LIVRE SIXIÈME. 2Q
faut, il n'y aurait n'en à souffrir de leur part. Or, Dieu a réglé les choses de telle sorte que nous ayons à porter icibas le poids de l'épreuve en toutes circonstances. C'est pourquoi « il faut nous supporter, nous consoler mutuellement, il faut également s'aider, s'instruire et s'avertir les uns les autres ». I. xvi, 13.
Si tous les hommes ont à réprimer leur humeur et à supporter les défauts du prochain, les Religieux, plus particulièrement, ont à veiller sur leur caractère et à être charitables à l'égard de leurs frères.
L'auteur de l'I. C. célèbre avec transport les avantages de la vie Religieuse : « C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir et de tout mépriser pour vous. » III. x, 23.
Cependant, la vie Religieuse impose de lourds fardeaux et l'un des plus difficiles à porter est celui de la vie en commun. Si les avantages de la communauté sont grands les inconvénients ne sont pas moindres. Entre toutes les sciences pratiques, l'une des plus malaisées à acquérir est la science de vivre saintement et tranquillement dans une reunion d'hommes : « Il faut apprendre à te briser toimême en beaucoup de choses, si tu veux te tenir en paix et en concorde avec les autres. Ce n'est pas petite affaire d'habiter dans les monastères ou en communauté, et d y vivre sans reproche, et d'y persévérer fidèle jusqu'à la" mort Heureux qui a su y bien vivre et y bien finir ! » I. xvir, r. Comment s'y prendre pour résoudre les difficultés de la vie en société ? L'I. C, comme beaucoup de traités écrits pour les Religieux, abonde en recommandations pleines de ii nesse.
*" LL C- fait ^marquer la nécessité de la condescendance dans la vie en commun, c'est-à-dire, la défiance de
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son propre sens, la fuite des contentions, la facilité à quitter les œuvres, même les plus utiles, pour un bien de
paix.
« C'est grande sagesse de n'être pas précipité en ce qu on doit faire, et de ne pas s'opiniâtrer dans son propre sens... Prends l'avis d'une personne sage et consciencieuse^ et cherche, plutôt que de suivre tes propres idées, à être instruit par meilleur que toi. » I. iv, 4, 6.
« A raison de la diversité des sentiments et des pensées, il s'élève assez fréquemment des dissensions entre amis et concitoyens, entre Religieux et dévots. » I. xiv, 9.
« Pour rien au monde, ni pour l'amour de personne, on ne doit faire aucun mal ; mais, cependant, pour Futilité de qui en a besoin, il faut quelquefois interrompre une bonne occupation, ou mêmela changer en une meilleure. » I. xv, 1 . 20 Un des plus fâcheux ennemis de la vie en commun est le jugement téméraire, c'est-à-dire, l'interprétation maligne des actes ou des discours de son prochain.
« Quand tu verras quelqu'un tomber en manquement ouvert, ou même commettre quelque faute grave, tu ne dois pas pour cela t'estimer meilleur que lui, parce que tu ignores combien de temps tu pourras être stable dans le
bien. » I. 11, 19.
« Tourne les yeux sur toi-même, et garde-toi de juger les actions d'autrui. En jugeant les autres, l'homme se travaille en vain, se trompe ordinairement, et pèche aisément. »