LIVRE NEUVIEME. - ,q
Dieu. Cette vérité se démontre directement et est entourée de toutes les preuves, physiques, métaphysiques et morales, qui en assurent l'autorité. Et néanmoins, il faut dire avec l'Écriture que celui-là ne connaît pas vraiment Dieu qui n aime pas Dieu. « Goûtez et voyez, dit encore le texte sacré, combien Dieu est bon. » La progression est clairement indiquée. Eprouvez d'abord la douce expérience de la bonté de Dieu et puis vous verrez ce qu'il est.
La raison suffira-t-elle à nous faire comprendre le dogme de la création ? Nous connaissons des philosophes, et&dcs plus remarquables, qui s'arrêtent devant l'idée de la création, comme devant une barrière infranchissable. Ils ne comprennent pas comment Dieu, c'est-à-dire, le bonheur se suffisant à lui-même, a pu sortir de son repos pour projeter hors de son être l'univers et tout ce qu'il contient. Il est vrai que l'esprit ne donne de ce fait aucune explication plausible. Mais ne trouvons-nous pas dans notre cœur des sentiments qui nous en donnent le sens ? N'éprouvons-nous pas un besoin d'expansion, qui, indépendamment de tout intérêt, nous porte à manifester au dehors notre énergie? Le penseur n'éprouve-t-il pas le besoin d'extérioriser sa pensée > L'artiste résiste-t-il à l'impulsion de traduire par l'art ses conceptions intimes ? L'instinct de la paternité ne se manifeste-t-il pas en tout ordre de choses ?
Le dogme constitutif du christianisme, c'est le mystère de la Rédemption. Otezce mystère, et le christianisme n'est plus que la philosophie spiritualiste. Mais qui nous aidera a comprendre la Rédemption, si ce n'est le cœur ? Tant qu on se bornera à faire le tour du Calvaire, en se livrant aux froides spéculations intellectuelles, on n'arrivera pas à pénétrer la raison qui a fait descendre le Fils de Dieu sur la terre, pour prendre la forme humaine et souffrir la mort
ignominieuse de la croix. Interrogeons le cœur, il nous répondra. Il n'est pas besoin de faire appel à l'histoire des grands dévouements et des sublimes héroïsmes. Ne suffit-il pas d'invoquer l'ardeur et la générosité de notre âme ? Ne sommes-nous pas entraînés quelquefois par une irrésistible impulsion aux actes de dévouement, sans arrière-pensée et sans mesure ? Et n'est-ce pas dans cette noble disposition du cœur humain que nous devons apercevoir une image de cette charité infinie de Dieu, qui s'épanche sur les créatures sans avoir besoin de compensation ?
Ne laissons pas de parler encore de la prière, l'acte le plus usuel et le plus nécessaire de la vie religieuse. La prière, sans doute, est, avant tout, un hommage rendu a la Divinité, mais elle est encore la demande de secours perpétuellement adressée à Dieu par l'homme en détresse. Et peut-on s'expliquer comment l'homme depuis tant de milliers d'années s'agenouille, sans se lasser jamais, devant le Maître tout-puissant pour en obtenir ce que beaucoup tiennent pour l'irréalisable et l'impossible, c'est-à-dire, la dispense constante et ininterrompue des lois ordinaires de la nature ? Assurément, la raison ne donnera jamais la solution de ce problème.
Adressez-vous au cœur et il vous satisfera. Le cœur vous dira que la prière est un besoin de l'âmc"désespérée,qui voit que tout lui manque. Au milieu des épreuves et des catastrophes, il ne reste qu'une ressource à l'homme, c'est de pousser un cri vers la puissance mystérieuse qui dispose à son gré de toutes les destinées. L'instinct de la prière est si naturel, que les âmes même les plus prévenues lui obéissent à l'heure des suprêmes épreuves. Un jour, j'étais appelé au chevet d'un jeune homme, fils unique, en proie aune grave maladie. Dès que je fus entré dans la chambre -de douleur,