‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 1 sur 65 · La doctrine de la grâce chez Arnauld · texte numérisé non relu

La doctrine de la grâce chez Arnauld

Je me propose, dans le présent volume, d'exposer la doctrine port-royaliste de la Grâce, telle que l'a comprise et défendue le grand Arnauld.

J'ai dit, dans V Introduction générale qui précède le tome l de cet ouvrage, pourquoi Arnauld me paraît, — de préférence à Jansénius, par exemple, ou à Barcos, ou à tout autre, — le représentant le plus autorisé et le plus complet de la pensée dont a vécu Port-Royal durant près d'un siècle, et qu'on persiste à appeler, en dépit de Port-Royal, janséniste.

Rappelons brièvement les époques de cette pensée.

Sans remonter aux origines lointaines, nous ti'ouvons le germe, — voire un jieu mieux que le germe, — de la Doctrine de Port-Royal, chez l'abbé de Saint-Gyran.

Nous voyons Arnauld, instruit ou plutôt orienté par Saint-Gyran, puiser dans la hn-turc de saint Augustin, plusieurs années ( i635-i639) avant la publication et même avant l'achèvement de VAugustinus, la plupart des opinions, touchant la corruption originelle, la grâce efficace, la prédestination gratuite, la morale relâchée, l'administration des sacrements et la constitution de l'Eglise, pour lesquelles, avec les Solitaires et les Religieuses, il luttera et soulfrira toute sa vie. Nous le voyons en même temps, — cartésien de la première heure sinon avant la lettre. — tirer des principes de Descartes de nouveaux motifs de libérer la Théologie de la Philosophie, et par là de s'opposer à la scolastiquo, dont Saint-Cyrau, et sa propre expérience, lui avaient déjà inspiré le dégoût.

Dès avant la mort de Saint-Gyran, la théologie d'Arnauld est arrêtée, non seulement quanta ses principales thèses, mais

surtout quant à sa méthode, laquelle se ramène à ceci : rendre la tliéolog'ie simple, vivante, « édifiante », en la débarrassant des questions abstruses et inutiles oii se i)erdent les écoles, en répudiant les distinctions et les subtilités qui ne servent qu'à prolonger les disputes, en renonçant enfin au raisonnement comme instrument de découverte, pour s'en tenir à l'autorité de la Tradition et des Saints Pères.

Mais, dans ses premières oeuvres, Arnauld, — comme Jansénius, quoique non pas peut-être d'une façon aussi étroite, — a tendance, en ce qui concerne les matières de la Grâce, à n'étudier la Tradition que dans cet abrégé qu'en offre saint Augustin.

Après la mort de Saint-Cyran, la nécessité de défendre l'orthodoxie de Jansénius, puis la sienne propre, contre des attaques sans cesse renouvelées, — spécialement à l'occasion de la Bulle d'Innocent X, de la Censure de Sorbonne et de l'affaire du Formulaire, — l'oblige à montrer que la doctrine soutenue par lui et ses amis comme étant de saint Augustin, est aussi celle des autres Pères, et de tout ce qui. Conciles, Papes ou Docteurs, soit aux premiers siècles de l'ère chrétienne, soit aux siècles de la Scolastique ou au xvii^ siècle même, fait autorité dans l'Eglise. Il se trouve ainsi engagé, sur les conseils, d'ailleurs, de Nicole, à étudier de près, et les grands docteurs du moyen âge, et nombre de théologiens modernes, depuis les thomistes jusqu'à certains molinistes modérés tels que Bellarmin, à qui il aime à se référer.

D'autre part, les longues conlrovéz^ses qu'il a engagées avec les calvinistes au plus fort des persécutions relatives au Formulaire, mais qu'il a poursuivies surtout après la Paix de l'Eglise, sur le double sujet du Dogme Eucharistique et de la Morale, ne pouvaient manquer de le rendre plus attentif encore à la continuité de la Tradition, et de lui faire sentir le besoin de considérer cette chaîne dans tout le détail de son développement, au lieu de s'en tenir aux plus anciens anneaux, si précieux fussent- ils.

