Traduction Cousin, t. XI, p
saire de notre foi le lui ajustement reproché. Il avait promis que : « l'audace de la critique croissant avec le <( succès, il viendrait un jour où elle oserait s'attaquer « au Dieu du passé et regarder en face Celui devant qui « se sont inclinées des générations d'adorateurs. »
n n'a pas regardé le Christ en face. Il ne l'a envisagé et abordé que par des regards et des pas obliques. (( Noiis autres, dit l'adversaire dont je viens de parler, « quand nous faisons la guerre, nous adressons à l'en- « nemi un manifeste en règle, et nous l'affrontons le « visage découvert, et la poitrine nue. Nous désaxe vouons, c'est peut-être encore un reste de vieux sang (( gaulois qui veut cela, nous désavouons celui qui, « au lieu d'aborder la partie adverse dans une attitude « ouvertement hostile, l'accable de caresses en même « temps qu'il lui porte sournoisement des coups meur- (( trier-s^ »
Mais aussi, qui jamais de ses ennemis a regardé Jésus-Christ en face? Il n'y a que nous, ses fidèles, qui l'osons et qui le devons, parce que nous puisons dans cette Face miséricordieuse, devant laquelle se voilent les anges, la confiance et la grâce dont notre misère a besoin pour l'approcher et pour l'aimer.
M. Renan, donc, a procédé par la fausse louange. Mais il arendu par là au divin Maître un hommage bien
i. opinion des déistes rationalistes sur la Vie de Jésus, de M. Renan, par P. Larroque, p. 25.
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plus considérable que s'il l'eût loué franchement, que s'il l'eût adoré même. L'hommage, en effet, en ce dernier cas, eût été particulier, et n'eût témoigné que de la conidction individuelle de M. Renan. Mais la fausse louange pèse de tout le poids de la conscience générale qui la lui aimposée. M. Renan a transigé avec cette conscience. 11 L'a tentée par un sentiment qu'il n'aurait pu méconnaître sans la révolter : il a voulu, par l'idolâtrie de l'humanité historique de Jésus, attirer ses lecteurs à l'apostasie de sa divinité dogmatique; et, si fort était le sentiment qu'il a dû ménager, que ce sentiment l'a entraîné lui-même à des hommages qui impliquent cette divinité.
Cette disposition de la conscience générale de notre temps avec laquelle M. Renan a dû compter et que son livre témoigne, disposition qui n'est pas la foi, mais qui est encore moins l'impiété, a été constatée par nous dans cette page de nos nouvelles Études sur la Vierge Marie et le Plan Divin écrite il y a huit ans.
« Cette entreprise (contre le dogme de l'Incarnation, dont le culte de la Vierge Mère est le palladium dans le monde) se poursuit de nos jours, disions-nous, et se poursuivra toujours sous mille formes grossières ou feintes. Quelquefois, comme dans le dernier siècle, elle attaque ouvertement et blasphème brutalement le Christ relie le crucifie. D'autres fois, comme de notre temps, elle le couvre de protestations de sympathie.
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comme d'un manteau de pourpre, qui n'est qu*une manière de le dépouiller de sa divinité, et de dire de lui : Voilà t Homme l Pressée quelquefois par la vérité, Terreur se transfigure pour lui échapper : elle se fait chrétienne. Elle reconnaît en Jésub-^Christ plus qu'un homme, non un Dieu; ou un Dieu, mais non le Dieu unique; ou le Dieu unique, mais impersonnel, le Dieu du panthéisme; et elle brouille tout, elle con« fond tout, Dieu et Thomme, la nature et son Auteur, pour se soustraire à la stricte véi^té de Dieu fait homme. Pour un grand nombre de néo-chrétiens, cette vérité se vaporise en un être fantastique et négatif, qui n'est Dieu qu'en tant qu'il n'est pas homme, et qui n'est homme qu'en tant qu'il n'est pas Dieu, se détruisant lui-même dans sa double nature, suspendu dans le vague entre deux, et se prêtant à toutes les combinai* sons de la fantaisie religieuse dont il est la changeante idole. Erreur qui n'est pas nouvelle, et que l'évêque Proclus pressait ainsi au concile d'Éphèse : « Quel est « donc, je vous prie, cet être qui -n'atteint pas la (( grandeur divine et qui cependant dépasse la condia tion de la créature? C'est une chose que l'esprit huit main ne saurait comprendre, et il n'y a place pour ce quoi que ce soit entre la créature et le Créateur. y> (Concil. Eph., Labbe, t. III, p. 24) *.
