‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 285 sur 336 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

j'aperçus le malheureux père, ;\ genoux, priant avec ferveur. J'en fus surpris, car rien en lui, ni ses mœurs, ni ses idées, ne le prédisposaient à un tel acte religieux. Il surprit mon étonnement et il s'écria : « je ne puis me défendre de prier. » C'était le cri d'un cœur surpris au naturel : c'est l'explication de la prière.

Dans les phénomènes de la religion, il est incontestable que le cœur dépasse les données de l'esprit, et donne de Dieu une impression, qui n'est pas un pur produit de l'intelligence.

Pour le bien comprendre, servons-nous d'une comparaison vulgaire.

On nous présente un aliment bien préparé. A la seule vue, et à la première senteur, nous jugeons que la nourriture sera agréable à prendre, et cette conviction nous détermine à commencer un repas en bon appétit.

Or, il se trouve que la dégustation fait trouver l'aliment encore plus savoureux qu'on ne s'y attendait. Que s'est-il passé ?

L'esprit a été persuadé, il a déterminé un appétit; l'apprit satisfait a réagi à son tour sur l'esprit, et lui a mieux tait comprendre le prix et la saveur de l'aliment.

C'est exactement ce qui a lieu dans les actes mystiques. L'esprit se fait une idée de la vérité, de la bonté, delà beauté de Dieu. Cette conception intellectuelle détermine un appétit du divin. Cet appétit applique rame à la contemplation divine.

Qu'arrive-t-il ?

Si Dieu est atteint, il est mieux compris et goûté qu'il ne l'était précédemment par la seule intelligence. La connaissance de Dieu et des choses divines devient plus claire, plus étendue et plus profonde. A la connaissance s'ajoute

une saveur céleste, ineffable, que peut seule bien apprécier l'âme qui Ta ressentie : « Amor corda purificans, et intellectum illuminant. » IV. xvi, 12.

Il nous faut donc mettre le cœur de la partie toutes les fois que nous voulons nous livrer à l'étude de la religion. Sinon, nous ressemblerons à cet homme doué des plus admirables aptitudes intellectuelles, mais, dès son enfance, privé de la vue. En vain, chercherait-on par les plus poétiques descriptions à lui foire comprendre la beauté d'un ciel étoile, ou la splendeur d'un coucher de soleil sur la mer ; s'il ne parvient à acquérir le sens de la vue, il n'arrivera jamais à se rendre compte de la réalité. Ainsi en sera-t-il de l'homme qui ne veut pas faire concourir le cœur à l'intelligence de la religion. Il aura beau scruter par l'intelligence les profondeurs du christianisme, il est une multitude de sens profonds qu'il ne saisira pas, parce qu'ils ne peuvent apparaître qu'au regard du cœur.

Ce n'est pas seulement la mystique, c'est la plus sublime philosophie, celle de Platon, dont Cicéron s'est fait l'interprète en plusieurs écrits, surtout dans « l'Hortensius », qui enseigne que le bien est père de la lumière, que l'effort de l'esprit vers Dieu doit s'aider de l'élan de l'amour, et que le mouvement des ailes de l'âme, comme dit Platon, implique la purification du cœur et un long et haut exercice de vertu. On trouvera les textes mêmes de Platon dans la « Connaissance de Dieu », par Gratry, tom. I, chap. il Mais la mystique des philosophes est fragile, car elle manque de deux appuis: la vérité révélée et la grâce de Dieu. C'est la doctrine même de l'I. C. que nous venons d'exposer. N'est-ce pas à ces considérations que se ramènent un si grand nombre de passages du pieux livre, où il nous est recommandé d'aimer pour bien comprendre ? L'Evangile

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