‹ La doctrine de DanteChapitre 3 sur 10 · VITA NUOVA · texte numérisé non relu

VITA NUOVA

La Vita Nuova se présente à nous, par sa date, comme le premier mot d'une immense énigme.

A neuf ans, Alighieri vit pour la première fois une fillette également âgée de « neuf » ans. Dès lors l'amour s'empara de son âme.

Neuf jours après les neuf ans, depuis l'apparition de cette très noble créature et merveilleuse dame, elle se montra au poète... L'heure à laquelle elle lui fit grâce de son doux salut était précisément la neuvième heure du jour.

Le Dante a pris soin de se commenter lui-même : « Parce que le nombre neuf s'est offert souvent dans ce que j'ai dit, et que Ton peut croire que cela n'a pas été sans rai-

son ; qu'en outre ce nombre remplit un grand rôle, surtout à sa mort, il me faut en dire quelque chose. Je dirai d'abord comment le nombre neuf intervint dans l'événement de sa mort ; puis je signalerai quelques raisons pour lesquelles ce nombre fut tellement favorable à cette Dame.

Je dirai donc que la belle âme de cette Dame s'est séparée de son corps pendant la première heure du neuvième jour du mois, et selon Tusage de Syrie pendant le neuvième mois de l'année qui équivaut chez nous au mois d'octobre, et, selon notre usage, elle quitta cette vie dans cette année du Seigneur en laquelle le nombre parfait (10) s'était écoulé « neuf » fois dans ce siècle.

« Si Ton désirait savoir pourquoi ce nombre neuf sympathisait autant avec elle, je pourrais en donner une raison probable, car il y a neufc\eu\ et ces neuf cieux se transmettent ici-bas les diverses combinaisons harmoniques auxquelles ils sont soumis là-haut. Ce nombre fut ami de Béatrix ; quand elle fut engendrée, les neuf mobiles s'harmoni-

nisaient parfaitement ensemble. Voilà déjà une de ces raisons. Mais en pénétrant plus au fond de la chose, selon l'infaillible vérité, ce nombre fut Bèatrix elle-même.

« Voici comment j'entends la chose : le nombre trois est la racine de celui de neuf, qui, sans l'aide d'un autre nombre et multiplié par lui-même, fait neuf. Donc si le trois par lui-même est facteur du neuf, et si le facteur des merveilles est par lui-même trois, Père, Fils, Saint- Esprit, c'est qu'ils sont neuf pour donner à entendre qu'elle était un neuf, c'est-à-dire une merveille dont la racine est seulement V adorable Trinité. Peut-être pourrait-on, par des raisons plus subtiles encore établir cette vérité... »

Il n'est pas besoin de recourir à la Kabbale, puisque le gibelin a défini lui-même le symbole numérique avec une extrême clarté.

Béatrice fut l'incarnation d'un nombre; maisàsupposer qu'il s'agit d'amour dans la Viia Nuova, le nombre de la femme est 2, et 6 celui de la sexualité. La neuvième carte du

Tarot s'appelle l'Ermite, et représente un vieillard couvert delà bure franciscaine, qui se dirige prudemment, tenant d'une main une lanterne (i), et de l'autre un bâton de pèlerin, exacte figure du pauvre volontaire qui suit un idéal que les autres ne voient pas.

Les commentateurs ont essayé de découvrir dans ces expressions un mélange de mysticisme et de kabbalisme, et une manifestation purement littéraire du mauvais goût d'alors. Ce qui les a conduits à cette erreur c'est que les sonnets de la Vita Nuova n'apparaissent pas isolés, ils s'intercalent dans une série antérieure au Dante et qui se développa ensuite jusqu'au xvr siècle.

L'épithète de Vie neuve ou nouvelle appliquée à la neuvième année, n'a aucun sens. Que serait donc la vie vieille, vita vecchia ? Celle des

i. V. dans la Clé de Rabelais (Sansot) la signification de Dame Lanterne comme figure de l'initiation et les spécimens de langage lanUrnois, argot corporatif de la fin du xve siècle.

langes et de l'abécédaire ? Quel enfant ou quel homme à la vue d'une petite fille s'écriera : Ecce Deus fortior me, qui veniens dominabitur tnibi, et trouve en pleine Florence de 1256, que la petite fille paraît née « non d'un mortel mais d'un Dieu ».

Si nous acceptons ces expressions comme nées du délire passionnel, le poète nous démentira : « la noble vertu dont elle était douée, ne permit jamais que l'amour me guidât sans le fidèle conseil de la raison. »

Les commentateurs ont jugé plus simpled'assimilerles sonnets d'Alighieri au sonnet d'Oronte, et d'y voir un maniérisme spécial, une préciosité, un jargon amoureux, que d'accepter le problème d'une si singulière inspiration. A l'analyse, on ne trouve ni concetti, ni gongorisme, mais au contraire une solennité d'expression telle que les versets dejérémie et du Psalmiste s'intercalent naturellement dans cette œuvre prétendûment galante.

