‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 76 sur 106 · I.Vi \A noc.il'.iNi: hk M M.iiKiîiiK · texte numérisé non relu

I.Vi \A noc.il'.iNi: hk M M.iiKiîiiK

l"]ii ce qui ronccrne rallcnirtiico de l'iiii cl de raiilre, il ajoute même ces mois sigiiilicalirs : « Ou trouvera souveut dedans les bons auteurs qu'une chose qui aura esté dicte par le prétérit sera répétée par l'aoriste, ou au contraire, »

D'aucuns cependant n'ont pas imité la l'éserve du savant philologue, et ont prétendu « en parler plus avant^ » mais, malgré de longues disputes, il ne me paraît pas qu'ils y aient jeté grande lumière. (1) Je ne parviens pas à comprendre la dillérence marquée par les deux temps ici :

Ce beau fils, qui n'a bougé de Grèce, Et qui ne feit jamais preuve de sa prouesse. {'2) Et ici : « Hier au soir un mien amy cscollier arriva en cestc ville, lequel ma prié aller demeurer avec luy . » P. de Larivey. LesEscol. I, 2) (3) Pour([uoi arriva et ma prié? La seconde action est-elle postérieure ?

Va\ gros les règles données par Pillot, Garnier, Sebilet, et plus nettement encore par Maupas, (4) sont les suivantes : Les délinis infèrent toujours un temps passé depuis quelque temps, et si bien accompli qu'il n'en reste aucune partie à passer. Ils s'emploient lorsqu'un adverbe marque ainsi l'éloignement du temps de l'action: Ex. : « L'an 1590, le roy obtint victoire de ses ennemis. »

Au contraire, les indéfinis signifient bien aussi un acte passé, « mais le temps non si esloingné qu'il n'en reste encor quelque quelque portion à passer. » Si, par exemple, on parle du siècle, de l'an, du mois, où l'on se trouve, on emploiera l'indéfini : « A matin j'cry esté à l'Eglise.»

En outre, si l'on nndique aucun temps, l'indéfini sera mieux ; « Le Roy a obtenu victoire de ses ennemis, jmis leur a pardonné. » j Ce serait clair, si la règle s'arrêtait là.

Mais 1° voici une première contradiction : Avec les adverbes autrefois, piéça., il semble que le défini soit mieux : Autrefois fay escrit. . ,

(1) Schlùlter, Bcitr. .^nr Gescli. dessyntakt. Gebrauchs des Passé défi ni, m, Halle. 18S4. Cf. K(m-nlng, Impcrf. u h. Perf. im Allfran;. Brcslaii. 1883. ^'

(2) Gani. d'après Haase, Synt. R. Garn., p. 42.

(3) Vogels, dcr Synt. Gebr. P. de L., p. 471.

(4) Y. f 137 r» et sv. (1' éd. p. 294). Sebilet, Art. poH. éd. 1573, p. 79.

DU vi;uiiK 437

2" Dans b;^;mco;ip de cas riisa;^^; csL iii lillV'roul : » l!]5laiil dt-riiirTomont à Paris, yV» vi \g roy onfat/ vou le Koy. ->

Il 110 semble pas que MalliOrbc ait vu bien clair dans tout C(da. Il se borne à prescrire de contiimer avec b' inrinc j)rétéiMl «pi'ou a employé au d('bul. Iv\. :

Ayant l'œil et le cœur gros d'enuuis et de larmes, Je le fey convenir au siège de Raison.

Là je \\\e présentai/

Puis confus et treuiblant

Je me suis plaint ainsi.

« Je me suis plaint, suivant lui, ne s'accorde pas avec je le fis convenir, ni avec là je me présentai. » (1) Comparez l'observation suivante :

« J\ii dit à mon Désir, Pense à te bien guiiler,... II ne m'esconta point, ntais jeune et volontaire, Par un nouveau sentier se voulut bazarder. Je vey le ciel sur luy mille orages darder... Je le ue^ traversé...

« Puisqu'il dit: // ne m écouta point ; et encore : je visle ciel, etc. il devoit direyV? dis, en aoriste, et non. j'ai dit en prétérit. » (2)

On voit combien cette rès-le est étroite. Dans les deux; cas, le mélange des formes n'a rien de cb()([uanl, et la langue moderne l'accepterait fort bien.

Ml' lange du prétérit et du présent historique. — Malberbe se sert plusieurs fois lui-même de ce procédé de style, mais le reprocbe à Desportes. Ex. :

Trois fois les Xanthiens au feu de leur patrie Se sont ensevelis avec la liberté:

Et le vaillant Catou, d'un esprit indonlé, Afin de mourir libre est cruel à sa vie.

[WD. I, Proc. cent. Ani., IV, 2GG.

(2) Cleon. 2, IV, 328. Comp. El. II, .\veiU 1% IV, 3{^9, où Malherbe a rétabli cessa dans ce vers :

Tant que la nuict dura de pleiuer n'a cc-ssc.

438 LA bOCTHI.NE DE .MALHCRBE

« Temps piéscnl el passé confondu. » (1)

Ce tour, si fréquent en latin et dans nos vieux auleurs, (2) n'a lieurcusemenl pas disparu, et continue à donner du mouvement aux récits historiques, à condition qu'on en use avec discrélion.

Mélange du présent et du futur. — Voici encore une observation très sévère :

Raison, arrière donc : ta remonslraiice est vaine, Si je meurs en clieniin, je seraij hors de paine, Et par mon haut désir f honore mon trespas.

« y honorerai, dit Malherbe, comme je serai. » (3) En vérité il semble que certains bonheurs d'expression échappent à ce grammairien qui est pourtant un poète. Le présent ne donne-t-il pas au désespoir de Desportes plus de vivacité et de résolution?

Quant au principe même, qui crée entre ces deux temps des affinités, il résulte de leur nature.

Mais un dernier exemple montrera mieux que tout autre l'étroitesse des vues de Malherbe.

Ton œil, qui les Dieux esmouvoit,

Contraignant tout ce qui invoit,

Sous l'amoureuse obéissance':

Et l'esclat brillant de ton teint

M'avoyent si vivement atteint,

Que je tremble encor quand j'y panse.

« A quel propos, reprend Malherbe, vivoit, en temps imparfait ; il devoit dire : tout ce qu'il voyoit. » (4) L'exigence passe les bornes. Dans une phrase relative, comme dans une phî-ase complétive, de

(\) CIcon. 10, IV, 330. Il a bari-é une pliraso, analogue, f" 228 r" (V Ms. de la B. N.) Corn p. encore /). I, 10, IV, 252. (2) Régn. Sat. VIII.

Dieu scait comhien iilors il me liist de sjUises...

Et s'y met si avant que je créa que nies jours

Comn. : Il nie lendit la main, que je jjaisay cent fois,

Poussant mille sanglots qui m'eslonfoyent la voix, Si qu'estreuite de mal je ne Iny peux rien dire. Garn. Vif, 407. (.3) Am. d'H. 9, IV, 2!)8.

(4) Div.Am. Ode, IV, '133.

hv vF.nnr, l.'lî)

la naliin^ de celle-ci, on pcul (•onsi(l»M'(M' l'action ronnnc iclalivr au vor])o principal, aussi i)i(^n (pic comme indépendante de lui. Cr qui vivait se justilie aussi bien (jue cp qtii vit, mieux même, car il veut faire sentir à sa maîtresse infidèle que tout cela ne l'émeut l»lns, que son charme est passé, « comme l'onde et comme le vent »; le passé convient donc mieux.

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