‹ La dixième escouade; scène de la vie du frontChapitre 2 sur 15 · SCÈNE PREMIÈRE TIRLAN, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE TIRLAN, seul

Au lever du rideau, Tirlan est assisj songeur^ dans ua coin de la pièce, il va à la fenêtre, regarde, puis s'assurant qu'il est bien seul, il tire furtivement une lettre de sa poche et la relit pour la vingtième fois.

« Mon cher Pierre, « Laisse-moi commencer cette lettre comme les

(( autres; nous pensons toujours à toi, nous y pen- (( sons de plus en plus et nous voudrions que cha- « que matin, une boufîée d'air pur, telle une brise « parfumée vienne effleurer ton noble front, et (( que ce baiser matinal, tout fait d'affection et de (( tendresse, puisse te préserver au cours de cha- « que rude journée qui s'annonce. Jean et Roger (( vont toujours gentiment à l'école, tous deux rê- (( vent d'histoires de poilus, ils passent leurs jeudis « à dessiner des soldats et à jouer à la petite « guerre. Pauvres innocents 1 que leur petite; guerre « ne soit jamais qu'un jeu et que Dieu les pré- « serve de l'horrible fléau d'une grande. Je pense {( parfois au bonheur de jadis, on était sans doute « trop heureux et pour en sentir tout le prix, cet « événement dans la vie était nécessaire, ce bon- (( heur n'est pas perdu, crois-moi, il reviendra. (( Ecris-nous souvent, nous avons besoin de nous « infuser du courage mutuellement. Fais nous part (( de tes désirs, tu sais qu"il ne faut pas te gêner, « j'ai repris mon ancien métier de dactylo, je l'ai « repris gaiement, courageusement, guidée par le (( profond amour qui m'unit à toi et à nos chers (( petits. Toujours bonne chance, mon cher Pierre. (( Jean et Roi^er se joignent à moi pour t'embras- « ser du plus profond du cœur.

« Ta femme qui t'aime « Margot ».

Remettant la lettre en place.

Brave Margot, comme elle vient à propos me remettre du baume au cœur, j'étais triste tantôt;

mais sa bonne lettre, qui me rappelle si bien la douceur de sa voix, a vite dissipé la brume qui planait sur mon front. Relevés des tranchées cette nuit, nous voici dans notre cantonnement, modeste, il est vrai, mais les poilus se contentent de peu, le principal est de se trouver à l'abri des balles et des obus.

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