‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 185 sur 336 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

siez-vous mêlé à toutes les foules du monde, vous êtes solitaire. Quelques-uns demandaient un jour à un homme très élevé en grâce : Ne ferions-nous pas bien de nous séparer des hommes de vivre seuls, de ne fréquenter que le désert ou 1 église ? Ne serait-ce pas le moyen de la paix ? L'homme consulte répondit : Non. Et voici pourquoi. Si vous êtes justes, vous le serez partout, et auprès de n'importe qui Injustes, vous le serez également en tous cas. Le juste est celui qui possède Dieu en vérité; celui-là vit n'importe où et au tmheu de n'importe qui, dans la profondeur de la solitude. Il vit sur la place publique comme dans une église, dans une cellule, dans un oratoire. »

« Ame sainte, demeure seule, afin que tu te conserves pour celui ^seul que tu as choisi entre tous, et au service duquel tu t es consacrée. Fuis le public, fuis même ceux qui sont dans la maison où tu es. Sépare-toi de tes amis et intimes, et de celui même qui te sert. Ne sais-tu pas que ton époux est plein de pudeur et de retenue, et qu'il ne t'accordera pas le bonheur de sa présence en la présence des autres ? Retire-toi, mais d'esprit et non de corps ! Car Dieu qui est esprit désire la solitude spirituelle plus que la corporelle, quoiqu'il soit bon aussi quelquefois de se séparer de corps, lorsque tu peux le faire commodément, surtout dans le temps de l'oraison. Mais pour le reste, on ne t'ordonne que la solitude de l'esprit. Et tu es seule, s. tu n'as point de pensées basses et humaines, si tu n'aimes point es choses présentes, si tu méprises ce que plusieurs esiment, si tu rejettes ce que tous désirent, si tu évites les contestations et les disputes, si tu ne sens point les Pertes s, tu ne te souviens point des injures. Autrement, dans la solitude même, tu nés pas seule. » (S. Bernard ■Lettre xcix.)

A la solitude qui nous sauvegarde contre les occasions du dehors, il faut joindre le silence, qui est la solitude intérieure.

Les saints Fondateurs des Ordres religieux n'ont jamais rien recommandé davantage à leurs disciples, que le silence. Saint Benoît, en particulier, disait que l'observation du silence était un des signes de la régularité des monastères. Il importe donc de parler beaucoup avec Dieu et avec soi-même, et peu avec les autres : et pour y parvenir, commençons par mettre un frein à nos imaginations, et maintenons dans notre cœur la solitude, la paix et la sérénité. Il y a peu d'examens de conscience plus nécessaires que ceux qui se rapportent aux péchés de langue et à leurs causes.

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