MORALE
Le livre De Imitatione Christi n'a pas une marche régulière. L'auteur a jeté ses inspirations, çà et là, idées et affections, sans ordre méthodique.
Mais absence de plan ne signifie pas absence de but. Toute chose a une fin. Alors même qu'à l'exemple de certains humouristes anglais, un écrivain s'abandonnerait à toutes les fantaisies de son esprit, il ne se pourrait qu'il n'eût un dessein : celui, au moins, d'amuser ou de mystifier le lecteur.
Quel dessein s'est proposé l'auteur de l'I. C. ?
Dès que nous ouvrons le livre, nous nous apercevons qu'il s'occupe non de questions spéculatives, mais de questions pratiques se rapportant à la conduite humaine.
« Il y a bien des choses, dit notre auteur, dont la connaissance sert peu, ne sert même de rien à l'âme. Et il est fort insensé celui qui poursuit quelque objet qui n'est pas utile à son salut. » I. n, 7.
« Or, voici quelle doit être notre affaire, c'est de se
vaincre soi-même, et chaque jour de devenir plus fort que soi-même, et de faire quelque progrès en mieux. » I. Il, 20. L'œuvre appartient essentiellement à l'éthique, et à l'éthique pratique.
Elle n'est pas une théorie générale des moeurs, fondée à la fois sur la biologie, la psychologie, la théologie.
Elle n'est pas un traité de morale spéculative, exposant les principes directeurs de la conduite humaine.
Elle n'est pas un exposé de morale spéciale, recherchant les diverses obligations des hommes, établissant la casuistique des divers états.
Elle n'est pas davantage une observation des caractères humains, étudiés par un observateur plus ou moins clairvoyant.
L'I. C. appartient à cette catégorie de livres qu'on appelle ascétiques.
Le livre se préoccupe de donner la science et l'art des moyens de devenir de plus en plus vertueux.
Non point que l'on n'y rencontre à chaque pas des doctrines métaphysiques et religieuses de la plus grande portée. Comment pourrait-il en être autrement, le dogme étant la base de la morale et un système de mœurs n'étant autre chose que le développement d'une doctrine idéale? Une morale sans dogme est une mineure, sans-majeure ni conclusion. Mais la partie dogmatique n'est pas traitée ex professo. Elle est supposée. Dans le pieux livre, elle n'intervient que secondairement, au moins au point de vue logique. Donnons un exemple.
Quoi que tu fosses, dit un vieil adage, agis avec prudence, mais considère la fin : Quidquid agas, prudenter agas, sed respice finem.
Si ce conseil est bon à suivre quand il s'agit de toute ac-