LIVRE PREMIER
méthodes, logique et affective, je n'ai qu'à mettre en regard les plus célèbres poésies religieuses du moyen âge, le Pange lingua et le Dies ira, YAdoro te supplex et le Stabat.
Saint Thomas d'Aquin, au milieu des enthousiasmes de sa foi, n'oublie jamais qu'il est un maître en théologie. Sa poésie consiste à montrer le dogme dans toute sa grandeur, de même que l'éloquence de Bourdaloue à pousser ses arguments avec une dialectique irrésistible. Le Pange lingua exprime avec une sérénité grandiose la foi du chrétien à la sainte Eucharistie, comme YAdoro te supplex, l'adoration du fidèle en présence du Dieu caché. Il est impossible de nier le parti extraordinaire, que le grand scolastique a pu tirer d'un simple exposé doctrinal, et strictement doctrinal, car chacune des strophes du Pange lingua et de YAdoro te supplex pourrait servir de sujet de thèse. C'est le triomphe de la méthode logique.
Le Dies ira et le Stabat ne sont pas conçus d'après ces données. L'esprit logique y est subordonné au sentiment. La passion de la peur, dans le Dies ira, de la pitié, dans le Stabat, se donnent pleine carrière. Des âmes naïves, croyantes, fortes, débordantes d'amour, ont pu seules ressentir, avec une si grande intensité, la terreur du jugement dernier et la compassion pour les douleurs de Marie. Il ne s'agit pas ici d'émotions de commande, ni de passions artificielles. Les deux séquences indiquent, non seulement une impression vraie, ce qui appartient à toute œuvre poétique réussie, mais l'état d'une âme asservie d'une manière permanente à l'idée religieuse. Rien de joué : l'art et la science sont absents. C'est la passion qui parle, dans sa sincérité, avec ses phrases heurtées, ses soubresauts d'idées, sans préoccupation de l'ordre, sans autre souci que celui d'exprimer l'émotion. Voilà la méthode du Dies ira et du Stabat : et voilà la méthode de l'I. C.
« L'esprit de piété et l'onction sont tellement répandus dans tout cet ouvrage, qu'on peut dire, selon l'Apôtre, qu'il est comme la bonne odeur de Jésus-Christ, qui se communique et se fait sentira tous ceux qui en approchent. L'auteur y parle partout avec tant de bonté, tant de charité et tant de lumière, qu'il est visible que son ouvrage est plutôt une effusion de son cœur et de son ardente piété qu'une production de son esprit et de sa science. Il écrit toujours comme étant attentif à Dieu qui lui est présent, interrompant quelquefois ses discours pour lui adresser la parole et mêlant d'excellentes prières avec les instructions qu'il nous propose. » (Préface de latrad. de 11. C, par de Sacy.)
Cette logique passionnelle qui gouverne, on peut le dire, presque exclusivement, la composition de la plupart des morceaux dont se compose l'I. C, préside encore à l'ensemble. Les chapitres ne sont pas disposés de manière à former des livres reliés par un lien dialectique. Les quatre livres, non plus, ne sont pas ordonnancés selon un dessein savant. L'auteur de l'I. C. a suivi l'exemple de son maître :
« Rien de plus simple, dit Mgr Besson, et partant rien de plus grand que renseignement de Jésus-Christ. Vous n'y trouverez ni la préface qui prévient le lecteur, ni la distribution des matières qui soulage son intelligence, ni l'ordre, la suite et le progrès qui font voir l'unité de l'ouvrage. Quelle unité cependant ! Quelle portée profonde ! Quel dessein suivi ! Quel but unique ! Pas une idée,' un sentiment, une image, un mot qui ne se rapporte au grand mystère de l'Incarnation, à la gloire de Dieu et au salut de l'homme par THomme-Dieu. Point de raisonnements ni de discussions : Jésus ne prépare pas ses conclusions ; il expose, il affirme, il décide, et, plus la vérité est importante, plus sa parole est solennelle : « En vérité, en vérité, je vous le dis. » Son assurance croît en raison directe de la grandeur