Enfin, la dernière période de la vie d' Arnauld, — période dans laquelle, proscrit par Louis XIV, il est au contraire en faveur auprès des papes, des cardinaux romains et des plus illustres évêques d'Europe, — est dominée ])ar ses discussions philosophico-théologiques avec Malebranche. Champion de

l'orthodoxie contre un relig-ieux qui prétend autoriser ses nouvelles pensées du nom de saint Augustin, Arnauld est naturellement amené à cher\;her des armes, en deliors de saint Augustin même, dans le docteur en qui toutes les Ecoles, depuis le Concile de Trente, reconnaissent le type irréprochable du pliiloso{)hc et du théologien orthodoxes. Poussé par Duguet et Quesnel, il se tourne à nouveau vers saint Thomas, qu'il n'a du reste jamais négligé (contrairement à Jansénius), et sur qui il s'est même fréquemment appuyé au moment de la Censure de Sorbonne, mais dont il n'a pas encolle fait une étude approfondie. Cette étude approfondie, il l'entreprend maintenant avec une application et un goût croissants. Il reconnaît en saint Thomas une pensée, très conforme quant au fond à celle de saint Augustin, mais plus précise, plus méthodique, et, semble-t-il, plus en harmonie avec son génie propre. C'est surtout par les principes de saint Thomas qu' Arnauld combattra Malebranche sur le sujet des Idées, de la Providence et de la Prédestination; c'est aussi par les principes de saint Thomas qu'il mettra en poudre le Philosophisme, qu'il défendra contre le Dr Steyaert les théories augustiniennes des péchés d'ignorance et des fausses vertus des infidèles; qu'il ruinera le système de Nicole sur la Grâce générale, comme celui de Huyghens et du P. Lami sur la vue des vérités en Dieu. Saint Thomas est devenu pour lui, — au grand scandale de certains de ses amis, — un maître presque comparable à saint Augustin, et qui, sans contredire jamais saint Augustin en rien d'essentiel, souvent le complète ou l'éclairé. Il pourrait s'appeler à présent, et il s'appelle en effet, non plus, suivant le titre qu'il avait si longtemps revendiqué, disciple de saint Augustin, mais dun nom que ne récuserait aucun théologien catliolique, disciple de saint Augustin et de saint Thomas.

Ainsi s'est peu à peu enrichi, — au détriment de son originalité, dira quelqu'un, nous dirons plutôt : ainsi est arrivé peu à peu à manifester sa vraie nature, — ainsi est devenu, si j'ose user de ce terme, intégral, — après un certain nombre de crises dont les disputes avec Pascal, à propos de la signature du Formulaire, marquent la plus décisive, — ce traditionalisme qui fait lame de la doctrine d'Arnauld.

Sur cette base élargie, la doctrine même est restée immuable.

A la vérité, si l'on compare les derniers ouvrages d' A rnauld avec les ApologieH pour Janséniiis, par exemple, ou la Fréquente communion, on les jugera assez différents de forme et de ton. L'auteur use davantage des termes de l'Ecole ; il n'hésite pas à corriger par toutes sortes d'explications et de restrictions ce que certaines métaphores emj)runtées aux Pères pourraient avoir d'excessif; à la force et à l'éloquence, il préfère une exactitude de langage qui ne laisse place à aucune fausse interpi'étation. Le même souci de rigueur le fait recourir, beaucoup plus souvent que par le passé, à l'ordre géométrique tel que l'a défini Descartes dans les Réponses aux deuxièmes objections, c'est-à-dii'e à l'emploi du syllogisme, non pas du tout pour ti'ouver la vérité, mais, la vérité étant trouvée par ailleurs, pour en rendre l'exposition plus nette, et plus convaincante la réfutation de l'erreur. A quoi il faut ajouter que, sans avoir perdu de sa « véliémence » à l'endroit des auteurs qu'il réfute, il pi'end un soin nouveau de montrer qu'en dépit de l'opposition des conclusions, ils conviennent avec lui de beaucoup de |)rincipes; il invoque, pour les condamner, les témoignages des plus considérables théologiens de leur propre compagnie ou de leur propre parti; en un mot, il s'ingénie à faire perdre à la théologie de Port-Royal cette figure de suspecte, ou tout au moins d'isolée entre les autres écoles catholiques, que les contestations antérieures avaient pu paraître lui donner.

Mais quant au fond des choses, qu'y a-t-il de modifié? Rien du tout.

