‹ La dixième escouade; scène de la vie du frontChapitre 13 sur 15 · DEUXIÈME BRANCARDIER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME BRANCARDIER

On a fait tout ce qu'on a pu,

LE CAPORAL

Mon vieux Josselin, tu es un brave, tu as fait tout ton devoir en sauvant la vie de tes camardes, c'est bien.

TIRLAN.

Ton exemple sera suivi, nous continuerons à faire du bon travail pendant que tu ne seras pas là, il ne sera pas dit que la 10*^ escouade est capable de flancher.

BOUDEPIPE.

Les poilus ne forment qu'une grande famille.

BLAIZEL.

Tous unis dans la vie, comme dans la mort.

JOSSELIN, se soulevant avec peine.

Mes chers amis, oui, j'ai voulu venir vous dire adieu; je sens bien que c'est fini pour moi. (se tournant vers le caporal.) Lamart, je vcux te remettre mes dernières volontés. J'ai, là-bas, une femme et

deux gosses, j'avais rêvé de faire leur bonheur, j'ai accepté ma pénible tâche de soldat dans l'espoir d'assurer pour l'avenir la paix à mes enfants.

(Tirant un portrait taché de sang.) Tu VOis C'est pOUr

eux que je me suis battu, pour leur épargner le contact des bourreaux et des bandits... regarde comme la maman est belle, comme les enfants sont jolis. Il y a un peu de sang, c'est parce que j'ai été touché près du coeur et tout mon

cœur fut sans cesse pour eux. (Tirant d'autres objets

de sa poche.) Voilà une bague pour ma femme,... une plus petite pour ma fillette elle a sept ans... et un porte-plume pour le petit Jacques^ il a six ans. Ah! j'oubliais ma croix de guene et ma citation, ils verront que je n'ai jamais marchandé ni hésité quand il s'agissait de faire son devoir... En leur remettant tout cela, tu leur diras que le papa

(Avec effort, voulant appuyer aa phrase.) UC ICS a jamais

oubliés...

Il retombe épuisé.

LE G.\P0RAL, prenant pieusement les reliques.

Mon brave Josselin, tu sais que tu peux compter sur nous, mais il ne faut pas te désespérer, tu n'es pas perdu, on a vu d'autres que toi, bien touchés, qui se sont remis.

LEDRU

Gomme tu as sauvé les autres, aie confiance, on te sauvera.

JOSSELIN, se dressant soudain et divaguant dans sa fièvre.

Allons les gas... attention!... les voilà... mettez vos masques!... allons, bondissez!... faut les délo-

ger de là... allons ! les copains... jusqu'au bout !... on en sortira !

Il retombe.

TIHI.AN.

Il divague.

JOSSELIX, son visage s'i) luminant cl une tendre vision, doucoment comme un souffle.

... Ma Jeanne, dis ?... comme on est heureux de se retrouver... ce bonheur nous ne l'avons pas volé... le rêve se réalise enfin... laisse-moi caresser ma petite Lise et mon petit Jacques, ainsi que ma bonne maman. La guerre... la guerre... la maudite guerre est enfin disparue à jamais... Le bonheur revient en nos cœurs... le bonheur... Ah!

Il meurt.

Lli CAPORAL, lui prenant la main.

Vaillant Josselin,... il est mort!

BLAIZEL, dans un geste de colôie montrant le poing vers l'ennemi.

Ah! les salauds I

BOUDEPIPE, de même, sombre, serrant les dents.

Les crapules ! '

TIRLAN.

A nous d'achever l'œuvre !

LEDHU.

Josselin, nous ne t'oublierons pas.

LE CAPORAL, gravement.

Mes amis, encore un de nos bons camarades qui s'en va; après Redon, Menai, Devin, Laval, Adran,

voici Josselin, la liste s'allonge tous les jours, mais notre amitié se resserre de plus en plus et notre ardeur ne fait que croître contr. l'hypocrite envahisseur. La Dixième escouade saura toujours conserver son bon renom, si nous vivon? les mêmes joies, nous vivons aussi les mêmes peines, les mêmes alarmes, les mêmes souffrances et dans notre pauvre « cagna )),tous ici présents, nous n'avons qu'une pensée : notre pays et les nôtres! (se tournant vers

Josselin.) MoU cher Josselin. (tous entourent Josselin.)

Nous perdons en toi, un vaillant, un fidèle camarade, ton dernier geste, celui de venir mourir parmi nous, en est une preuve éloquente. Ton rôle de soldat, obscur mais grandiose, tu l'as rempli dans toute l'acception du mot, nous saurons t'imiter. Dans une dernière lueur de réconfort, tu as cru apercevoir le bonheur revenu au sein des foyers, la liberté planant avec ses ailes radieuses, et semant, après ce terrible cataclysme, la concorde et le bien être dans les cœurs. C'est pour cela que tu as combattu, c'est pour cela, qu'imitant nos chers mprts, nous continuerons à lutter de toute notre énergie pour le triomphe du droit et la paix du monde. Notre pays ne peut que sortir

vainqueur de la lutte. (Etendant la main sur le corps de

Josselin, avec émotion.) Dors en paix, ami Josselin,

ton exemple sera suivi. (Martelant gravement sa phrase.)

La France sera toujours la France 1

Rideau.

Imprimerie Générale de Ghàtillon-s-Seine. — Euvrard-Pichat

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