L'immense répertoire des rimes amoureusss fournit une comparai-

son qui tourne à l'exceptionnalité de la Vit a Nuova.

Il voit parfaitement tout salut qui voit ma dame parmi les autres dames : et celles qui vont avec elle, doivent, de cette belle grâce, remercier Dieu.

Car sa beauté est de telle vertu que nulle envie elle ne donne aux autres, elle les fait marcher à côté d'elle, elle les

revêt]

de gentillesse, d'amour et de foi.

Sa vue rend tout humble,

et non seulement elle plaît de soi

mais chacune, par elle, reçoit du prestige.

Une femme qui incarne le salut, qui n'inspire aucune envie aux autres femmes, qui les fait marcher à côté d'elle et les revêt d'amour et de foi ; une femme qui plaît aux femmes en les éblouissant, ne seraitce pas l'absurdité la plus niaise qui ait jamais été écrite ? 11 faut trouver un sens plus rationnel.

O vous qui, par la voie d'Amour, passez,

arrêtez-vous et regardez : Est-il douleur aucune, autant que la [mienne, grande.

LA DOCTRINE DE DANTE l3

Je prie seulement que d'écouter vous ayez

[patience ; et puis vous imaginerez, si je ne suis pas de tout tourment la [demeure et la clé 1 Amour, non pour mon peu de [mérite,

mais par sa magnanimité, m'a mis dans une vie si douce et suave que j'entendais dire derrière moi :

« Par quel mérite a-t-il le cœur si léger, celui-là ! »

Maintenant j'ai perdu toute mon assurance qui venait de l'amoureux trésor.

Or, pauvreje demeure et à ce que je veux dire, j'hésite.

Ainsi voulant faire comme ceux qui par honte, cachent leur défaite, au dehors je montre de l'allégresse et dans mon cœur je me consume et pleure.

Immédiatement, le poète se commente ainsi :«Je fais appel aux fidèles damour.>>Iln'y a aucun moyen de lire « au cœurs constants, ni aux amoureux fidèles ». Cette appellation désigne non une catégorie flottante des soupirants, mais une secte. Les trois premiers vers sont de Jérémie et font partie de l'office de la Passion en qualité de répons.

Vittoria les a illustrés d'une musique à trois parties, adorable. «Je

l4 LA DOCTRINE DE DANTE

demande » à ceux qui suivent la voie d'Amour « de me permettre de parler». S'agit-il d'une simple déférence ou bien s'excuse-t-il de transgresser une défense ? « Dans la seconde partie, je dis où l'amour m'avait placé cou altro intindimento, que la fin du sonnet ne montre point. »

En soudant les uns aux autres les passages caractéristiques, voici à peu près la page rouge (rubrica) qu'il écrivit à vingt-six ans (1291).

« La Dame glorieuse de mon esprit pour beaucoup de gens s'appelait Béatrice, beaucoup d'autres ignoraient le nom. Quand elle apparut, les esprits sensibles parlant aux esprits de la vision, dirent : Apparuii jam beatitudo vestra.

« Alors l'esprit matériel se lamenta.

« En pensant à cette femme angélique, j'eus une vision merveilleuse (elle se trouve dessinée à la fin du « Songe de Poliphile »...), je pris la résolution de la faire connaître à plusieurs hommes qui étaient de fameux troubadours ; je résolus d'é-

crire un sonnet pour saluer tous les fedeli in amore .

« Un jour cette gentilissima se trouvait dans une église ; j'étais placé de façon à contempler l'objet de ma félicité. Entre elle et moi eten ligne directe était assise une dame qui dirigea plusieurs fois ses yeux sur les miens. Il arriva que l'on s'aperçut qu'elle me regardait: j'entendis même dire : « Vois-tu comme cette dame détruit l'existence de ce jeune homme ! ». Mesyeux n'avaient point trahi mon secret : je me décidai aussitôt à profiter de cette méprise et à faire de cette dame une espèce de voile pour cacher la vérité.

Grâce à cette dame, je me mis à l'abri des curieux, pendant des mois et des années.

« Pendant le temps que cette personne servait de voile à mon véritable amour, j'eus le désir de célébrer le nom de Béatrice en la plaçant parmi les noms des « soixante »

plus belles personnes de Florence.

