‹ La dixième escouade; scène de la vie du frontChapitre 9 sur 15 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

Les Mêmes, MANOIS.

MANOIS, entrant portant deux seaux de toile contenant le vin et un bidon contenant 1 eau-de— vie.

Eh là, pas tant de chichi, mais un peu plus d'aide.

TOUS EN CHŒUR, avec satisfaction.

Enfin, le voilà le pinard !

TIRLAN, sortant de sa rêverie, se levant en faisant allusion au pinard.

Le vrai compagnon du soldat, celui qui verse la douce ivresse dans le cœur bouleversé du poilu.

BLAIZEL, regardant les seaux et bondissant.

Il en manque, le deuxième seau n'est qu'à moitié !

MANOIS, cherchant une excuse pour se disculper.

Y avait un trou d'obus, mes ribouis ont flanché.

LEDRU

Les fameux ribouis flanchent souvent, mais le gosier ne flanche jamais.

BOUDEPIPE.

Est-on décidé à le laisser moisir?

BLAIZELy avec envie.

Découvert ainsi, le peu de force qui lui reste s'en va.

LE CAPORAL

Allons les becs salés, autant tout de suite que plus tard.

BOUDEPIPE, magistral.

Le vin est tiré, faut le boire I

LE CAPORAL

Alignez vos quarts, et à l'appel, tout le monde est présent?

TIRLAN.

Il manque Josselin.

LE CAPORAL

Où est-il?

TIRLAN.

Avant la relève, cette nuit, le capitaine a demandé un volontaire pour une mission près des lignes boches, Josselin,, s'est off'ert, il est parti aussitôt.

LE GAPOUAL.

Pourvu qu'il ne lui soit pas arrivé malheur.

TIRLAN.

C'est un habitué du danger, il n'est pas à son premier exploit.

LE CAPORAL

C'est vrai et il est modeste autant que brave, on lui gardera sa part.

Tous les hommes s'alignent, le quart à la main. BLAIZEL.

Attention aux faux-cols.

LE CAPORAL

Allons, allons, faut pas aller trop vite on donnera le rabiot après.

Manois prend un seau et verse les parts. BOUDEPIPE.

Espèce d'animal, mon quart n'est qu'à moitié.

MAMOIS.

Mais non, mais non, t'as la berlue, t'es plus goinfre que les autres voilà tout, (n finit de verser.) Il reste un peu plus que la part à Josselin on partagera tantôt.

LEDRU, buvant.

Le pinard, il n'y a que ça de vrai!

BOUDEPIPE.

Allons, Manois, la chanson du pinard pour réveiller les cœurs.

MANOIS.

C'est que je ne suis guère en forme aujourd'hui.

BLAIZEL.

Bah ! c'est pour nous changer les idées.

MANOIS.

C'est bien pour vous faire plaisir, allons, attention, tous en chœur au refrain.

Il va reprendre un quart de vin dans l'un dos seaux.

BOUDEPIPK,

Eh, là, tu cherres ?

MAXOIS.

T'en fais pas, faut-y pas se donner un peu de ton. Attention, hum! hum 1

Le'/ont son verre.

La chanson du pinard ^

Nous fêtons ta liqueur altière.

En bons disciples de Bacchus, Car ton jus clair nous désaltère Du matin jusqu'à l'Angélus, C'est toi qui sauves notre vie Tu nous traites en vrais patrons.

Ton élixir nous fortifie Dans nos travaux et nos chansons.

TOUS, en chœur.

Allons, debout, les camarades

Gens de tapage et de bravades.

Allons debout, les gais lurons

Loin des soucis, trinquons, buvons! {bis).

BLAIZEL.

Je bois la coupe d'ambroisie!

Page 1