‹ La Doctrine du livre de Imitatione ChristiChapitre 329 sur 336 · Livre obscur et sans nom, humble vase d'argile · texte numérisé non relu

Livre obscur et sans nom, humble vase d'argile

Mais rempli jusqu'au bord des sucs de 1'Hvangile,

Où la sagesse humaine et divine, à longs flots,

Dans le cœur altéré coulent en peu de mots ;

Où chaque âme, à sa soif, vient, se penche et s'abreuve

Des gouttes de sueur du Christ à son épreuve ;

Trouve, selon le temps, ou la peine ou l'effort,

Le lait de la mamelle ou le pain fort du fort ;

Et, sous la croix où l'homme ingrat le crucifie,

Dans les larmes du Christ boit sa philosophie !...

(Jocelyn. Sixième époque.)

Sainte-Beuve a exprimé en une page exquise sa pensée sur 11. C. dans « Volupté », et George Sand, dans « Spiridion ' ».

Le caractère de 11. C. est tel, que les protestants n'ont pas renoncé à en faire usage, bien que l'ouvrage soit rempli d'enseignements particuliers à l'Église catholique. Au seizième siècle, Chateillon, dans une paraphrase latine2, n'hésita pas, pour l'intérêt de sa confession, à supprimer le quatrième livre tout entier, et à modifier les passages des antres livres trop empreints de catholicisme. Au dix-septième siècle, le ministre Poiret entreprit un travail plus compli-

1 Voir dans Tamisey de Larroque la liste des auteurs modernes qui ont fait l'éloge^de" 11. C.

1 De Imitando Christo I i bel I us, authore Thoma Kempensi, interprète Sebastiano^Castalione. Basilic, i 563, in-iô.

que '. Il voulut adapter jusqu'au quatrième livre lui-même aux besoins des protestants. Il donna à cette œuvre bizarre un titre non moins bizarre : « Kempis commun, ou les quatre livres de limitation de Jésus-Christ, traduits pour l'édification commune de tous les chrétiens qui désirent s'avancer dans le solide de la piété. » — « Je déclare ouvertement et avec sincérité, dit le traducteur, que, dans le quatrième livre, je n'ai ni traduit ni voulu traduire partout notre auteur au pied de la lettre, mais en donner en divers endroits une espèce de paraphrase selon le sens spirituel et intérieur. La raison est que, comme il y est parlé de la communion extérieure, selon des sentiments que tous les chrétiens n'ont pas, et qui aussi ne sont pas essentiels au salut, tous ne pourraient sans cet expédient profiter de cet ouvrage. Ceux qui ont les sentiments de question trouveront assez d'éditions pour aider leur piété par cette voie-là. Cette considération de pouvoir être utile à tous a fait aussi substituer dans les autres livres, mais très rarement, quelques mots généraux pour un ou deux de plus particuliers, mais toujours sans rien perdre de la substance de la vérité. » On peut deviner par ces paroles les accommodations que le ministre Poiret a fait subir au livre. L'I. C. dit : « Il est utile de communier souvent ; » le traducteur : « Ne te tiens pas longtemps éloigné de ton Dieu. » Ainsi en est-il partout, où se rencontre une formule indiquant une croyance particulière de l'Église catholique. Elle est remplacée par une rédaction vague pouvant convenir à toutes les confessions chrétiennes.

Quelque étrange que paraisse la tentative de Poiret, elle l'est cependant bien moins que l'entreprise d'inoculer le

{ Amsterdam, Wetstein, i683, in-12.

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