‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 29 sur 336 · LIVRE DE1 X1ÉME. ig · texte numérisé non relu

LIVRE DE1 X1ÉME. ig

tant son corps était soumis parfaitement aux lois de la discipline.

« Le sixième exercice auquel le Religieux doit s'appliquer, dit saint Bonaventure, c'est d'avoir en sa personne une maturité et une gravité accompagnées d'une certaine douceur empreinte de tristesse, mais exempte de toute amertume, d'ennui ou de mauvaise humeur. La légèreté peut quelquefois se trouver un instant dans un homme de bien, mais jamais elle ne doit paraître dans un homme faisant profession de dévotion. Nous en avons une preuve dans la conduite de ceux qui sont parfaits, car c'est à peine si dans leurs actes nous découvrons quelques traces de cette légèreté, à peine si nous les voyons portés a rire ou à plaisanter. » (De Prof. Relig., I, xix.)

On peut voir dans le premier livre de PI. C. quelques recommandations ayant rapport à, l'extérieur bien composé. Le chapitre vin : « Qu'il faut éviter la trop grande familiarité, » renferme les préceptes de la haute politesse chrétienne. Toutefois, il faut bien prendre garde de ne pas séparer ce chapitre de ceux qui le précèdent et le suivent. 11 est bon que, extérieurement, l'on soit réservé, maître de soimême, affable, jusqu'à une certaine limite seulement. Mais si de II. C. on ne veut retenir que ces conseils, sans avoir souci de tant de pages, où est conseillé l'amour le plus ardent pour Dieu et les hommes, on ressemblera aux sépulcres blanchis de l'Évangile. Et combien ny a-t-il pas, même dans l'Église, de partisans de cette politique froide et étroite, qui emprunte à la perfection chrétienne son extérieur, sans adopter le principe qui autorise et vivifie la reserve de conduite !

Il faut en convenir, de tels préceptes sont rares de la part du pieux auteur. Il est ordinairement tendre et affectueux.

Certes, à chaque instant il se rencontre avec Pascal et la Rochefoucauld, et il ne leur cède en rien, lorsqu'il exprime en termes désolés la profondeur de la misère humaine et la vanité des prétendus biens terrestres :

« Tu seras misérable en quelque lieu que tu sois, et de quelque côté que tu te diriges, à moins que tu ne te

tournes vers Dieu.

« Pourquoi te troubler parce que tout ne te réussit pas

comme tu le veux et le désires ?

« Qui a tout à sa volonté ? Ni moi, ni toi, ni personne

sur terre. .

« Nul n'est au monde sans quelque tnbulation ou an-

aoisse, serait-il roi ou pape, etc., etc. » I. xxn, 1-4.

* On peut voir encore III. xx : « Qu'il faut reconnaître sa

propre faiblesse; et des misères de cette vie ; » lu : « Que

l'homme doit se juger digne de châtiments plutôt que de

consolations. » .

Mais il n'a jamais le pessimisme de Pascal, ni 1 ironie blasée de la Rochefoucauld. Véritable guérisseur des âmes, il traite les douleurs et les imperfections de l'homme, comme un médecin compatissant les maladies d'un infirme bien-

^ien mieux! il ne semble parler des défaillances morales qu'en ayant toujours présente à l'esprit l'admirable parole du poète :

Non ienara mali, miseris succurrere disco.

N'ignorant pas le malheur, j'apprends à secourir les affliges.

Il est impossible de méconnaître le sentiment de bonté qui règne dans l'I. C. Le chapitre « De l'homme qui a la bonne paix » dénote une tendresse, une tolérance, une compatissance, tout évangéliques.

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