LIVRE PREMIER
et de la sublimité de ses révélations. On le voit plein des secrets de Dieu, mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique ; il en parle naturellement comme étant né dans ce secret et dans cette gloire. » (L'Homme-Dieu, IXe Conférence.;
Ramenez cette appréciation à une mesure qui puisse convenir à l'humanité, et vous avez la formule applicable à l'I. C. Ecrivain rempli d'une doctrine substantielle, et n'ayant pas à la faire tenir dans un cadre rigoureux, l'auteur de 1*1. C. a projeté ses pensées selon l'inspiration du moment. Il a jeté le grain sur la terre à pleine volée. Ses conceptions, il est vrai, sont unes de la communauté d'origine, comme les fruits d'un même arbre sont de la même espèce : mais elles ne sont pas présentées dans une symétrie artificielle. C'est à chacun de nous qu'est abandonné le soin, s'il ne veut pas s'en tenir à l'impression, toujours un peu vague, qui ressort de la lecture d'ouvrages composés d'après la méthode d'inspiration, d'ordonner le sujet, d'aller à la recherche des principes fondamentaux et de reconnaître les conséquences.
Il n'y a donc pas à juger l'I. C. d'après les règles qui président aux compositions d'ordre didactique. L'œuvre est instructive, sans doute; mais elle est surtout affective. Il faut lui demander de nous remuer, de nous passionner, de nous faire pleurer, de tarir nos larmes. Or, je ne crois pas me tromper en disant qu'il n'est pas une œuvre des littératures humaines, qui soutienne la passion avec une si grande intensité, pendant une plus longue durée. Le charme principal du livre, c'est la passion. Il est passionné sans interruption et sans défaillance.
C'est en cela que consiste surtout le secret de son influence. Le mot, onction, dont on a tant abusé, exprime,
en quelque manière, le caractère général des œuvres semblables à l'I. C. Lamennais, qui, au temps de sa ferveur religieuse, n'était pas insensible à l'attrait des livres affectifs, a écrit sur ce sujet une belle page que nous demandons la permission de citer :
« La persuasion intime, jointe à l'attendrissante onction, est selon nous un des caractères les plus frappants des livres ascétiques; caractère qui les distingue des autres productions de l'homme et semble, jusqu'à un certain point, les rapprocher des Ecritures divines. Qu'on nous permette de développer un peu notre pensée.
« A Dieu ne plaise, que nous prétendions établir aucun parallèle entre les écrivains sacrés et les écrivains spirituels, ou attribuer a ceux-ci, une inspiration que l'Église ne reconnaît que dans ceux-là. Mais, sans blesser en rien la foi, ne pourrait-on pas supposer que des hommes d'une si éminente sainteté, des hommes dont la conversation était toute dans le ciel, des hommes que le Seigneur cachait dans le secret de sa face et comblait de ses grâces les plus précieuses; ne pourrait-on pas supposer, disons-nous, que ces hommes ou plutôt ces anges de la terre, éclairés intérieurement de réternelle splendeur, rafraîchis et vivifiés par cette rosée de lumière dont parle le Prophète, en ont laissé tomber quelques gouttes dans leurs écrits, et que c'est moins encore leur parole qu'ils nous font entendre que la parole de Dieu même ? Leur pensée, leur langage, tout chez eux décèle une origine céleste. Non, ce n'est pas ainsi que l'homme parle ; il n'a point avec tant de grandeur tant de simplicité; ni tant de calme avec tant d'amour. Ce mélange divin de naïveté et de sublimité, d'ardeur et de quiétude, est encore un caractère distinctif des auteurs ascétiques. Eux seuls savent toucher, émouvoir profondément l'âme, sans lui rien