Sur un seul point, une variation digne de remarque : Arnauld, dans l'explication de la liberté, a substitué vers i685 à la délinition de Jansénius celle de saint Thomas, l^e changement eût pu être de conséquence, en ce qu'il ouvrait la voie à l'indéterminisme. Mais dans les bornes où se tient Arnauld, ne prenant de saint Thomas que ce qui ne contredit pas saint Augustin, sa seconde conception du libre arbitre ne trouble aucunement l'équilibre du système. Elle en rend seulement les principales thèses plus faciles à défendre. Ces thèses ellesmèiiies, y compris celles qui touchent directement à la matière du libi-e arbitre, — l'assujettissement de la volonté déchue à la concupi-scence et l'efficace invincible de la grâce, — sont demeurées identiques. A telles enseignes que souvent, dans les controverses de la lin de sa vie, Arnauld se contente de

LA DOCTRIXE DE LX ORACE XT

renvoyer aux livres, vieux d'un demi-siècle, où il estime avoir suffisamment élucidé les questions en cause. Et il est signilicatil' qu'un développement fort important sur la corruption de la nature, qui faisait en i645 un chapitre de la deuxième Apologie pour Janséniiis, se retrouve à peu près textuellement dans les Difficultés proposées à M. Steyaert, qui sont de 1692, dans deux opuscules qui sont l'un de 1691, l'autre de 1693, et dans une Instruction sur la grâce qui ne porte point de date.

C'est dire que pour qui veut embrasser la doctrine d'Arnauld dans son unité, il y a lieu de tenir compte à la fois de tous les textes.

Ces textes sont fort nombreux. Ils remplissent fyi tomes iu 4 " de l'admirable édition de Lausanne. Encore convient-il d'y joindre, outre les trois iifros volumes de la Grande perpétuité de la Foi, outre une longue Dissertation sur la probabilité, insérée parmi les notes de Wendrock sur la \^ Provinciale, et la F** Lettre sur V Hérésie imaginaire, qui sont l'une et l'autre de la main d'Arnauld, divers écrits retrouvés au cours du XIX'' siècle (en particulier les Lettres à Leibniz) et quantité de lettres inédites qu'on peut consulter aux Manuscrits de la Bibliothèque nationale, de la Bibliothèque Mazarine, ou de la Bibliothèque de l'Arsenal.

Le malheur est que cette production si abondante est consacrée, à peu près exclusivement, à la polémique. Pas une fois, celui que Bossuet appelait « le grand réfutateur » n'a eu le loisir de ramasser ses idées sur la Grâce, sur la Moi-ale et sur l'Eglise en un exposé d'ensemble coi'respondant au système qu'il avait assurément dans son esprit. Nous savons qu'il en a longtemps conçu le dessein. Et i)eut-être V Instruction sur la Grâce, — d'une clarté et d'une vigueur remarquables, en dépit de sa forme catéchétique, — y eùt-elle répondu en quelque mesure. Mais cette Instruction, le seul d'entre les écrits d'Arnauld qui ne vise pas à attaquer ou à défendre quelqu'un, n'a pas été poussée au delà des tout premiers chapitres. Quant au reste, les diverses parties du système sont éparpillées dans une infinité d'œuvi-es de circonstance où il faut aller les rechercher pour reconstruire le tout.

La reconstruction n'est pas bien difficile. Les pièces, la plupart du temps, s'ajustent d'elles-mêmes. Parfois, cependant, il arrive qu'on hésite quant à la façon de les ajuster, soit que

les matériaux paraissent insuffisamment élaborés, soit que certains intermédiaires fassent défaut. Parmi cet amas d'ouvrages, oîi, comme on pense bien, les longueurs et les redites abondent, plusieurs points de la théorie du péché originel, par exemple, ou de la réprobation, ou de la contrition, sont mentionnés d'un mot ou passés sous silence; non qu'Arnauld ne les jugeât pas importants, mais parce qu'ils ne se trouvaient pas en cause dans la controverse du moment. En pareil cas, le seul parîi est évidemment à' interpoler , je veux dire, de combler les lacunes à l'aide d indications empruntées à quelque autre théologien du « parti », Jansénius, ou Nicole, ou Pascal, ou Quesnel, là du moins où nous n'avons pas de motif spécial de penser que la manière de voir dudit théologien ait dû diflérer peu ou prou de celle de notre auteur.

Une telle méthode demande à n'être employée qu'avec prudence. Ce qui m'a encouragé à en user sans trop de scrupule, dans les occasions, assez rares, du reste, où je n'ai pas eu d'autre recours, c'est l'obscurité même dont s'enveloppent, pour les écrits émanant de Port-Royal ou des amis de Port- Royal, — écrits qui sont presque tous anonymes ou jaseudonymes, — les questions d'authenticité.

