‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 65 sur 65 · PASSAGE DE LA SPECULATION A LA PRATIQUE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE LA SPECULATION A LA PRATIQUE

peut connaître Dieu. Dun eùté, nous savons que Dieu est unité pure, et que toutes ses perfections se confondent en une simplicité absolue; d'un autre côté, nous ne concevons rien de son essence qu'en y distinguant des perfections diverses, et en regardant chacune d elles isolément, à l'exclusion des autres. C'est de la même manière qu on doit envisager cette transfusion de l'Etre Souverain dans la créature, que nous représentent 1 Incarnation du Verbe et la Grâce du Saint- Esprit. Les bonnes («uvres du clirétien, comme celles du Verbe incarné, sont tout ensemble et indivisiblement humaines et divines. Mais, pour en jiarler comme il convient selon ce double caractère, il faut, en tant qu'on les considère comme de l'homme, oublier en quelque sorte leur rapport à Dieu et, en tant qu'on les considère comme de Dieu, oublier leur rapport à l'homme. L'oubli, naturellement, sera ici tout fictif et provisoire, et n empêchera pas qu'en s'attachant à la première considération, on n'ait cette pensée de derrière la tête qu'il y aura lieu, par après, de passer à la seconde...

Qui ne voit la conclusion pratique de ces remarques ? C'est celle du Catéchisme de la Grâce : « Il faut prier comme si tout dépendait de Dieu, et agir comme si tout dépendait de nous II); s> ou celle de Jansénius (dans son Discours de la Réfovmation de l homme intérieur) : « Nous ne devons espérer qu'en la seule miséricorde de Dieu, quoique nous ne laissions pas d'agir de toute notre puissance, et avec tous les etforts qui nous sont possibles. »

En un mot, notre zèle ne doit jamais cesser d'être humble. Voilà ce que Its Pères veulent dire lorsqu'ils font de l'humilité l'àme de toutes les vertus chrétiennes, comme de l'orgueil le principe de tous les vices iui. Et voilà la leçon suprême qui ressort des vérités de la Grâce. Vérités non pas désespérantes, comme on le répète, mais consolantes en même temps qn/uimi-

II Cité m (Euvres d'Arnauld, t. XVII, p. 845. Saint-Cyran s'exprunc (Ml termes prestjue identlcjnes dan.s une Lettre à une dame de grande (•(audition (Œuvr. chrt-l. et s/iirit., t. I, p. Vil , que nous avons citée dans le chapitre consacré à Sainl-Cyran. Cf. des reniar([ues analogues de Xk;olk Essais de Moralei, citées et approuvées par Arnauld it. XXXIX, p. 6i">-6i6i. Nous les avons citées plus haut, p. 19, note 146; voir aussi t. IV. p. 87.

■i<\. t. X, p. <)o-9i ; 99; 280-281. Cl', t. XVII, p. 284, etc.

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liantes (i); puisqu'elles nous enseignent que la puissance divine, relevant rintirmité de notre nature, nous rend capables du plus haut degré de sainteté (2), et que si « par nous-mêmes nous ne pouvons rien », « nous pouvons tout en celui qui nous fortifie » ; puisqu'elles nous apprennent à travailler sans inquiétude et à remettre toujours entre les mains de Dieu le succès de nos travaux, « plantant » et « arrosant », mais n'attendant l'accroissement que de celui qui donne le travail même i3).

Tels sont les sentiments de lame vraiment pieuse à l'égard de ce qu'on pourrait appeler les trois parties de la vie chrétienne : l'observation de la Loi, l'usage des Sacrements, la soumission à la Iliérarchie de V Eglise. Elle sait que rien de tout cela n'est négligeable. Mais elle sait aussi que tout cela reste lettre morte, sans fruit ni mérite, à moins que l'inspiration de la Grâce ne le vivifie. En toutes choses, il faut que la grâce de Dieu anime les pratiques purement humaines ; il faut que l'esprit soit joint à la lettre. Ainsi la vraie morale catholique se trouve, comme le dogme, également éloignée de deux erreurs contraires, l'erreur des jésuites qui ne s'attachent qu'à la Lettre, l'erreur des protestants qui ne s'attachent qu'à Y Esprit.

I 1. XWIX. p. io8. — la. T. XVl, p. i3y. — 3 T. IV, p. 87.

Vu : Le Doyen de la Faculté des Lettres, Ferdlnand BRUNOT.

\'u et permis d'imprimer :

Le Recteur oe l'Académie ue Pauis, APPEL.

Paris. — Les Presses Universitaires de France.

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