SCENE II
TIRLAN, MANOIS.
Entre Manois, cuisto de 1 escouade, avec une brassée de bois. MANOrs.
Eh quoi, vieux frère, toujours en train de rêver, bah! faut pas s'en faire, qu'ecque tu fiches tout seul ici, tu nourris ta mélancolie? C'est mauvais, çà, mon poteau, faut pas laisser germer le cafard dans l'escouade, c'est trop contagieux et dangereux.
TIRLAN.
Mon cher Manois, je n'ai pas le cafard, au contraire, je viens de relire une babille de la femme et je te prie de croire que cela m'a fait beaucoup de bien au cœur.
MANOIS.
T'as de la chance, toi de recevoir des belles lettres, moi, j'ai pas ce bonheur là, la mienne elle sait pas écrire, et puis il faut qu'elle turbine à la
ferme, on a guère de temps; mais on se comprend tout de même, c'est comme qui dirait la télégraphie sans fil chez nous, la pensée voyage de l'un à l'autre et l'on s'aime bien toujours.
TIRLAX,
Mais tu parles comme un poète, mon brave Manois.
MANOIS,
Oh, çà, tu l'as dit, pour les verres, ça me connaît, si tu veux en offrir un de pinard, j'suis ton homme. Mais c'est pas le tout de rigoler, va falloir préparer la cuistance. Les copains comme des pinsons sont partis en virée, mais en rentrant tout à l'heure, s'ils n'ont rien à se mettre sous la dent, quel chahut, bon sang!