LIVRE DEUXIEME
tion particulière, combien est-il meilleur pour l'ensemble des opérations morales, qui engagent notre destinée ! On peut quelquefois se tromper, sans grands inconvénients, sur une fin particulière, tandis que Terreur sur la fin suprême est irrémédiable.
Le point de départ de la vie morale consiste, par conséquent, à déterminer exactement la fin suprême.
Notre pieux auteur ne s'applique pas, comme les professeurs de théologie et de philosophie, à démontrer : i° que c'est le propre de toute créature raisonnable d'agir pour une lin ; 2° qu'il est impossible à la volonté de poursuivre en même temps deux fins dernières; 3" que tout ce que l'homme veut délibérément, il le poursuit pour une fin suprême.
Non. De semblables thèses ne sont même pas indiquées par notre auteur. Ces vérités, qui sont le point de départ de la philosophie et de la théologie morales, et que saint Thomas a développées si magistralement dans la « Prima Secundo? », sont considérées comme acquises. Passant outre a toute considération purement théorique, 11. C. se contente de signaler la conclusion pratique de la doctrine chrétienne, sur la fin dernière de l'homme : i°les biens créés, quels qu'ils soient, peuvent bien occuper l'esprit et le cœur de l'homme, mais ne les absorbent pas et ne les rassasient pas ; 2° Dieu seul peut emplir et satisfaire la destinée humaine.
Par conséquent, la suprême sagesse consiste à vivre totalement pour Dieu.
D'un bout à l'autre, l'ouvrage est, avant tout, pratique. Le quatrième livre lui-même, qui traite exclusivement du sacrement de l'Eucharistie, ne considère le sujet que par son côté utilitaire. Il étudie les heureux effets de la Communion et les dispositions qu'il convient d'apporter à l'u-
nion avec Jésus-Christ dans le Sacrement de nos autels. Loin d'aborder les questions spéculatives, Fauteur termine son oeuvre par le chapitre : « Qu'on ne doit pas scruter curieusement le mystère de l'Eucharistie. »
Dans ce cadre, quelle abondance d'observations vraies, profondes, pénétrantes !
« Que de conseils salutaires dictés par la sagesse et la prudence la plus consommée ! Quelle étude de la vie,^non de la vie imaginaire, mais de la vie réelle, telle qu'elle se déroule chaque jour sous nos yeux! Quelle révélation saisissante de nos grandeurs et de nos misères, de nos succès et de nos défaites, de nos joies et de nos tristesses, de nos espérances et de nos craintes, de nos projets et de nos déceptions, de nos résolutions et de nos inconstances, et enfin de toutes ces oppositions qui accusent en notre être tant de magnificence et de ruines ! Mais surtout quelles règles de conduite dans ce livre, qu'on peut appeler, après l'Evangile, le code pratique de la vie ! » (L'abbé Herbet. Imitation' de Jésus-Christ expliquée, tom. I, pag. iS, édit. 1875.) C'est, I. iv : « De la prudence dans la conduite; » vin : « Qu'il 'faut se garder de trop de familiarité ; » x : « Qu'il faut se garder des paroles superflues ; » xiv : « Qu'il faut éviter les jugements téméraires ; » xvi : « Du support des défauts d'autrui ; » III. xxiv : « Qu'il faut éviter l'inquisition curieuse de la vie d'autrui ; » xxvm : « Contre les langues des détracteurs ; » xxxvi : « Contre les vains jugements des hommes ; » xxxix : « Que l'on ne doit pas traiter les affaires avec inquiétude ; » xli : « Du mépris de tout honneur temporel ; » xlii : « Que la paix ne doit être ni placée ni recherchée dans les hommes ; » xlv : « Qu'il ne faut pas se confier à tout le monde, et qu'il est facile de faillir en paroles. »