Si l'on consulte les meilleurs catalogues du temps, ceux de Fouillou, de Desmares, de Leroi, de Lemaistre et Sainte- Marthe, ou les Mémoires les mieux informés, ceux de Hermant, de Fontaine, de du Fossé, sans parler d'ouvrages postérieurs, comme V Histoire littéraire de Port- Royal, de Clémencet, ou la Bibliothèque Janséniste du P. Golonia, et bien d'autres, on trouvera qu'une foule d'ouvrages attribués ici à Arnauld sont attribués là à Le Maître, ou à Nicole, ou à Girard, ou à Lalane, ou à Pascal, et vice versa. C'est que, comme on a pu le voir dans notie tome I, ces ouvrages, pour la plupart, ont été faits en collaboration. La récente et monumentale édition des Œuvres de Pascal, par MM. Brunschvicg et Pélix Gazier, a mis en évidence ce qu'avait été cette collaboration dans les Provinciales. Pascal n'est guère, comme les Jésuites ne se sont pas privés de le lui dire, qu'un Secrétaire, génial à la vérité : pour chaque lettre, l'idée directrice, le plan, les arguments, les citations, et souvent les traits mêmes ou les métaphores, lui sont fournis par le Cénacle dont il défend la cause, que tout le monde, en dépit de ses précautions, devine

LA DOCTUINE HE LA GRACB XIII

derrière lui, et qui, précisément en raison de cela, n'aurait garde de laisser passer dans des écrits si universellement répandus la plus petite phrase de nature à déformer et jiar suite à compromettre « la Vérité ». Or ce qui est vrai des Provinciales ne Test pas moins des Faclunis pour les Curés de Rouen et de Paris, des Imaginaires, des Disqutsitions de Paul [renée, des Mémoires en faveur des Religieuses ou des Quatre Evèques, et généralement de tous les écrits publiés par les Messieurs de Port-Royal ou par leurs amis, entre i653 et 16G9, soit pour l'éclaircissement du sens de Jansénius, et pour la défense d'Arnauld, soit contre les relâchements des casuistes et les abus de l'autorité ecclésiastique dans l'exaction de la signature : tous ces écrits, non seulement ont été soumis à la même révision du petit conseil théologique dont Arnauld est le chef, mais ils sont bâtis sur le même fonds commun de réflexions, de textes des Pères, d'exemples de l'Histoire ecclésiastique; tous présentent la même inspiration, le même mode d'argumentation, le même style, — et bien fins, je l'avoue, sont les critiques qui savent ici discerner la touche de Pascal de celle d'Arnauld, de Nicole ou de Saci. On j)erdrait son temps à un travail sans résultat, et d'ailleurs sans intérêt pour notre objet, à vouloir doser dans chaque ouvrage la part de celui-ci ou de celui-là. Qui que ce soit qui ait tenu la plume, qui que ce soit qui ait suggéré telle idée ou telle tactique, l'ouvrage inspiré par le groupe, adopté par le groupe, doit être considéré comme traduisant la pensée du groupe.

On objectera peut-être que les théologiens de Port- Royal n'ont pas toujours été jxirfaitement d'accord, et qu'ils ont fait aussi des « écrits volants » les uns contre les autres. Ces dissentiments ne peuvent que nous confirmer dans notre façon do voir. Car si ces Messieurs sont à ce point attentifs à surveiller et à critiquer leurs ])r()ductions respectives, si pour quelques (' fautes », après tout légères, relevées dans un ouvrage de Barcos, Arnauld et Nicole sont si prompts à s'émouvoir, et, avec Pascal, agissent si énergiquement auprès de Singlin afin de supprimer l'ouvrage malencontreux, n'est-il pas clair que là où ils n'ont rien repris c'est qu'ils adhéraient sans réserves? Semblablement, quand nous verrons Arnauld, examinant, en vue de l'édition, une copie des Instructions sur le Symbole, de Nicole, et y insérant un chapitre de sa main, noter et corriger

avec le plus grand soin les deux chapitres où Nicole avait commencé de découvrir son système jjropre de la Grâce générale, nous serons bien en droit d'en c(mclure que pour tout le reste du livre, il n'y a aucune divergence entre les deux auteurs.

Ce qui importe seulement, en cet ordre de questions, c'est de savoir « distinguer les Temps ».

