LIVRE DEUXIEME
avoir perçu et médité, voit la vérité. « La contemplation, dit saint Bernard, est un regard de l'âme, vrai et certain, sur quelque objet que ce soit; ou bien, c'est l'appréhension, sans incertitude, par notre esprit, d'une chose quelconque : Apprehensio rei non dubia. » (L. II deConsider., cap. n.j En d'autres termes, la contemplation n'est autre que l'évidence.
On ne saurait trop le répéter : les spirituels ne se livrent pas aux recherches sur la nature et les opérations des facultés intellectuelles. Ils n'entendent pas faire œuvre de psychologues. Us ne veulent pas sortir de l'expérience et de la pratique. Il suffit à leur but de savoir quels sont les trois mouvements principaux de l'intellect dans sa marche vers la vérité. Ils s'en tiennent à constater les trois faits de la, cogitatio, de la, consideratio, et de la, contemplatio, sans chercher à les expliquer et à les comprendre.
Bien mieux, la plupart des spirituels, comme l'auteur de l'I. C, ne font mention de ces trois, progressus, de l'intellect, que dans leurs rapports avec les idées pieuses. S'ils établissent que l'homme pense, considère, et contemple, c'est parce qu'il est impossible de se rendre compte de la manière de connaître Dieu, si on ne commence par établir le début, le moyen et le terme de cette connaissance.
En ce sens, la contemplation est définie par saint Thomas (2.2./clxxx/ i et 3) l'intuition simple des vérités divines ; ce qui comprend i° les vertus morales; 2° la contemplation des oeuvres divines ; 30 la divinité elle-même.
Affcctio, ajfcclus. — Une chose est, affectus, et autre chose, aifectio, dit l'abbé Guillaume (De Nat. et dign. amoris, cap. VI, dans les œuvres de saint Bernard». L', affectus, est le sentiment qui possède l'âme par une puissance
générale,, et une vertu ferme et stable, qu'elle vienne de la nature, ou qu'elle soit obtenue par la grâce. L', affectio, est l'acte particulier qui se produit en conformité de ce sentiment général. « Puisque nos affections intérieures sont corrompues, il est nécessaire que Faction qui s'ensuit, indice du manque de vigueur intérieure, soit corrompue. » III. xxxi, 20. — L', affectus, c'est l'inclination; 1', affectio, ce sont les sentiments et les actes. Le premier est la puissance, la seconde, c'est la réalisation. Il est cependant bien difficile que, dans le langage habituel, on puisse maintenir rigoureusement la nuance qui existe entre les deux termes. . Notre auteur emploie souvent les deux mots l'un pour l'autre.
Nulle part mieux que dans le chapitre xiv du livre IV ne peut s'étudier la différence qui existe entre les mots, affectio, et, affectus. Notre auteur y emploie le mot, affectio, dans le sens i° de tendance, inclination, passion : liber ab affectionibusinordinatis; 2° d'acte de l'inclination: non huic affectioni tenacius inhaerendum, ita mortuus debes esse talibus affectionibus ; 30 d'habitude de la puissance affective ; ab omni mundana affectione alienus ; 40 de puissance affective elle-même : puritas in affectione.
Voici la définition que saint Bonaventure donne au mot, affectio : « Affectio dicitur quadrupliciter. Uno modo ipsa vis affectiva ; alio modo dicitur affectio passio vis affective, ut gaudium et dolor et hujusmodi; tertio modo dicitur actus potentiae affective ; quarto modo dicitur habitus affectivus, sicut intellectus uno modo dicitur habitus principiorum, et est régula intellectus. » (I, dist. 17, part. II, dub. 2.)
Le mot, affectus, est employé exactement, par notre auteur, dans les mêmes sens que saint Bonaventure : ï° passion : liber intus ab inordinato affectu ; 2° passioa en acte :