Passim
156 JÉSUS-GHRIST.
C'est là ce que nous allons montrer, en procédant toujours à son égard aux mêmes constatations : valeur de ses aveux, pauvreté de ses explications.
Les aveux de M. Renan, sur les Évangiles, ainsi que sur les prophéties, inaugurent une ère nouvelle pour la polémique chrétienne. Confiante dans la faiblesse de la raison de ce temps, forte en particulier de son fameux principe d'impossibilité du surnaturel, l'incrédulité a cru pouvoir être impunément sincère dans ses aveux, se flattant de les racheter par ses explications.
Il fallait bien d'ailleurs qu'elle s'exécutât. Elle y était contrainte par les grands travaux de l'apologétique chrétienne. En effet :
L'authenticité des Évangiles ne faisait pas question, n'a jamais fait question avant le dernier siècle. Les ennemis les plus acharnés du christianisme, à l'époque cependant où la fraude historique eût été plus facile à démasquer, n'ont jamais élevé le plus légen soupçon contre cette authenticité. Julien, Celse, Porphyre, les hérétiques, les juifs, surveillants jaloux et investigateurs acharnés de tout ce qui pouvait déconsidérer ces titres de notre foi, n'ont jamais imaginé de les révoquer en doute. Us discutent le caractère ou la portée des faits, mais non leur existence et leur récit.
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Ils s'en font même une arme contre nous. « L'aulo- « rite de nos Évangiles est si bien établie, disait saint c( Irénée au second siècle, que les hérétiques eux- « mêmes leur rendent témoignage... Notre doctrine est « donc bien certaine, puisqu'elle est appuyée sur les « livres que nos adversaires eux-mêmes confirment de « leur aveu ^ »
n y a eu, dès la rédaction des Évangiles, deux traditions, si je peux ainsi dire, deux contrôles qui en ont garanti Tauthenticité originelle et l'intégrité constante, avec d'autant plus de certitude, que ces deux contrôles, ennemis l'un de l'autre, se contrôlaient eux-mêmes réciproquement, et formaient ainsi une garantie humainement infaillible, puisqu'elle l'était en raison même de l'opposition de ses éléments. Ces deux contrôles sont celui de la foi, et celui de l'impiété. La tradition chrétienne, tradition publique dans les fidèles et vigilante dans les pasteurs, offrant par là elle-même une double garantie, a saisi les Évangiles dès leur rédaction. Elle nous les montre sous la plume en quelque sorte des Évangélistes, et immédiatement en lecture et en témoignage dans les assemblées des fidèles et dans les écrits des confesseurs, sans qu'il y ait eu le moindre intervalle de temps pour la légende. En même temps, les hérétiques, les juifs et les philosophes commencent, ou