Le nom de Béatrice à cause de la mesure ne put entrer dans les vers que le neuvième. Or la dame qui

l6 LA DOCTRINE DE DANTE

pendant si longtemps m'avait servi à cacher mes véritables sentiments, fut obligée de quitter notre ville et d'aller en pays lointain. J'en fus désappointé. »

L'Amour dit à Dante un jour qu'il chevauchait : « Je viens de chez cette dame qui a été longtemps ta défense et je sais qu'elle ne reviendra pas; mais ce cœur que je te faisais avoir par elle, je l'ai avec moi et je le porte à une autre dame qui sera ta défense comme celle-ci l'a été, et il me la nomma... je trouvai en effet, le moyen d'en faire ma sanvegar de, si bien que beaucoup de personnes en parlaient, même au delà de ce qui est permis par certaines convenances. A cause de ces discours, cette noble Béatrice qui n'était reine que des vertus, en passant par un endroit, me refusa sa douce salutation... Après avoir imploré la miséricorde de la Dame de courtoisie et m'être écrié: «Amour, viens au secours de ton fidèle », je m'endormis comme un enfant qui pleure après qu'on Ta corrigé et j'eus une vision. C'était la neuvième heure. »

Ici on a voulu voir les fiançailles de Béatrice avec le chevalier Messer Simone de Bardi.

« Une noble dame avait été fiancée le jour même, et parmi les jeunes filles qui devaient assister au premier repas qu'elle faisait dans la maison de son fiancé, je vis la très noble Béatrice. Pour cacher mon émotion, je m'appuyai à une peinture qui ornait cette demeure.

Ayant un peu recouvré mes sens, je dis à l'ami qui m'avait amené :

j'ai mis les pieds dans cette partie de la vie d'où on ne peut retourner sur ses pas. »

Le poète avoue qu'il présente des difficultés au lecteur qui ne serait pas au même point que lui, comme fidèle d'amour ; pour qui n'est pas fidèle, il parlerait inutilement et en vain sans éclaircir une telle obscurité!

Des dames lui demandent : « Pourquoi aimes-tu cette Dame puisque tu ne peux supporter sa présence ? Il faut que ton amour soit tout à fait d'un nouveau genre. »

Il réplique : « La fin de mon

l8 LA DOCTRINE DE DANTE

amour a été la salutation de cette Dame, car dans cette salutation se trouvait la fin de tous mes désirs :

désormais je n'attends mon désir que de sa merci. »

Ici se place la fameuse ode :

Dames qu'avez l'intellect d'amour

Je veux avec vous, de ma Dame, parler.

Comment croire à un poème sexuel lorsque, à la suite d'un sonnet, le poète écrit : « Il a quatre parties, caries dames à qui je réponds eurent quatre modes de parler ! »

Béatrice meurt. Survient une très noble dame, qui avait été jadis la dame de Guido Cavalcanti le fidèle d'amour, initiateur de Dante et qui s'appelle Giovanna « son nom dérive de Giovanni (Jean qui précède la vraie lumière) » . L'amour dit « celui qui voudrait considérer les choses subtilement appellerait Béatrice l'Amour, à cause de la grande ressemblance qu'elle a avec moi ! »

Plus loin, on trouve « l'amour n'est pas en lui-même une subs-

tance, mais un accident dans la substance ».

Selon Dante, anciennement « il n'y avait pas de diseurs d'amour en langue vulgaire, puisqu'on netrouve rien remontant à cent cinquante ans ».

En effet, avant 1141, on ne rencontre pas de textes occitaniens sur la religion d'amour.

Le gibelin donne ces définitions ésotériques passim :

« J'appelle cœur, cette puissance qui désire, et âme la raison ; je rapporte ce que l'une dit à l'autre, croyant convenable d'appeler la puissance sensible cœur et la raison âme; cela est assez intelligible pour ceux à qui je désire qu'il le soit. »

« Un jour, à l'heure de noue, cette glorieuse Béatrice apparut vêtue de couleur rouge, et du même âge que je la vis la première fois. Puis vint le temps où le monde va voir cette sainte image que Jésus-Christ nous laissa de son admirable figure, que regarde maintenant la glorieuse dame de mon esprit. » Il rencontre des pèlerins et nous enseigne qu'il

y en a de trois sortes : les palmieri (porteurs de palmes) qui vont Outremer, les pérégrins, qui vont en Galice, et les Roméens qui vont à Rome.

Les premiers sont des Johannites, les seconds des Albigeois et les Roméens des fidèles d'amour. Voici maintenant la transcription en langue vulgaire de la Vita Nuova.

Il y avait neuf ans que Dante était affilié à la secte(en langage mystique, un hommea l'âge de son initiation), lorsqu'il connut une doctrine tellelement consolante, ou bien qu'il découvrit une loge tellement illuminée, que sa jeune intelligence s'émerveilla et qu'il chanta cette doctrine ou cette communion, pour y appeler de fameux troubadours.

Cependant, rien dans sa conduite ne révélait l'hérétique, il pratiquait, et Rome orthodoxe le regardait avec complaisance. Il profita de cette méprise, et pendant des années, il passa pour un excellent fidèle de l'Eglise romaine; il ne parlait de sa croyance qu'en la mêlant à la foi officielle. Le nom de Béatrice qui ne

vient qu'en « neuvième » pour la mesure correspond aux premiers vers dorés de Pythagore:

Rends aux dieux immortels le culte consacré Garde ensuite ta foi...

