LIVRE HUITIÈME
Victor Hugo. Cela vient surtout de leur pathétique compréhension des phénomènes de la nature. N'éprouvaientelles pas, elles-mêmes, un entraînement de cœur vers leur d.vm.té redoutable, les froides vestales qui se consacraient au culte du feu immortel ? Ne surprend-on pas un battement de cœur, dans les pages où Spinosa chante, à sa manière, les merveilles de la substance universelle ?
Toutefois, ce sentimentalisme ne prend pas de grandes proportions On ne voit pas qu'il ait exercé une action sérieuse dans le monde. Il existe, mais il n'inquiète pas l'humanite par ses ardeurs.
Si la littérature n'offre guère d'exemples d'amour cosmique s élevant a de hauts degrés, on n'en peut dire autant du sentimentalisme philosophique. Plotin et Saint-Martin démontrent, que le cœur du philosophe peut s'échauffer, )usqu a en troubler la raison. Quelle série non interrompue de philosophes mystiques! Ils se succèdent à traversées siècles, dans une progression constante, affirmant ainsi le caractère essentiellement mystique de l'humanité. Ils côtoient le gros des rationalistes, peu ravis d'un tel voisinage Par eux, la puissance de l'idée divine s'affirme avec une énerg,e particulière, car, même dépouillée de l'appareil de la révélation, elle a encore un tel prestige, quïle subjugue d une manière irrésistible des âmes élevéea et généreuses entre toutes. °
Cependant, il faut bien le reconnaître, le cœur se livrant à des mouvements vers Dieu, en n'étant pas contenu par
Pas faute r^ qUe T"eS ^ k raiS°n' le Cœur - - ^ pas faute de s égarer et de se perdre. C'est surtout dans l'histoire du sentimentalisme philosophique qu'il faut admirer les prodig,euses divagations de la nature humaine. C'est là qu .1 faut reconnaître la radicale incapacité de la raison à
I2 LA DOCTRINE DU LIVRE DE î: C.
maintenir les facultés de l'homme dans l'harmonie. Où est le système de sentimentalisme philosophique, qui puisse être accepté par une raison équilibrée ?
Aussi, se passe-t-il ici un phénomène singulier.
Dans son désespoir de régulariser convenablement les rapports du cœur de l'homme avec la Divinité, la philosophie en est arrivée à vouloir les supprimer absolument. L'une des plus belles leçons de cet admirable livre, qu'il suffirait de modifier à peine en quelques endroits pour le rendre irréprochable aux yeux du croyant le plus rigoureux, la cinquième leçon du vrai, du beau et du bien, est consacrée par M. Cousin à l'examen du mysticisme. L'éloquent philosophe conclut avec une grande force, contre la folle prétention de l'âme humaine d'arriver à Dieu, autrement que par la raison. Rêver une communication directe avec Dieu, c'est, d'après lui, s'abandonnera un dessein ambitieux
et désespéré.
Rien de mieux, si M. Cousin n'entend parler que de la philosophie. Il a beau jeu lorsqu'il s'élève contre les rationalistes qui, dédaignant les procédés intellectuels, entendent se servir exclusivement de la méthode affective. Il n'est pas moins triomphateur lorsqu'il raille les entreprises des cœurs chimériques qui soumettent la pensée au sentiment. ...
Mais il faut bien se garder de sacrifier le cœur a 1 intelligence dans les rapports avec Dieu. Est-ce donc que la relation de l'homme à Dieu ne serait autre, que celle de l'homme aux vérités de l'arithmétique et de la géométrie? Est-ce que l'impuissance de la philosophie à régler les abus du cœur, dans ses élévations vers Dieu, est une raison suffisante pour supprimer les mouvements du cœur vers son Maître souverain ? Est-ce que Dieu serait le seul à ne devoir