‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 14 sur 106 · AUTOGRAPHE DE MALHERBE · texte numérisé non relu

AUTOGRAPHE DE MALHERBE

BIBL. NATIONkP

r.F, TKXTK Dr r.OMMFNTAIMF: !l."t

lion (lo so ro prou lire iino sonh^ l'ois (I i. La vuo do l'orijïinal (2), co que nous savons «railloiirs do sa niaiiiôn^ do travailler, de son exiiîcncc envers lnimi-'mo, tout rend cette hypothèse inadmissible.

Puis comment ^lalherhc eùt-il,d"un exemplaire àraulre, changé son orth(>gra[)he eu une plus modoi'ue, comment eril-ij ('«crit drpi/is^, f)'f//i^o/s, aimer, ùrp/'iv, porlraire, alors qu(^ l'original éci'it (/l'pii//!^, f/Yfnco//<!, ffi/iHf'r, hriefvp^ pourtrairc^ alors surtout que nous avons, sur la l'orme de ce dernier mot, son avis nettement exprimé (3)?

En outre si ou oludie les variantes de B non plus à travers l'édition Lalanne, mais sur l'exemplaire même, on s'aperçoit quelles renferment un grand nombre d'étourderies impossibles à imputer à un auteur qui écrit vite^ mais qui trahissent au contraire un copiste qui lit mal :

F" 2()3 v" au lieu de conlrrnioi ic trouve continues (4) qui ne fait aucun sens; f" 79 v" paier pour parpr (o), f° 21o r° frasp pour pfrase (= périphrase) (G).

Ailleurs ce sont des notes transposées (7), comme au sonnet 30 de Diane II (où la 2" note est supprimée et remplacée par la troisième (8)), et à la chanson 12 des Amours d'Hippolyte. Cette dernière faute est caractéristique. Malherbe relevant la forme croissants et ayant résumé un peu plus bas le contenu des stances n" ") dans cette phrase : « Il dit que son amour croit tous les jours et même en absence, » le copiste, trompé par le rapprochement a cru que ces deux notes où il est question de croître chaque jour n'en faisaient qu'une et il les a jointes en les transposant (9).

(1) Voir ce que nous disons plus loin des variantes.

(2) L'original est tout raturé. V. f 39 y", 40 v", 102 r". 100 v% 108 v», 109 r°. 11-:, etc., etc.

(3) Malh. Œuv. IV, 442.

(4) Div. Am. chans. 1.

(5) Am. Hipp. el. 1.

(6) El. II, Av. prcni. Lai. a lu phrase, IV, 301. (7). Voir la clef de l'Av. soc. EL II.

(8) Dans l'original la 3^ note est en ellet écrite plus haut que le vers auquel elle se rapporte, ce qui explique la faute.

(9) V. f 115 Y" et éd, Lai. IV, 32G, où le lapsus n'est pas indiqué. Comp. encore 73, v".

04 MAi.iiKiutr; i:t i>i:spoktes

Toutes ces présomptions sont déjà fortes. Elles se trouvent irréfutablement confirmées par ce fait qu'au f° 247 V dans une note rclalive au vers 12 (1) un blanc est laissé au milieu d'une pbrase : <( de dire qu'// faut se rappoi'te à (;nflammn\ il n'y a point d'apparence, car il est ;i </nrd('y coïwxwq, à enflammer. »

Le mot qui manque est mkessairt' ou iiuUspemable ; si B était un original l'auteur l'eùl peut-être passé, il ne l'eût pas laissé en blanc ; s'il a fait ainsi, c'est qu'il n'était qu'un copiste qui ne pouvait pas décbiffrer ce passage. (2).

Voici donc un premier point ac(iuis. \\ est une copie.

Je n'hésite pas à dire tout de suite que malgré les dilîérences profondes qui la séparent de l'original, li est la copie de U.

La première raison en est (jue quelques-unes des fautes ^lont nous avons parlé plus haut s'ex|)li(|uent par la façon même dont l'original est écrit ou disposé.

La seconde c'est que B reproduit un certain nombre d'étourderies et de négligences qui sont déjà dans O.

Sur ces vers de Desportes :

Mais ce dernier effort s'est montré si terrible, Et m'a du premier coup tellement conibattu, Que mon esprit en est de tout point abatlu.