La Dame qui servait de voile quitte Florence ! Comment expliquer cela ?

S'agit-il d'une protection orthodoxe ?

En tout cas, une protection lui était nécessaire. Il lui faut une nouvelle défense. Contre qui ? Des rivaux? La famille de Béatrice ? Non. Contre l'Inquisition ! Une autre Dame devient sa sauvegarde, à ce point que Béatrice lui refuse la salutation ou consolement des Albigeois.

Que signifie le mort de Béatrice, sinon que la communion à laquelle Dante appartenait a disparu ? Une autre confrérie, plus ancienne, une confrérie Johannite, recueillit ceux que la mort de Béatrice avait fait selon une expression d'argot « fils de la Veuve ». Lorsque le grand lyrique nous avertit que subtilement Béatrice n'est autre que Y Amour, il faut se reporter au Symposion de

Platon et y lire la dissertation sur Eros qui diffère beaucoup de la physionomie basse et romaine de Cupido. Eros signifie Désir et non Amour ; mais ce serait matière trop longue à énoncer.

La citation, pure et simple, établit que cet opuscule ne relève pas de l'inspiration sexuelle, sinon dans la mesure où le peintre fera poser sa maîtresse pour la Madone.

Le Dante a donné à sa pensée la forme qui lui fut chère ; il haussa la jeune Florentine de son premier amour jusqu'à y voir une allégorie de la Sagesse. En cette qualité Béatrice traverse les trois sphères de la « Divine Comédie», pour s'épanouir dans le Convito, avec les traits d'une nouvelle Diotima.

L'opinion courante et superficielle qui fait de la Vita Nuova une poésie amoureuse, se trouve ruinée, par le texte même.

LE CANZONIÈRE

œuvre du Prieur blanc éprouve ce sort étrange d'être admirée sans être comprise et de ravir par sa beauté ceux même qui n'entendent rien aux pensées exprimées. Pour tous, la VitaNuova est une histoire d'amour. Le poète moderne, confiné dans son étroite personne, ne connaît d'autre thème que lui-même et se figure que ses devanciers dans l'art lyrique ne voyaient pas plus loin que leur ombre.

Littérairement, l'Alighieri a trouvé autant de commentateurs qu'il le mérite : mais pas plus les Italiens que les étrangers ne cherchent l'esprit véritable de ses beaux poèmes et, dans l'édition du Cancanière de Guliani, expositeur de la Divine Comédie, à l'Institut supérieur de

Florence, on lit, à la seconde page de la préface, che solo un sensibile amore poteva inspirare, la Vita Nuova ! Si ce professeur avait ouvert le Convito au chapitre II, il aurait lu au dernier alinéa : «Je cède à la crainte de l'infamie. L'infamie que je redoute, c'est qu'on suppose que je me sois laissé dominer parla passion. Le Convito atteste que ce n'est pas la passion, mais la vertu qui m'a inspiré. »

Le deuxième traité du même ouvrage finit en ces termes :je dis et f affirme que la dame dont je m'épris fut la très belle et très honorable fille de V empereur de V univers, à laquelle Pythagore décerne le nom de Philosophie,

Comme la paresse des universitaires s'obstine toujours à défendre les clichés, j'emprunterai à Dante son propre commentaire. Il y a trois chansons dans le Convito, l'œuvre testamentaire par excellence.

Comme la véritable intention, en écrivant mes canzones, différait de l'intention apparente, j'entends les éclair-

cir par une interprétation allégorique et raisonnée, d'après l'histoire littérale. (Convito, C 1., vers la fin.)

Ainsi, il n'y a pas à nier l'ésotérisme de Dante : les chansons diffèrent de l'intention apparente. Il craint l'infamie de passer pour... ?

Que veut-il renier avec de si grands mots et si graves ?Son amour ou la foi romaine ?

« Le sens des Can^ones a pour but principal de conduire les hommes à la science et à la vertu. »

Une déclaration si solennelle ne gêne pas Ozanam. Le critique orthodoxe croit à Béatrice, à la sexualité permanente du lyrisme Dantesque.

Son extrême sensibilité, quoique protégée par le souvenir de Béatrice, résistait mal aux séductions de la beauté ; le recueil de ses compositions lyriques a gardé la trace de ses affections passagères qu'il essaya vainement de voiler à demi par d'ingénieuses interprétations.

D'autres, comme M. Fertiault, qui a traduit les chansons, s'écrie,

souventes fois, dans ses commentaires :

Ombre de Béatrice, si tu entends, ferme un instant ton oreille ou adresse à ton amant des reproches comme ceux qu'il se fait lui-même adresser par toi dans la Comédie : «Et vous celle que faime le plus. » O Dante, ces mots-là, devais^tu les dire pour une autre que la fille de Portinari ?

