LIVRE NEUVIÈME
terre, ni d'avenir dans l'autre vie. Le chrétien peut être tnste, mais non désespéré. Il y , trop de misères sur cette terre, et la destinée de l'homme est trop haute, pour que le disciple de Jésus-Christ s'abandonne sans retenue aux joies terrestres Mais l'union avec Dieu, imparfaite ici-bas, achevée dans le ciel, ne permet pas au fidèle de se laisser aller à une irrémédiable mélancolie. Les joies terrestres do.vent être tempérées par la tristesse, et les afflictions par 1 espérance.
« Faut-il donc pleurer toujours ? Non, mon frère • on vous accorde qu'il est permis de rire quelquefois pou'r se distraire, mais on ne vous accordera pas qu'il soit permis de ne pleurer jamais. On vous accorde qu'il est permis de distraire son esprit fatigué par l'étude, comme d'accorder du repos à son corps fatigué par le travail; mais on ne vous accorde pas qu'il soit permis de se distraire pour ne pas «conter les reproches de sa conscience, ni d'oublier les pèches qu on vient de commettre pour en commettre gaiement de nouveaux. » (Wailly.)
La componction, ainsi qu'on le voit, est plus que la pénitence. Elle embrasse des sentiments plus nombreux que ceux qui résultent de la seule douleur des péchés commis On peut néanmoins attribuer à la componction, les caractères que saint François de Sales attribue à la contrition et a lattntion.
« La tristesse de la vraie pénitence ne doit pas être tant nommée tristesse, que déplaisir ou sentiment et détestation du mal ; tristesse qui n'est jamais ni ennuyeuse ni chagrinetristesse qui n'engourdit point l'esprit, au contraire qui le rend actif, prompt et diligent ; tristesse qui n'abat point le cœur, au contraire le relève par la prière et l'espérance, et lofait faire les élans de la ferveur de dévotion- triste
laquelle, au fort de ses amertumes, produit toujours la douceur d'une incomparable consolation, suivant le précepte du grand saint Augustin : « due le pénitent s'attriste tou- « jours, mais que toujours il se réjouisse de sa tristesse. » La tristesse, dit Cassien, qui opère la solide pénitence et l'agréable repentance, de laquelle on ne se repent jamais, elle est obéissante, affable, humble, débonnaire, suave, patiente, comme étant issue et descendue de la charité : si que s' étendant à toute douleur de corps et contrition d'esprit, elle est, en certaine façon, joyeuse, animée et revigorée de l'espérance de son salut. » (Saint François de Sales. Traité de l'amour de Dieu, liv. XI, chap. xxi.)