‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 254 sur 336 · LIVRE NEUVIÈME. 4gq · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. 4gq

Puisqu'il en est ainsi, il importe de se placer en présence de la vie terrestre, dans un état d'esprit correspondant à la réalité.

Cette atmosphère intellectuelle et morale, dans laquelle doit nous placer une forte conviction chrétienne, est désignée par le mot de componction.

La componction est une disposition permanente, qui en renferme plusieurs autres, douleur et larmes, crainte et tremblement, ennui et dégoût, désir et soupirs, i" Douleur a la vue des péchés de la vie passée, et tristesse sur l'état de fragilité qui nous expose à commettre encore une multitude innombrable de fautes. 2° Crainte des jugements de Dieu des peines du purgatoire, des supplices de l'enfer, incertitude ou est 1 homme, tant qu'il vit sur la terre, d'être fixé sur son sort éternel. 3° Ennui de l'exil de ce monde, dégoût de a vie présente à cause des misères physiques et morales dont elle est affligée, et des scandales dont la terre est remplie. 40 Enfin, désir des biens éternels, soupirs après la céleste patrie. r

Comment peut-il se foire que, de cette disposition mélancolique, dominant toute notre existence, il puisse résulter des avantages, qu'il puisse même en résulter un contentement ?

Les avantages sont patents. Il s'établit une conformité entre la valeur et 1 appréciation. Toute contradiction est supprimée. L homme, qui est ici-bas pour acquérir des mérites dans 1 épreuve, et gagner ainsi la récompense de l'immortalité bienheureuse, ne s'abandonne pas aux désirs et aux poursuites terrestres. La componction nous tient dans l'ordre tandis que la dissipation, ou la dissolution, nous établit dans le désordre.

Ajoutons, avec saint Augustin, que les pleurs de la corn-

,oo LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

ponction donnent au chrétien plus de satisfaction véritable, que n'en donnent au mondain toutes les larmes répandues dans les émotions du théâtre. Heureux ceux qui pleurent ! a dit le divin Maître.

En soupirant après la félicité du ciel, quand on a la foi vive et sincère, peut-on ne pas éprouver la satisfaction inséparable de tout désir ardent, épuré, idéal ? Saint Augustin n'éprouvait-il pas un sentiment de joie profonde quand il s'écriait dans un saint transport : « O joie éternelle ! ô maison lumineuse de l'Éternité ! ô gloire incomparable ! Puisse mon cœur soupirer continuellement après vous dans mon pèlerinage sur la terre ! Que les hommes charnels .s'agitent tant qu'ils voudront : pour moi, je me tiendrai dans le plus secret de mon âme, pour y chanter des cantiques d'amour à la vue de ces beautés éternelles; pour y déplorer, par des gémissements ineffables, la misère de mon exil ; pour soupirer après cette Jérusalem, ma chère patrie, cette Jérusalem, ma mère bien-aimée, et après vous, ô mon Dieu, qui êtes son Roi, son Soleil, son Époux, ses délices : et je ne cesserai point de le faire, jusqu'à ce que vous m'y donniez une place. » (Conf. lib. XII, nos 21, 23.) Parler ainsi, n'est-ce pas dénoter un état, sinon de bonheur, du moins de commencement de bonheur, provenant d'un désir inassouvi, sans doute, mais assuré de recevoir bientôt sa complète satisfaction ?

On trouvera toutes ces vérités indiquées, avec précision de pensée et force de style, dans le chapitre xxie du livre I : « De la componction. »

Si la tristesse, ou plutôt, la gravité, est le sentiment chrétien par excellence, il ne faut pas cependant croire que le fidèle soit condamné au sentiment du pessimisme. Cette dernière doctrine n'accorde pas de consolation sur cette

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