La théologie du Port-Royal, à la prendre depuis la ^jublication de VAiig-iifitiniis jusqu'à la (in du siècle, a été successivement représentée par trois groupes de penseurs qui, tous les trois, ont eu Arnauld pour centre. Et ces groupes, sans préjudice de l'unité de doctrine, se dilTérencient nettement par l'esprit et les tendances, eu même temps ([u'à l'intérieur de chacun d'eux règne une cohésion fort étroite.

Le premier groupe comprend, avec Barcos, les disciples de Saint-Cyi*an et les théologiens de la même génération qui, l'ayant ou non connu, se sont ralliés à sa réforme, les Le Maître, les Lancelot, les Hermant, les Lalane, les Saint- Amour, les Bourgeois, les Bourzeis. les Sainte-Beuve, les Feydeau; jusqu'à la Bulle d'Innocent X (i65'3), tout ce qui part d'un de ces auteurs est en parl'aile conformité avec la pensée d'Arnauld, et expressément avoué j)ar lui, que ce soit Y Apolo g- ie jmur M. Arnaiild, de llermant. le (Jiiid sid in Ecciesia S. Aiiguslini aut/ioritas de Barcos, le Sdint Ani>'ustin çictorleax (le Calvin et de Molina, de Bourzeis, ou le Caféchis/ne de la Grâce, de Feydeau.

Mais après la condamnation des V Pi'opositions, le groupe, peu à peu, se désagrège. Les uns, comme le D' de Sainte-Beuve, en arrivent à faire défection purement et simplement. Les autres, comme Barcos, tout en restant chauds d(''!'enseu)vs de Jansénius, et très vénérés à Port-Royal, se tiennent ou sont tenus un peu à l'écart de l'activité des controverses nouvelles. L'influence préi)ondérante passe à Nicole, devenu le second d'Arnauld, et qui, de concert avec Lalane, Girard et Saci, avec Pascal aussi, — sauf le désaccord que l'on sait, — a ])art, peut-on dire, à tout ce que fait Arnauld jusqu'à la Paix de l'Eglise, mais aussi ne fait rien, non plus (ju'eux, que sous le contrôle d'Arnauld et d'après sa direction.

L'interruption, due à Clément IX, des persécutions et des disputes amène le relâchement des liens qui avaient fait naître

T.A nOCTRrXK DK LA ORACK XV

ît entretenu entre les théologiens de Port- Royal une si étroite oopération. Seule. — avec Tédition des Pensées, — la Grande Perpétuilé de la Foi (1669-1(574)' continuation d'une lutte contre les protestants commencée bien avant la Paix, associe une fois encore les ellorts de Nicole et d'Arnauld : de Nicole qui en a rédigé la plus grande partie; dArnauld, qui a guidé le travail ie Nicole, qui a réuni une partie des matériaux, qui a d'ailleurs mis sa signature à lœuvi'e achevée, et qui en a assumé hautement la responsabilité. A cette exception près, chacun dorénavant, sans rien renier de ses convictions antérieures, va penser et écrire pour son compte. Il faut attendre le retour des jours mauvais pour qu'autour d'Arnauld exilé se reforme, à plus ou moins grande distance, une manière de nouveau groupe. Du A'aucel, qui est à Rome, mais avec qui il est en correspondance presque quotidienne; plus près de lui, en Hollande, des amis tels que Neercassel, lévèque de Castorie, dont YAmor Pœnitens, a été concerté avec Arnauld et a deux écrits d'Arnauld pour appendices; à ses cotés enfin, Pont-Chateau, et sui-tout les deux oratoriens Quesnel et Duguet, qui, forcés de quitter leur Congrégation, vont retrouver Arnauld dans son exil, en i685, et dont le premier, devenu définitivement son compagnon de retraite et d'études, ne cessera plus de vivre dans son intimité : c'est sous les yeux d'Arnauld, par ses conseils, avecson approbation, qu'ont été composés tous les livres de Quesnel entre i685 et 1G95, en particulier la Tradition de V Eglise Romaine.

On peut juger, d'après ces indications, comment j'ai été amené à dresser la liste, — que l'on trouvera ci-après, et qui n'a nullement la prétention d'être exhaustive, — des ouvrages dont il est nécessaire de faire état pour connaître et pour comprendre ce que je nomme indilléremment doctrine de Port -Royal ou doctrine d'Ai-nauld.

Je crois qu'à les lire tous sans parti pris, on a chance de voir cette doctrine à peu près sous la forme que j'ai essayé de lui restituer, en suivant, du mieux que j'ai pu, l'esprit et le langage de l'auteur.

Page 1