Vie de Jésus, introduction, p. xxxiii
!2. Cet à peu prés a fait sourire bien du monde.
^, Vie de Jésus, introduction, p. xxxvii.
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a ment. J'ai traversé dans tous les sens la province a évangélique, j'ai visité Jérusalem, Hébron, et la Sa- (( marie ; presque aucune localité importante de This- <i toire de Jésus ne m'a échappé. Toute cette histoire (( gui, à distance, semble flotter dans les nuages d'un (( monde sans réalité, prit ainsi un corps, une solidité « qui m'étonnèrent. L'accord frappant des textes et (( des lieux, la merveilleuse harmonie de l'idéal évan- « gélique avec le paysage qui lui servit de cadre furent « pour moi comme une révélation. J'eus devant les « yeux un cinquième évangile, lacéré, mais lisible en- « core, et désormais à travers les récits de Matthieu et (( de Marc, au lieu d'un être abstrait, qu'on dirait n'a- « voir jamais existé, je vis une admirable figure hu- « maîne vivre, se mouvoir *. »
Tels sont les aveux de l'incrédulité au dix-neuvième siècle. Ils ont, selon nous, une portée dont on n'a pas fait assez de cas, les croyants du moins ; car l'incrédulité en a été alarmée, et on va voir combien elle a vu juste, par la fausse situation que cela lui fait. Plus préoccupé de ce qui manque à ces aveux que de ce qu'ils contiennent, on a fait la guerre à M. Renan sur ses réserves, sans prendre acte de ses déclarations. On a eu raison en vérité absolue; et c'est même parce qu'on a exécuté, à n'y plus revenir, M. Renan sur ce terrain, que nous
i. Vie de JésaSy introduction, p. lui.
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sommes plus à Taise sur celui des aveux. Mais en bonne tactique on perdrait, à négliger ceux-ci, un avantage dont les conséquences sont décisives dans le débat. Qu'importe pour le moment que saint Matthieu soit jugé par M. Renan inférieur ou suspect même pour la narration, et saint Jean pour les discours, si pour les discours saint Matthieu, et pour la narration saint Jean sont avoués incomparables, et dignes d'une confiance hors ligne; si saint Luc nous offre un terrain solide dans un Evangile de la plus parfaite unité, puisé aux sources les plus anciennes, et admirable d'inspiration, de bonheur de trait et de relief; si saint Marc est d'une n^^/^/^ supérieure encore, qui ne peut appartenir qu'à un témoin oculaire, qui évidemment avait suivi Jésus, Pavait regardé de très-près et en avait gardé une vive image; si enfin on entend Jisus même dans saint Matthieu, si on le voit dans saint Marc, si on le touche dans saint Jean, autant qu'on le contemple dans saint Luc, et si les quatre Évangiles décidément authentiques, du premier siècle, et à peu près de ceux dont ils portent les noms, reçoivent en outre, de Faccord frappant des textes et des lieux, une confirmation saisissante pour M. Renan lui-même, et qui équivaut à un cinquième évangile et comme à une révélation ?
Véritablement, il ne faut pas être trop exigeant. Il faut permettre à M. Renan ses préférences. Il peut choisir; nous avons de la preuve et de la vérité de reste :
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et comme la vérité est une, si peu qu'il en accorde, et il en accorde assez, il y est pris.
Il le sent si bien lui-même que, en même temps qu'il fait ces aveux, il essaye de s'en dégager par ses explications.
Mais, de même que pour les prophéties, ces explications sont telles, qu'elles ne témoignent que de la détresse de sa situation, et qu'elles l'aggravent.
Et d'abord, comme je suis condamné à le redire, parce que c'est là le ressort unique de tout Touvrage de M. Renan, les Évangiles quoique authentiques, et offrant plus de garanties historiques qu'aucun autre récit, sont nécessairement légendaires pour lui, par cela seul qu'il y est question de miracles et de surnaturel. La présupposition que le miracle est impossible domine toute raison d'authenticité et de crédibilité. La théorie violente le fait-, le fait, qui devrait éprouver au moins la théorie.
M. Renan, qui sent tout ce que cette critique a d'irrationnel, s'en défend : c< Chercher à expliquer ces ré- « cits, ou les réduire à des légendes, ce n'est pas mu- (c tiler les faits au nom de la théorie, dit-il, c'est partir « de l'observation des faits. » Et à l'appui de cette der-
nière assertioD» il pose eo fait qu'aucun miracle ne s'est produit devant une réunion d'hommes capables, selon lui, de constater le caractère miraculeux d'un fait, et que les miracles du passé, n'offrant pas à cet égard plus de garantie que les miracles contemporains (ce qui est la question), il est probable qu'ils nous offriraient également, s'il nous était possible de les critiquer en détail, leur part d'illusion, a Ce n'est donc pas au nom de telle «t ou telle philosophie, conclut-il, c'est au nom d'une « constante expérience, que nous bannissons le miracle c( de l'histoire*, » et, par conséquent des Évangiles, malgré leur authenticité.
Nous réservons la question du miracle pour le chapitre suivant. Il nous suffit, en ce qui touche les Évangiles, de faire observer que, si ce n'était pas au nom de telle philosophie qui se dissimule ici, mais qui s'est trop bien affichée ailleurs, que M. Renan bannissait le miracle de l'histoire, l'histoire devrait être au moins entendue sur la question du miracle. Cette question n'étant pas une question de principe, selon vous, mais une question de fait, c'est renverser les termes de toute investigation sérieuse , et décider la question par la question, que d'opposer le fait au témoignage, au lieu de procéder du témoignage au fait. Éprouvez le témoignage tant que vous voudrez, soit en lui-même, soit re-