1 . La Vierge Marie et le plan divin, 1. 1, p. 24 de la cinquième édition.
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C'est à cette disposition que M. Renan a adapté sa Vie de Jésus; c'est elle qu'il a exploitée.
De là son Jésus, ou plutôt l'un de ses Jésus ; car il en a plusieurs. H a d'abord un Jésus idyllique^ puis un Jésus politique^ enfin un Jésus frénétique. Celui dont nous nous occuperons d'abord n'est aucun des trois : c'est un quatrième, qui brocbe sur le tout, et que M. Renan fait miroiter pour piper la religiosité du lecteur : c'est le Jésus héroïque.
Les trois premiers np s'accordent déjà pas entre eux; mais ils sont absolument inconciliables a^ec le qua* trième, et ils jurent avec la vérité.
Nous allons les examiner successivement, et tirer de chacun d'eux etde l'incohérence de leur réunion dans un même personnage, autant de preuves que le Jésus véritable est vraiment Dieu.
Commençons par le Jésus de concession, le Jésus héroïque, et consacrons-lui le présent chapitre.
11 est le moins faux de tous. Il a même des traits vrais où on sent que l'auteur a été emporté au delà des bornes du calcul. Nous ne voulons pas refuser à M. Renan le mérite d'avoir été accessible à la beauté du caractère de Jésus- Christ. Nous serions trop heureux d'y trouver une espérance pour ne pas y chercher même une illusion. Nous allons donc recueillir plusieurs de ces traits, dont quelques-uns vont trop à l'âme du lecteur pour ne pas être partis de celle de l'auteur, et par les-
quels nous voudrions pouvoir le retenir et l'attirer. Disons toutefois, pourne pas trop nous méprendre, ce qu'il y a de vrai en eux et ce qu'il y a de faux.
Ce qu'il y a de vrai, c'est la grandeur incomparable, absolue du caractère et de l'œuvre de Jésus. Ce qu'il y a de faux, c'est que cette grandeur part d'en bas, part de l'homme, au lieu de venir d'en haut, de venir de Dieu. C'est que, dès lors, elle se guindé et elle se roidit pour atteindre à cet absolu qui n'est pas de l'homme, et qu'elle n'est pas dans le ton de la simplicité évangélique, où la perfection apparaît comme le naturel de THoMMË Dieu.
Sous le bénéfice de cette observation, citons quelquesuns de ces traits du Jésus héroïque^ et dans ce qu'ils ont de vrai, il nous sera aisé de montrer ensuite qu'ils témoignent de la divinité du vrai Jésus, du Jésus évangélique.
— ce L'événement capital^ de l'histoire du monde est c( la révolution par laquelle les plus nobles portions de ce l'humanité ont passé des anciennes religions, com- (( prises sous le nom vague de paganisme, à une religion « fondée sur l'unité divine, la trinité, l'incarnation v< du Fils de Dieu... L'origine de la révolution dont il (c s'agit est un fait qui eut lieu sous les règnes d'Au-
1. Nous soulignerons les expressions qui, par le caractère absolu qu'elles reconnaissent en Jésus-Christ, impliquent, comme nous nous réservons de le montrer ensuite, sa divinité.
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a guste et de Tibère. Alors vécut une personne supé- « rieure qui, par son initiative hardie et par l'amour « qu'elle sut inspirer, créa l'objet et posa le point de a départ de la foi future de thumanité^. d
— ^ Jésus est l'honneur commun de ce qui porte un K cœur d'homme. r> — n L'histoire entièreesi incompréhensible sans lui^.» Après une revue de l'impuissance des diverses religions à convertir le monde y et un tableau du peuple juif, peuple le plus frappant et le plus original du monde, portant en lui les destinées de la religion de l'humanité, ces destinées, dit M. Renan, a trouvèrent « en&n leur interprète dans Yhomme incomparable^ a auquel la conscience universelle a décerné le titre de a Fils de Dieu, et cela avec justice, puisqu'il a fait faire « à la Religion un pas auquel nul autre ne peut et proc< bablement ne pourra jamais être comparé^. »
— c( Totis les peuples civilisés font dater leur ère du « jour où il naquit*, »
— « Sur ce sommet de lamontagne de Nazareth où il « s'est assis, nul homme moderne ne peut s'asseoir a sans un sentiment inquiet sur sa destinée^. »
— a Sa résolution, ayant dépassé en intensité toute
i. ViedeJéms, p. I, 2.