‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 209 sur 336 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

à notre sentimentalité le concept du divin ? Sera-ce de l'amour ou de l'aversion ?

Saint François de Sales répond à cette question avec une remarquable sagacité : « Bien que l'état de notre nature humaine ne soit pas maintenant doué de la santé et droiture originelle que le premier homme avait en sa création, et qu'au contraire nous soyons grandement dépraves par le péché, toutefois la sainte inclination d'aimer Dieu sur toutes choses nous est demeurée, comme aussi h lumière naturelle, par laquelle nous connaissons que s, souveraine bonté est aimable sur toutes choses : et n'est pas possible qu'un homme pensant attentivement en Dieu et mèm « par le seul discours naturel, ne ressente un certain élan d amour, que la secrète inclination de notre nature suscite au fond du cœur, par lequel, à la première appréhension de ce premier et souverain objet, la volonté est prévenue et se sent excitée à se complaire en lui. » (Traité de 1 amour de Dieu, liv. I, chap. xvi.)

Cette observation est pénétrante, et elle résume tout ce qu on peut dire de plus philosophique sur ce grave sujet Le saint Lvêque de Genève remarque, et il semble qu'il s exprime comme un moraliste de l'école de Thomas Reid que 1 homme a de l'amour pour ce qui correspond à son b en et lu, cause du plaisir ; qu'il n de l'aversion pour ce qui ne lui est pas convenable et lui inflige de la peine Or parmi les inclinations naturelles qui déterminent l'homme i trouver de la satisfaction en la possession de certains objets saint François de Sales énumère l'inclination pour Dieu ' L'anthropologie moderne confirme l'observation de saint François de Sales. Dans un ouvrage magistral, où AL de Quatrefages a résumé de longues recherches sur l'Espèce Humaine, le savant écrivain constate qu'un instinct primitif

universel, constant, se rencontre dans l'humanité : l'instinct du divin. L'homme est vraiment un animal religieux. Les voyageurs qui ont prétendu qu'il a existé, quelque part, une peuplade sans idée de la Divinité, se sont trompés. Une ' observation plus attentive a rectifié leurs données insuffisantes. Le fait est aujourd'hui indéniable. Partout et toujours l'humanité a eu le concept de Dieu. De là, cette conséquence irréfragable, que l'idée divine répond a une inclination naturelle de l'homme, et que sa présence, repondant à un besoin primordial, procure satisfaction et engendre l'amour.

Tel est l'enseignement qui jaillit des considérations psychologiques, et qui ne se déduit pas moins clairement de l'étude des états religieux.

Nous voyons qu'en effet l'amour est de la partie dans tous les rapports de l'homme avec Dieu.

Sans doute, la part de l'amour ne peut être grande dans les rapports religieux qui résultent de la contemplation du cosmos. Sont-ce même des élans du cœur qui se produisent en face de l'ordre et de la beauté de l'univers? Ne seraient-ce pas plutôt des accès poétiques ? La faculté esthétique ne joue-t-elle pas, en cette circonstance, sinon un rôle exclusif, du moins un rôle plus considérable, que la puissance affective ? Nous le pensons. Toutefois, il ne parait pas possible que le cœur n'intervienne pas dans les émotions du poète, ou dans le culte du polythéiste, ou dans les effusions du panthéiste, lorsqu'ils se placent en présence, tantôt de la splendeur de la nature, tantôt de sa personnification idolâtrique, tantôt de son énergie absorbante. Non, même au premier degré des rapports avec la Divinité on n est pas dépourvu de quelque amour pour Dieu. Il y a de la sentimentalité religieuse dans les œuvres de Lamartine et de

Page 1