Malherbe s'est trompé et il a écrit : Ce dernier effort m'a 'ibaltii du premier coup. » C'est également la leçon de B. (3) Ailleurs Desj)ortes avait dit :

Au moins faites semblant pour toute récompanse, Oue vous plaignez ma peine et qu'en acez pitié.

On lit en marge : « Et en avez étoit comme il falloit dire ; mais il a mieux aimé laisser le vous que de faire une cacophonie, il devoit éviter l'un et l'autre. « B répète cette critique alors qu'il faut évidemment : le que. (4).

(1) Nous aurons à revenir sur cette note qui n'est pas dans l'original ou plutôt qui n'y est plus et qui prend ainsi une douljle importance. (IV, 415).

(2) Ajoutons encore que l'encre de li a été séchée. cela se voit encore en plusieurs endroits et prouve que l'auteur copiait vite et ne composait pas.

(3) F" 179 W V. éd. Lai. IV. 3G9.

(4) F°32°, éd. Lai. IV. 26S.

Li: riIXIli 1)1" CO.MMDMAIIU: i)5

Sur ces deux vers :

Mais (ù moi désoléj j'en suis hors du danger,

J'ai tant et tant de maux que plus je ne dois craindre.

Malherbe observe : « Il y a treize mots en ces deux derniers vers, de (juoi il y en a douze monosyllabes ».

La critique ne ])()rte évidemuKMil (pic sur le dernuM' vers. Néanmoins R la rrpôle. insérant dans sa note le mot dcur que Malherbe dans nn moment d'inattention avait ajouté au-dessus de la ligne (1).

Un dernier exemple. Desportes s'écrie :

Mon Dieu, mon Dieu, que j'aime ses beaux yeux Dont l'un m'est doux, l'autre plein de rudesse !

« Je ne me puis imaginer, reprend Malherbe, comme une femme a un œil doux et l'autre rigoureux. D'avoir les yeux tanhM crue/s et tantôt rigoureux cela se peut, mais non le reste. » {2j

Il tant lire évidemment doux. Mais lî (comme A) a copié le texte et don m* crue/s.

Cette répétition des mêmes l'auli's démontre à elle seule, non pas que ]\ est la copie immédiate de 0, car les fautes se transmettent, mais ([u'il en provient dii'ectement ou indirectement.

Reste à expliquer les ditlerenjes considérables que lî présente par rapport àO, savoir les variantes, les omissions et les additions.

1" Les variantes :

Les variantes ou les corrections sont assez nombreuses, plus / nombreuses que l'édition Lalanne ne le laisserait supposer.

Nous en avons relevé beaucoup dont il n'est fait dans cette édition aucune mention (3).

(1) D., I, 7-2; f- 106 V, IV, 319.

(2) D, I, '2G, IV, Î5i.

(3) V. D. II, son. 1, veulent := vouloient ; son. 21, baille i= bailla ; /'b. de la Jalousie = rude au lieu de note, etc. ; son. 45, rebeller ^rebelle; A)n. d'Hipp., él. 1., recberchaut ^= reclierche ; ib. cli. 2 : il veut dire la gloire" de mon seul penser = il veut dire la smile gloire de mon penser ; ib. cli. 7 : elle oublié r= elle; Div. Am., 9. le roi partit = le roi arriva ; ib. comp. 1. belle pensée^ belle imagination ; ib., cette .stance =ces lieux stances, etc., etc.

96 MAi.iii:iini: r.r dksportfs

Mais la pliipail ri'onl (ju'iinc inipoiianco rninimf. Ex. : « Cftto <lornièro stanno (If'riiciil la première » au lieu de « la précédente il] »; « j'ai d()nn(' con^é = je donne eonp' à ce verbe » (2), « un lieu à mellre des llauimes = à nielhc du l'eu (3).

Ailleurs H ('crira " elU; y dédaut » au lieu de rcsliluej' pUp lout simplement; \\) « vous oublié » au lieu de « vous dresl « (oj; « la j^laco n'est pas plus glace quo cette conclusion » pour « frifiidius glacie ». (6)

Deux fois le coj)iste se peruKdlra de chani;er la j)lirase.

i° 0 : « Prix nu milieu du vers (d promis à i;i iiu. n'ont *i:uèro bonne grâce. »

Copie B : « césure rimée avec la rime, mal. » (7)

2° 0 : « armes et gendarmes mal rim(' ; »

B : (( simple et composé. » (8)

Mais ces substitutions de phrases à d'autres ne sont pas difficiles à expliquer. Le copiste les prenait dans sa mémoire où Malherbe les avait gravées en les répétant des centaines de fois. Elles témoignent tout simplement que ce copiste éhiit de l'espèce de ceux (|ui comprennent les textes et les inlerpi'èlenl. souvent plus redoutables encore, comme on sait.

