemar. Et pourquoi? Un nom, indiscrètement rappelé p.ir M. Renan, a été pour nous le mot de Ténigme. C'est celui d'i4mmien Marcellin^. On sait, en effet, comment, au rapport de cet historien, l'empereur Julien, voulant faire mentir la prophétie de Jésus sur le temple, miten frais