CHRISTIANISME
L'I. C. est donc un livre essentiellement moral et pratique. Mais quelle morale nous enseigne-t-il ?
Il n'est pas besoin d'insister longuement sur ce point.
La morale de PL C. est éminemment spiritualiste.
Il n'y a pas dix, il n'y a pas quatre solutions du problème humain. Il n'en est que deux : la solution matérialiste et la solution spiritualiste.
Dans la région épurée qu'habitait le saint auteur, il ne semble pas qu'on ait même soupçonné l'existence de cette doctrine inférieure, que la Bible stigmatise cependant plusieurs fois avec énergie, de ce système sensuel et étroit qu'un poète moderne a résumé en quelques mots :
On entre et on crie,
C'est la vie !
On crie et on sort,
C'est la mort !
L'I. C. envisage autrement la destinée de l'homme. Puisqu'elle admet, comme tout spiritualisme, les vérités fondamentales de l'existence de Dieu et de la vie future, la distinction du bien et du mal, elle enseigne, par conséquent, que l'existence humaine se trouve coupée en deux parts. Notre première heure s'écoule ici-bas, comme dans un lieu d'épreuve. Notre seconde heure commencera au dernier soupir; ce sera alors le moment de la récompense ou du
r2 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
châtiment, suivant que nous aurons bien ou mal supporté répreuve.
Les conséquences qui découlent de cette conception spiritualiste sont de deux sortes : i° les biens de cette terre ne sont pas la fin de l'homme ; 2° l'épreuve de l'homme consiste dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire, dans l'habitude de s'oublier et de se dévouer.
Ces principes et ces conclusions sont développés dans 11. C. avec une abondance sans pareille. Ils font la substance du livre et son fonds inépuisable. Toutes les thèses des traités de philosophie spiritualiste, sur le bien, la fin, la béatitude de l'homme, le vice et la vertu, se trouvent rappelées à chaque page.
Pour ne pas multiplier les explications, contentons-nous de signaler le chapitre liv du livre III. Il est intitulé : « Des divers mouvements de la grâce et de la nature. »
Ne nous y méprenons pas. Il s'agit là, tout simplement, de la lutte éternelle de l'esprit et de la chair, de la passion et de la raison, de l'égoïsme et de la vertu. Le pieux auteur décrit les mouvements qui nous portent aux satisfactions inférieures : il fait le portrait du païen, ou plutôt du vrai matérialiste. En regard, il place l'image de celui qui veut dominer ses instincts et les régir avec sagesse ; il montre l'idéal du juste, ou, pour parler plus exactement, du spiritualiste convaincu. La description est vive et indique de nombreuses nuances. Qu'on remplace les mots de, nature, et de, grâce, par d'autres termes, tels que, religion, et, monde, ou bien encore, vertu, et, plaisir; et l'on aura la clef de l'enseignement : « La Nature est rusée, et attire, enlace et déçoit grand nombre de gens, et elle n'a jamais d'autre fin qu'elle-même. Mais la Grâce marche avec simplicité, se détourne de toute mauvaise apparence, ne se sert point de