LIVRE DEUXIEME. 5g
l'âme inclinée à se disperser sur toutes sortes d objets. C'est ce que, d'après la terminologie commune, on appelle, perception.
« La pensée, dit Gerson, est facile, parce qu'elle se forme immédiatement soit des sensations actuelles, soit des images qui accourent de toutes parts à notre esprit, et qu'elle ne fait pas d'effort pour aller au delà. De même que nous conduisons de ci, de là, avec facilité, nos sens aux objets extérieurs, de même il est facile de se laisser aller aux images qui se présentent d'elles-mêmes à notre imagination. C'est ce que nous voyons dans les enfants et les hommes oisifs, qui cherchent dans cette facilité d'impressions une distraction et un divertissement. Mais cela est vain, parce que cela n'a pas de but et ressemble au songe. Ces pensées ne sont pas ordonnées pour une fin utile. Bien plus, quand on s'y complaît, on reste dans la tristesse. » (Theol. Myst Spec, consider. 22.)
L'I. C. donne au mot, cogitatio, pensée, le sens que lui donnent les spirituels, le sens de, perceptions externes et internes, constituant le point de départ de la connaissance. « D'abord, dit notre auteur, se présente à l'intelligence la simple pensée (simplex cogitatio;, puis une forte imagination, etc. »
Les spirituels, on le voit, ne se préoccupent pas de donner la notion philosophique de la pensée. Ils ne sortent pas de Tordre pratique. La pensée n'est pour eux que le point de départ des phénomènes qui conduisent à la contemplation. Aussi Alvarez de Paz définit-il la pensée : « Une considération imprévue et momentanée de Dieu, ou des choses de Dieu, ordonnée pour l'excitation des bonnes affections. » Les spirituels, en parlant de la, cogitatio, ont donc en vue les pensées, dans leurs rapports avec la piété.
j0 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
Les scolastiques, de leur côté, parient de la pensée, comme élément de la connaissance.
Consideratio : considération. — Pour notre auteur, comme pour les auteurs spirituels, le premier mouvement de l'esprit est la," cogitatio, c'est-à-dire, les perceptions, les impressions qui se présentent rapidement et sans qu'on les ait provoquées.
La considération est le second mouvement de l'esprit : c'est, ainsi que le dit saint Bernard, une pensée arrêtée à considérer un objet. C'est la réflexion, ou la méditation.
Dans la spiritualité, on ne rencontre pas de spéculations sur la nature de l'esprit humain et de ses opérations. La science des saints est éminemment pratique. A quoi bon les discussions philosophiques pour qui recherche l'unique fin de perfectionner son âme par la vertu ? Il suffit de savoir que l'esprit humain dans ses opérations traverse deux phases, celle de l'impression et celle de la réflexion, soit la cogitation et la considération. Cette psychologie élémentaire suffit au spirituel pour son dessein purement expérimental.
Voici quelle serait, d'après Richard de Saint-Victor, la genèse de la, consideratio : « Ex novitate rei, oritur admiratio; ex admiratione crescit attentio; ex attentione, cognitio ; ex cognitione, mentis suspensio. » (Arca mystica.)
Contempîatio. — Toute l'évolution de l'entendement se résume, pour les spirituels, en ces trois termes, cogitatio, consideratio, contempîatio. La, cogitatio, ou, pensée, est le premier mouvement de l'âme qui perçoit des objets externes ou internes. La, consideratio, est la perception retenue et examinée : c'est le second mouvement. La, contempîatio, est le troisième mouvement, dans lequel l'âme, après