Voici l'argument ingénu d'un traducteur :

Le poète veut peindre la lutte qui eut lieu en lui quand il se blâma d avoir aimé la Dame qui le détourna de la pensée de Béatrice.

Vous qui, intellectuellement, mouvez le

[troisième ciel, Ecoutez le ragionar qui est dans mon cœur. Que je ne puis dire à d'autres, si nouveau

[il me paraît.

Le ciel qui suit votre valeur, Gentilles créatures que vous êtes M'a mis dans l'état où je me trouve.

D'où le récit de la vie que je constate Paraît s'adresser dignement à vous.

Je vous prie donc de m'entendre; Je vous dirai la nouveauté du cœur,

Comme l'âme triste pleure en lui, Et comme un esprit contraire parle, Qui vient par les rayons de votre étoile.

Dante va donc s'expliquer luimême ;

La première partie de cette canzone n'est autre que son premier vers.

Aristote, Ptolémée, le Psalmiste et les dix deux, aboutissent à ceci : le troisième ciel est celui de Vénus. Quels êtres le meuvent ? Ici toute une pneumatique intercalée. Ce sont les Trônes qui meuvent le troisième ciel. Cela nous donne, au bout d'une quinzaine de pages,

Trônes qui, intellectuellement, mouvez le [ciel de Vénus.

On sait à présent la nature des cieux et de leurs moteurs.

« J'invoque les moteurs du ciel de Vénus et je leur dis, écoutez ; non pas comme pour ouïr un son, car ils n'ont pas de sens, écoutez la voix qui est dans mon cœur ».

Dans toute la canzone le cœur se prend pour la partie secrète intérieure.

L'esprit contraire est un fréquent penser qui me porte à louer et embellir

cette Dame, et Yâme est un second penser volontaire, luttant contre le premier pour vanter et embellir la mémoire de la glorieuse Béatrice.

« L'intime penser, c'est-à-dire mon sentiment qu'aidait la mémoire, je l'appelle âme et l'autre esprit, comme nous avons coutume d'appeler hommes de la cité ceux qui la tiennent et non ceux qui la combattent, quoique les uns et les autres soient citoyens.

«J'énonce que cet esprit arrive par les rayons de l'étoile.

A la seule vue du cœur dolent

Un suave penser s'est offert

Maintes fois au pied de votre Sire,

Où une dame glorieuse je voyais,

Dont il me parlait si doucement,

Que mon âme soupirait: «Je veux m'en

Or, apparaît qui le fait fuir [aller! »

Et me domine de telle vertu,

Que le cœur me tremble et que cela se

Il me fait regarder une dame [voit.

Et dit : « Qui veut voir le salut

Qu'il se mire dans les yeux de cette dame

S'il ne craint l'angoisse des soupirs ! »

« Je dépeins ma lutte intérieure. La vie de mon cœur est un penser suave, persuasif, et ce penser montait souvent aux pieds du Seigneur de ceux de qui je parle. Cela signifie que, par la pensée,

je contemplais le règne des bienheureux, je voyais triompher la glorieuse Béatrice. Ce penser me rendait désireux de la mort.

« J'appelle penser, et non âme, mon désir, qui s'élançait vers la bienheureuse.

L'esprit qui le met en fuite est un nouveau penser qui chasse l'autre.

Comme un miroir, il me montre une autre dame avec des paroles décevante.

Je révélerai le sens de cette partie de lacanzone où combattent en moi divers pensers » .

Le lecteur a dû éprouver plus de difficulté au commentaire qu'au texte, et, en effet, il est encore plus obscur.

On n'adresse pas des chansons aux moteurs du troisième ciel, mais aux initiés du troisième degré qui est en effet celui de la rhétorique ; Rabelais dira des escribouilles (écrit bulle).

Vous qui, initiatiquement, dirigez le troisième ordre des initiés, Écoutez le fond de ma pensée,

Que je ne peux dire à d'autres, il leur [paraîtrait imprévu .

C'est sous votre impulsion, O vrais gentilshommes, Que je me suis mis dans le cas présent. Je vous dois l'explication de ma conduite, Et à qui la donner sinon à vous ?

Je vous prie donc de m'entendre, Je vous dirais ce que j'ai dû faire, Comme je suis attristé de paraître renégat Et comme cependant, malgré l'apparence

[contraire,

Je travaille, ainsi faisant, à notre œuvre.

Des copies partielles de la Divine Comédie avaient fait croire aux sectaires ce que la critique universelle croit encore, que Dante appartenait de nouveau au giron catholique :

de cette infamie (le retour à l'Eglise romaine) il veut se laver au début du Convito, et on comprend du reste qu'il ne pouvait pas le crier sur les toits.

