VII. — DES MODES
De l'indicatif et du subjonctif.
Il est à peine besoin de remarquer que Malherbe ne veut pas qu'on mêle et qu'on confonde les deux modes, lui qui entend qu'on ne confonde rien. Desportes est vivement repris pour avoir dit :
Mari, frère, vallels ne sçauroyent l'empescher Que jusqu'à vostre lict ne se vienne approcher, Vous voit, vous entretient, vous estime admirable...
<( Comme il a dit vienne, ilfalloit nécessairement dire: vous voie, vous entretienne, et à cela il n'y a excuse quelconque. » (1)
Indicatif et subjonctif se distinguent, non seulement par l'usage, mais p;ir leur valeur logique. Il semble en effet que Malherbe a eu une idée très nette et très suivie de leur rôle respectif.
Pour lui le subjonctif exprime le doute, tandis que l'indicatif est le mode de l'affirmation. (2)
(1) Am.d'H. 81, IV, 321. Il ne veut même pas laisser le choix quand deux constructions sont possibles. Ex. :
si tu as remarqué
Quelque herbe ou quelque fleur qui les cœurs peut contraindre.
peut et puisse conviennent également. Malherbe impose le second. {Benj. et Masc. 4, IV, 451).
(2) Comp. Maupas : « Si nous parlons de chose certaine et qui est realementetde fait, après la conjonction (7?«c ou les relatifs 71^, que,... viendront vei'hes indicatifs, suivant la nature indicative de montrer ce qui est acluellement.
Au contraire, si nous parlons de chose non réellement existente... après ladite conjonction et relatifs viendront temps optatifs. » [Wd v", T ëd. p. 311) Le chapitre de Maupas est fort remartpialjle.
410 LA DOCTRINE DE .MALIir.URn
Ainsi la conjonction bien que se renc<^ntrait au XVI* siècle, tanint avec riiidicalif, tantôt avec le subjoiicdf :
Bifn f/iic je scay que ce qiton estitne... (Marg. I.et. 2i. L.). Bien que à la v/'rifé la pluspaiH de nos actions ne soient que masque et que fard. (Mont. I, 269, ib.)
Malherbe veut garder ces deux constructions, mais en les distinguant :
« Bien que vous fussiez^ s'entend d'une chose douteuse, bien que vous ftUes d'nne chose certaine. » (1)
L'observation a pins qn'nne portée particulière, elle révèle, il me semble, la véritable idée de Malherbe, qui s'affirmera dans l'ensemble des autres remarques.
On met l'indicatif chaque fois qu'il s'agit d'un fait réel :
1° Après faire que.
Il faut dire : qui faites que je vis. «Si faites étoit impératif, il ont bien dit. . . En indicatif : vous faites que tout le monde vous chérit ; en impératif: faites que tout le monde vous chérisse. » (2)
2° Après d'oii vient que? Ex. :
D'où vient que cela vous déplaît.
Le doute ne porte, en elîel, que sur la première proposition, la seconde énonce un fait. (3)
3* Après se faut-i/ étonner si? Ex. :
Se faut-il estonner, si m'estant veu domler, Je me sois efforcé
Mal pour je me suis. (4)
4" Après ?îe savoir comtne, dont le doute ne porte pas sur l'action
qui suit. Ex. :
Et ne sçauroit penser Comme il puisse des yeux tant de larmes verser. (5) Il faut il peut .
(1) Am.d'H. 69, IV, 319.
(2) El. I, 12, IV, 368; conip. D. 1. conip. 1, IV, 262.
(3) D. I, 41, IV, 256 ; comp. Maupas : « En termes négatifs, conditionnels et interrogatifs, on y peut aussi apporter l'inrlicatif. Mais la vérité est que Toptatif y est plus vif et de meilleure grâce (f 148 r°j. »
(4) Div. Am. st. 2, IV, 438.
(5) Im. de l'Ar. Roi. fur., IV, 402.
5" Après ne 'savoir rr f^ur.
.\e sait qu'il doive /air. j osL une [tliras,; latine, il laiit dire, [loiir jiarler français, ne sait ce qn il doit faim. (I)
De fait, la négation ne jette aucun trouble dans rafliiniation nette ([ui suit.
6° Après un relatif, comme dans celte phrase : Si c'est le ciel <iui te fait avancer et non te fasse. Il avance, en elî<'t, la cause seule est obscure, non le fait. (2)
7" Après tant que :
0 bienheureux malheur plein de tant d avantage, Qu'il rende le vaincu des ans victorieux. (3)
Il faut dire rend.
Au contraire le doute entraîne le subjonctif. Suis-je si tendre que je n y puisse durer^ et non comme a dit Desportes : que je n'y jiN/s durer? (i)Le poète ne sait en elVet s'il y « durera. >■>
De même après soit que, on ne peut pas dire :
Soit que comme femme elle hiii qui l'adore. Il faut haïsse, la chose étant tout à fait incertaine, (o)
Il ne faudrait toutefois pas imaginer ces règles plus théoriques qu'elles ne le sont. Malherbe sacritie à l'usage, malgré les contradictions. La conjonction s/, quoique essentiellement hypothéti(iue, doit être suivie, d'api'ès lui, de l'indicatif.
Si du porteur d'lMU"ope aux Jumeaux il arrive, Et sortant du Printemps il croisse les chaleurs,
« On ne dit point : S'il fisse cela, mais: s'il/tf// cela. Ainsi il faut dire : s'il croi^t, et non : s'il croisse. » (6)
(1) Im. de l'Ar. Rod., IV, 108 ; comp. El. I. 17, IV. 373.
l3) Am. d'H. 1, IV, 2i)G.
[A) Am. d'H. 47, IV, 312.
(5) Clcon. st. 2, IV, 337.
(G) Am. d'H. Cours de l'an, IV, 307.