Les corrections ne sont pas plus significatives. D'abord il y en a très peu, deux ou trois à peine et l'original est en somme beaucoup moins fautif que la copie. A un endroit Malherbe ayant écrit : je ne condamne pas à craindre, B a bien vu qu'il fallait lire craindre à (trouver), (rétait une restitution facile. (9)

(1) Am. H., st. IV, IV, 318.

(2) Cléon., s. 12.1V, 331.

(3) D. Am., st. 2. IV, 439.

(4) IV, 452, note.

(5) IV, 324, note.

(6) IV, 423, note. V. encore. Am. H., son. 70, IV. 319; Cart. et M., pour le roi H, TU, IV. 462; Im. Ar„ IV, 405 ; D. I. r)T. IV. 259 : Berg. et Masc, compl. I. IV, 458; EL I, 2, IV, 354 ; Am. H , son. 43, IV, 312 ; D. Am., son. 20, IV. 437 ; El. \, 4, IV, 356.

(7) Div. Am. son. 15, IV, 431.

(8) Epit. de Timol de Cossè. IV. 463.

(9) Am. //. él. III. IV. 309.

LH TEXTE ni; COMMENTAIRE 97

En sommo les lil)('rl(''.s prises par lo coj)is(o on co (pii concorno la rédaction sont minimes.

H a transmis fidèlemenl jiis(|ii'aii\; hancs I ; \\ est la re|)r()(luclion exacte sous ce rappori de <l.

2' Les omissions.

L'édition Lalanne en signale quelques-unes, quelquefois même avec des observations justes et intéressantes. Mais si l'on se reporte à l'exemplaire de l'Arsenal, on s'aperçoit qu'il n'y a guère qu'une omission sur dix à peine (pii soit mentionnée dans cette édition. Ainsi j'en relève dans les Amours d'Hippolyte o7 et l'édition avertit de 4. Pour les autres recueils la proportion est la même. 11 manque dans B des centaines d'observations, et cette copie ne donne qu'une partie du commentaire.

Si on considère la nature de ces omissions, on est amené à conclure que certaines peuvent s'expliquer par des négligences de copiste, qu'elles sont aussi quelquefois des abréviations plutôt que des suj)pressions.

Ainsi on peut admettre ([ue lo copiste a passé des mots comme obsoletam (2), nota\ que pour aller plus vile il joint deux remarques comme ici : « drsirer à ia voir, nm\. On ne dit pas je désire à faire cela » sans ajouter : « désirer à voir n'est pas à mon gré (3).»

Mais sa transcription est faite avec trop de soin, nous l'avons vu, pour qu'on puisse supposer qu'il a ainsi laissé passer de parti pris des pages tout entières du Commentaire sans remplacer des vingtaines de notes absentes même par un trait (i). Tout au contraire il nous a montré qu'il voulait tout copier. Quand il a passé un membre de plirase, même peu important, il l'ajoute avec un renvoi (5).

(1) Sauf quelques-unes pourtant qu'il a déplacées ou même ajoutées.

(2) .4m. H. fant., IV. 302. (supp. dans B). Div. Am., pi. 1.

(3) V. Am. H. son. 86, IV, 323.

(4) V. A))i. H., son. 3i; Div. Am., pour le prem. jour de l'an : ib., st. I ; ib, compl. 3, où 22 observations sont omises,

(5) V. éd. Lai. IV, 309, observ. G'. B avait oublié : « Comme qui diroit : eombien grand o il l'a ajouté.

BRUNOT 7

&^ M \l.lli;iiI!F. KT nr.SPOP.TKS

Ce que le copislc a supprimé de son chef est donc de peu d'impoi'Uiuce.

Dès lors s'cigissaiL-il dun choix? Qacli|u"uu auruiL-il fait ce que se proposait Balzac et élagué les observations ou qui lui déplaisaient ou (jui lui paraissaient superllues?