Mon cœur aujourd'hui dolent Se nourrissait d'une pensée suave, Qui m'emportait auprès de Dieu; Et je la contemplais, la gloire d'une dame

[(l'initiatrice) Et j'avais tant de bonheur à la vanter Que mon âme disait: « Suivons-la. »

LA DOCTRINE DE DANTE 3l

Mais la prudence m'arrête Et me maintient d'une telle menace Que je tremble et qu'on s'en aperçoit.

On me force à regarder une autre dame Celle qui dit : Point de salut, Hors de mes yeux, et que chacun s'y mire S'il ne craint l'angoisse des soupirs (la

[torture).

Le supplice de Cecco d'Ascoli, ami de Dante, avertissait le poète et ce couplet est caractéristique :

« Messire Alighieri, tu es un grand hâbleur (concieri), tu as écrit un gros livre sur l'enfer où tu n'es pas allé ; mais compte bien que tu iras. » Cette boutade citée par Bulgarini prouve que YInferno fut connu, avant les deux autres parties de la trilogie.

Le dominicain Vernani (Bologne, 1746) donne bien le sentiment inquisitorial :

Cet homme, introduisant Boëce et Sénèque à l'Eglise a joint à ses fantômes poétiques le verbe de la philosophie. Laissant de côté avec mépris ses autres ouvrages, j'ai voulu examiner un certain livre qu'il a intitulé La Monarchie .

Voyez-vous le chien du Seigneur (domini canis) pourvoyeur du bourreau, qui se jette sur l'os apparent et se contente de mépriser le reste, c'est-à-dire le poème le plus formidable de Tère chrétienne et qui sera peut-être un jour la charte de nouveaux et vrais chrétiens.

Tel l'esprit nouveau ce puissant adversaire Détruit l'humble penser qui me parle toujours

D'une Angèle couronnée dans le ciel Et mon âme pleure encore son deuil Et gémit : « O malheureuse comment a fui L'être compatissant, ma consolation ? »

Puis l'affligée ajoute : « Fatale heure Où cette beauté fixa ses yeux sur les miens ! Pourquoi n'en croyaient-ils pas mon avis? Je le savais : entre ses paupières Séjourne celui qui tue mes pareilles.

Vaine fut ma clairvoyance.

A peine l'eus-je regardée, j'en suis morte.

Comme aux strophes précédentes, TAlighieri ajoute l'obscurité du commentaire, et il faut le refaire.

Le souci causé par la puissante orthodoxie, Disperse ma piété pour celle Qui est au ciel couronnée ;

Et mon âme pleure car elle est en deuil

Et gémit : « O malheureux, j'ai perdu

L'être qui me consolait. »

Et l'âme ajoute : « Fatale heure

Où l'Eglise fixa ses yeux sur les miens.

Pourquoi ont-ils été confiants. »

Je savais bien que dans le regard de l'Eglise

Siège V inquisition qui tue mes pareilles.

Vaine fut ma clairvoyance, Au premier regard de l'Eglise, je me crus

[mort.

L'autre stance continue le même thème avec une opacité d'expression persistante :

Tu n'es point morte, mais consternée.

O âme qui te lamentes.

Répands un esprit de noble amour.

« La gente dame dont tu sentis le charme

A complètement transformé ta vie, Tu t'en effraies, tellement elle est chétive. Vois Béatrice, miséricordieuse et modeste,

Courtoise et sage dans son altitude Et songe à la proclamer désormais souve- Si tu ne t'égares, en la découvrant [raine

Ornée de si hauts miracles ; Tu t'écriras : « Amour, seigneur sincère Voilà ta servante ; règne selon ton plaisir. »

« Par mes pareilles j'entends les âmes affranchies, douées de génie et de mémoire. La mienne s'écrie peu après :

« J'en suis morte. » Exclamation contraire à celle précédente du Salut. Le oui et le non alternent. On doit bien observer le discours, par deux pentes opposées. Au quatrième verset, Esprit d'amour signifie un penser qui naît de mon étude, comme dans toute cette allégorie, amour désigne étude ou application de l'esprit à l'objet de sa passion. Enfin la phrase : tu la verras ornée de si hauts miracles, promet l'initiation à ses splendeurs, car ce sont vraiment des ornements miraculeux que les prodiges démontrés par la bienheureuse.

Et l'adepte de la religion d'amour finit ainsi sa chanson :

lisseront rares, je le crois, ô Canzone! Ceux qui saisiront bien le sens de ton discours,

Tant tu leur tiens un langage ardu et sub- Mais si, d'aventure, en ta course [til. Tu rencontrais des personnes Qui ne te paraissent peu sagaces ; Alors, je te prie de te rassurer, Dis-leur, ô ma nouvelle fille chérie :

Comprenez au moins combien je suis belle.

