‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 287 sur 336 · VUE · texte numérisé non relu

VUE

LA RÈGLE DE L'iLLUMINATION.

H est donc incontestable que l'amour donne à l'esprit une plus grande force pour pénétrer la vérité.

Quand saint Thomas ou saint Bonaventure, après avoir longtemps appliqué leur vaste génie à la théologie, se prenaient à méditer devantDieu sur l'objet de leur étude, dans la sainteté de la vie et la ferveur de l'amour, il est impossible qu ils n'aient pas mieux senti et goûté la vérité et qu ils ne se soient pas portés vers elle d'un plus vif élan

Quand l'auteur de l'I. C, après avoir longtemps lu et écoute, après avoir profondément réfléchi sur l'ascèse et sur la mystique, se mettait en présence de Dieu par un bond d amour, il n'est personne qui ne soit convaincu que les effervescences du cœur n'aient illuminé les pensées du Docteur.

Voilà une leçon qui ne doit pas être perdue. L'exemple

ce a LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.

de ces grands saints nous enseigne ce que nous avons à faire. Nous avons à éclairer l'esprit par un travail qui ne néglige aucune source d'information, et il nous faut en même temps échauffer le cœur par une fervente piété. Le cœur ne nuira pas à la tête, et réciproquement. L'esprit et l'amour s'entr' aideront. « Oportet haec facere, et illa non omittere.» On voit, par ce qui précède, combien est profonde l'erreur de ceux qui veulent s'en tenir soit à la scolastique séparée, soit au seul amour.

Les Docteurs se rient quelquefois des prétentions des mystiques. Il n'est pas rare de trouver dans leurs écrits, des railleries sur la méthode étrange qui consiste à rechercher la science par le moyen de l'amour. Est-ce que l'amour supplée à toutes les autres facultés ? Est-ce que la contemplation dispense de toutes les autres opérations ? Ils disent, avec saint Augustin : « Évitons de tenter Dieu, de peur qu'en nous laissant aller aux illusions, nous ne dédaignions même d'aller à l'église pour y entendre l'Évangile, ou de lire les livres, ou d'écouter un homme qui prêche, dans l'attente que Dieu nous enlèvera au troisième ciel, comme saint Paul, et qu'il nous fera entendre des paroles ineffables, ou qu'il nous fera voir Jésus-Christ même, afin d'apprendre l'Évangile de sa bouche plutôt que de celle des hommes. Fuyons ces tentations pleines d'orgueil et de péril, et souvenons-nous plutôt que, quoique l'apôtre saint Paul eût été renversé et instruit par une voix céleste et divine, il fut néanmoins renvoyé à un homme, pour recevoir de lui les Sacrements et être agrégé à l'Église. » (Doctr. christ., préf.) A ces considérations des Docteurs, les mystiques opposent des réflexions sévères, sur le danger de la science, qui est stérile par elle-même et pleine de curiosité. « Si vous aviez, écrivait saint Bernard à un jeune homme, goûté tant

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