Autre hypothèse insuffisante. Pourquoi U en ce cas eiit-il conservé une foule d'observations insigiiiliunles et en eût-il laissé d'autres qui étalent capitales? Ceci n'a pas besoin d'être discuté (1 ).

rson^ la véritable explication^ c'est que B représente un élut du texte encore incamplet.

M. Lalanne avait observé déjà^, sans se demander la raison d'un fait si étrange, que B contient des remarques que Malherbe a biffées (2), et reproduit un texte antérieur au texte définitif que Malherbe a adopté (3).

Or les corrections sont encore de la main de Malherbe qui a rendu la première rédaction illisible. Celle-ci a donc été déchift'rée antérieurement à ces retouches, c'est-à-dire du vivant de Malherbe.

Ce premier raisonnement, fondé sur des faits matériels et paiconséquent indiscutable, m'a conduit à penser par suite que les remarques omises par B devaient sans doute s'expliquer non par des suppressions faites dans cette copie, mais par des additions faites postérieurement dans l'original.

Or la vue de l'exemplaire de la Nationale ne peut laisser aucun doute à cet égard. Le Commentaire a été fait en |)lusieurs fois. Son texte })rimitif a subi des corrections et des additions à plusieurs reprises.

Malherbe a ajouté des remarques là où il avait primitivement tiré quel<|ues traits (4), là même où il n'avait rien remarqué tout d'abord.

(1) V. la lem. 1 des Am. Hipp. son. 1 ; la l' du sonnet 18, ib ; la V de la cil. 1, ib ; la 2' du son. 34, ib ; la 1' du GT, etc., qui toutes sont omises.

[2] Dio. Am. pi. 1, IV, 421. Im. del'Ar. IV, 4lG.

(3) Am.H. eh. 7, IV, 324

(4) Ainsi la première remarque de la cli. XI desA>n. d'Hipp. est d'une autre encre que le trait (f 113 v°).

• , ,..,;>,.' ...MmAHX^^trdçs lieps'vamcî, Uaif cette autre fiireur uouspreffc tnccJJ.inmcnt.

C'cft cjiUnd h uWT^mon cf^rit ùiugmmtc, ^^ i '

Toi'.s h r \>luÇni d'Amour Vicuncnt pour ma, doiikttr:^ '— "' Qji.wd ic doy m égayer h renforce mapUime, , ^ p^iLC*,^*. Cmmd ie doy mùjfcmcr icfoApire de crainte, . ^/. f7

itfty lire mon mAlfur nu pAlk couleur. ^^ ^TH-C^^?^

. ^nymkyeuxfîccImp-irpUm-seeflefhrih ^t^ (O/ C^r^^/r^ ^ ■ En yain i'epye aujjt\^uelqu<' part que lefme^ /^i /L ^

Ame garantir d'elle, elle conte mes pA^. C^ ^T^^TW • ^

En yen tay monrecours aitxforta medecinesy

^y f^^fri^pgur.rip^arnt'fnyp.ir racines, "T

kins nous fait fam mourir fou ffrir mille trefias. ^ ^

—'Kmour^tuei aueugle O^ d'écrit er de y eue

De ne yoir'pÔî comment ta force diminue^

Tûnemt)irefeperd,tHreuolteslestienSy . a i

^ Alite que tu nechajjl:inc infernale pefle, ^/t^//^j \

Qui fait que tout le monde à bon droit te detejie, j

Voûr ne pouuoir ioûir feurement de tes biens.

C'eft de ton doux repos la mortelle ennemie » ;

C'ejî yne mort cruelle au milieu de la yie, :

C'eft yn Hyuerquidurejnla yertefaifon , ?t^a^- *-'eft durcmttgn Printemps y ne B/ xs bien forte, ^ ^ ^,^0^ vf t.À^ ^ Quifaftfcher tesficurs,qui tesfucilles ^fnporte,^^^^ '^i*^^*^' A^Uui\ Ht'parmy tes douceurs V«c amcrepojfon. -^>^/^^/^ à^^^r*»**^- :^l Car bieque quelque peine en aimxt nous tourmet^l if^^^j ^ p.^ \ Si ncjî-ilricnfidoux,nc qui plus nous contente ' (^ puz.^^-ii J^'^^: <.:medi' boire klongs traits h breuttage amoureto:: ^ 1^ t-x vA^w^* l iîrefi'fdes tramux, O' toute autre Amertume

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