Ce fut le destin de l'œuvre dantesque. On comprend combien elle est belle ; on ne saisit pas le sens

du discours parce que, au temps où le discours fut tenu, il eût mené son auteur à l'autodafé.

La seconde canzone du Banquet est un beau morceau de lyrisme mystique, mais la troisième nous livrera mieux la doctrinè du gibelin. Il y oppose Tidéal des parfaits, des purs, à la vieille hégémonie romaine qui se repose sur son ancienneté, sur sa généalogie pontificale et occupe, comme par héritage, la place des apôtres sans avoir ni leur foi, ni leur charité. La fausse noblesse traditionnelle et héréditaire se trouve en perpétuelle opposition avec la vraie noblesse actuelle et individuelle; autrement, il compare les purs du néo-christianisme aux impurs de la foi romaine.

Les douces rimes d'amour, que je me plai- A chercher dans mes pensées. [sais 11 convient que je les laisse, non que je De revenir à elles. [désespère Mais parce que les attitudes dédaigneuses Qui dans ma dame [et fières

Sont apparues m'ont fermé la voie Du parler usuel.

Et puisque temps me paraît d'attendre,

Je quitterai mon suave style

Que j'employais pour traiter d'amour ;

Et dirai la valeur

Qui fait le gentilhomme

D'une rime âpre et subtile ;

Combattant l'opinion fausse et vile

De ceux qui veulent que de gentillesse

La richesse soit le principe ;

Commençant, je crierai quel seigneur

Habite dans les yeux de ma Dame

Pour qu'elle s'ennamoure d'elle-même.

Dante se commente en ces termes :

J'explique* pourquoi je me dépars de mon langage habituel, j'annonce que je laisse les rimes propres à V amour, non par serment de ne plus aimer ainsi, mais parce que de nouveaux aspects me sont apparus dans ma dame. Je ne l'appelle fière, dédaigneuse que selon le sens établi, au neuvième chapitre du précédent traité.

Le CIX du III donne ceci :

La dame dont je parle m'ayant paru naguère un peu superbe, je composai une ballade où je l'appelle orgueilleuse

et sans pitié ; je m'adresse à elle pour lui enseigner son excuse...

Après quatre pages de dissertation sur la vue et la vision, Aristote et Platon, l'optique et l'illumination mystique se mêlent comme les fils d'une trame multicolore, et le poète conclut :

Comme les yeux jugent faussement Fétoile sur l'apparence, ma ballade considère la dame en question en un aspect contraire à son essence intime ; et je la trouvais fière et dédaigneuse, par ma grande crainte de sa vue et par une infirmité de 1 'âme que passionnait un trop grand désir ; et emportée par le désir, l'âme passionnée, ne juge plus comme un être humain, selon la réalité, mais comme un animal, selon l'apparence.

Les cantiques de foi que je me plaisais A chercher dans ma doctrine, Il convient que je les laisse. Je n'y renonce J'y reviendrai. [pas, Mais, par son attitude peu satisfaite, Ma Dame me dissuade De chanter mystiquement.

Puisque le moment n'est pas propice, J'abandonnerai le ton extatique Que j'employais pour traiter de la religion

[d'amour ;

Et je révélerai à quelle marque On reconnaît le gentilhomme Avec une rime âpre et subtile Combattant l'opinion romaine De ceux qui veulent que la possession Soit le meilleur titre.

D'abord, je dirai que Dieu Rayonne dans les yeux de ma Dame Et que la religion d'amour est bien la

[Vérité.

La noblesse habite où est la vertu (chez les fidèles d'amour) et non toujours la vertu où se trouve la noblesse (Rome) : ainsi le ciel se trouve où brille Tétoile, mais sans réciproque.

Et comme la couleur grise, procède du noir (la pourpre procède de l'ombre), de la noblesse émane chaque vertu ou sa racine.

Que nul (pas même le successeur des apôtres) ne se vante en disant : par ma fonction je suis lié à la noblesse. Ceuxlà qui lui sont liés (les voyants ou illuminés) sont presque des Dieux.

L'âme, ornée de cette grâce, ne la tient pas close.

Elle apparaît, obéissante, douce et modeste dans le premier âge. Dans la

jeunesse elle ne se plaît qu'aux choses loyales. Dans l'âge mur, elle est tolérante ; dans la dernière phase de sa vie, elle s'élève à Dieu dans la contemplation de la fin où elle aspire.

Jugez maintenant combien d'hommes s'abusent, en croyant à la noblesse de l'Eglise actuelle qui, si elle fut d'abord douce et modeste, cessa bientôt d'être loyale, devint de plus en plus intolérante et maintenant dans sa décrépitude ne songe qu'aux biens temporels et s'obstine à augmenter par son injustice son heur matériel.

Notre époque, indifférente en matière de religion, incohérente en philosophie et incapable d'un passionnément, répugne à constater chez des hommes aussi culminants une foi si ardente sur des matières sincèrement dédaignées. Un homme de ce temps, non des moindres, n'a-t-il pas dit :

Si vraiment ces grands hommes furent mystiques, leur grandeur devient douteuse !

Les autres canzones ne sont pas plus compréhensibles .

Amer dacché convien pur ch'io doglia

Amour puisqu'il faut que je prenne le ton dolent pour me faire entendre et que je fasse comme si toute vertu était éteinte en moi, enseigne-moi à pleurer (à feindre) comme j'en ai le dessein de façon que ma douleur (apparente) en se manifestant me laisse la faculté de dire ce que je sens.

Tu veux que je meure (à la gnose) et j'y consens.

Mais qui me défendra si je ne sais pas exprimer (en mon talent, contraint) ce que tu me fais éprouver (mon amour.)

Qui croira que je sois si fortement épris (de notre foi.)

Si pourtant tu me donnes autant d'éloquence que j'ai de peine, fais en sorte, ô Amour, que celle qui m'est si cruelle (Rome ou l'inquisition) n'en puisse rien savoir : car si elle se doutait de se qui se passe dans mon âme, Dame Pitié se montrerait moins belle (l'Eglise serait moins tolérante).

Dans une autre composition :

Doglia mi reca nelle care ardire, l'envoi est significatif :

Chanson, une dame est proche, qui est notre payse. Tous la proclament belle, sage et courtoise : mais personne ne la reconnaît sous les noms de Blanche (Templière), de Giovanna (gïo, joie gay savoir ou giovare pour adjuvare, aider), de Courtoise (Gibeline). Va vers elle qui est close (hermétique, cachée), révèle-lui d'abord qui tu es (affilié), à quelle fin je t'envoie, puis tu feras ce qu'elle t'ordonnera.

Tre donne intorno al cor mi son venute.

Trois dames sont venues vers mon cœur (comme les trois Eleusines de Numénius), car l'amour emplit mon cœur et règne en maître sur ma vie. Elles sont si belles et de tant de vertu que c'est à peine si mon maître Amour ose parler d'elles. Toutes trois sonttristes et abattues comme des personnes poursuivies et lasses à qui tout le monde fait défaut, au mépris de la vertu et de la noblesse. Il fut un temps où on les chérissait pour leur langage : tous maintenant ne leur témoignent que haine et indifférence. Ainsi délaissées, elles sont venues à moi comme au foyer d'un ami sachant bien y trouver celui que j'ai dit, Marie, Lucie, Béatrice.

L'une se plaint abondamment, elle s'appuie sur sa main corne succisa rosay

comme une rose coupée; son bras nu, appui de sa douleur, sent le rayon qui tombe de sa face.

L'autre se cache le visage et pleure, pieds nus et les vêtements arrachés ; et Amour vit d'abord de son corps ce qu'il faut cacher : et charitable, il lui demanda la cause de ses peines.

— «Oh! qu'elle a peu à vivre, répondt-elle », notre nature qui s'abandonne à toi, moi qui suis la plus triste, je suis la sœur de la mère Drittura, Droiture et pauvre d'habits et de ceinture.

Après qu'elle se fit connaître ; le chagrin et la honte s'emparèrent de mon Seigneur et il demanda quelles étaient les deux dames.- Et celle qui pleurait pleura davantage et s'écria:

« Ne te peine-t-il pas de voir mes yeux ? » Puis elle commença : « Non loin du Nil naît un petit fleuve, là où la grande lumière fait germer la feuille de l'osier.

« Sous Tonde virginale, j'ai engendré celle qui est à côté de moi et qui essuie ses tresses blondes : et cette belle personne, ma fille, en se mirant dans la source claire, engendre celle qui est plus loin. »

L'Amour nomme ensuite ces trois Dames : Droiture, Générosité

et Tempérance ; mais, en réalité, celle qui vient du Nil, c'est la gnose. Lucie ou Luce est née de la tradition orientale, elle est blonde, pour indiquer son essence franke ou occidentale.

Les trois éplorées, mère et filles, l'un par rapport à l'autre, résistent à l'explication : le poète le reconnaît dans l'envoi :

Chanson, que nul homme (agnostique) ne porte la main sur les symboles pour voir ce que cache une belle dame. Que les parties nues suffisent. Refuse à tous le doux fruit vers lequel tout le monde tend la main. Mais si tu rencontres quelque ami de la vertu (affilié), montres-to? à lui sous des couleurs nouvelles et fais désirer aux cœurs amoureux cette fleur, belle au dehors.

Les partisans les plus entêtés du Dante amoureux et galant conservent-ils quelque doute sur le sens mystique des chansons, que nous retrouverions identique dans les ballades et les sonnets ?

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