SYSTÈME THÉOLOGIQUE
Notre livre a-t-il un système de théologie ?
Il suit avec fidélité les enseignements de l'orthodoxie catholique, il n'y a aucun doute à cet égard.
Mais, dans l'orthodoxie, il y a multiplicité de systèmes.
Saint Thomas d'Aquin présente le sien ; c'est le plus autorisé. A côté du système de l'Ange de l'école, il en est d'autres, qui peuvent être acceptés par les esprits les plus soumis à l'enseignement de l'Église.
Le système de notre auteur consiste à n'en avoir aucun.
« Bienheureuse la simplicité, qui délaisse la voie difficile des questions, et chemine par le sentier uni et ferme des commandements de Dieu ! » IV. xvm, 5.
L'I. C. s'élève à plusieurs reprises contre la subtilité de l'enseignement scolastique.
Cet abus de la scolastique suscitait d'énergiques protestations dans le sein même des Facultés de théologie. « Je suis étonné, disait, au XVe siècle, un docteur de Sorbonne,
Nicolas de Clamengcs, que les théologiens de notre temps lisent ainsi négligemment les pages des divins Testaments, émoussent leur esprit par les recherches de subtilités assez stériles, et, pour me servir des termes de l'Apôtre, languissent autour de questions et de combats de mots (I Tim. vi, 4), ce qui est le propre des sophistes et non des théologiens... L'Apôtre fait ici le procès à ces hommes qui, laissant l'arbre vigoureux et fécond des saintes Ecritures, cherchent l'aliment de la doctrine dans des lieux sauvages et stériles... Tout d'abord, les sophismes apparaissent beaux, ingénieux, pénétrants, fins ; mais, si vous déchirez l'enveloppe des mots pour arriver au fruit, ce n'est plus que fumée, parce que tout est vide au dedans. » (De Studio fheologiae.)
Puisque telles étaient, dans l'Université, les protestations contre la subtilité scolastique, il n'est pas surprenant que, dès le temps de saint Bernard, des plaintes ininterrompues se soient élevées dans les cloîtres.
Notre auteur ne se ménage pas à cet égard : « Ce qui. n'est pas condamnable, c'est une pieuse et humble recherche de la vérité, dans la disposition de se laisser toujours enseigner et le souci de suivre la saine doctrine des Pères. » IV. xviii, 5.
Le pieux auteur nous livre ici le secret, de sa méthode théologique. Ce n'est pas l'ignorance qu'il préconise. Il veut que son Religieux soit savant. Mais il recommande la méthode des faits, par préférence à celle des systèmes.
Expliquons-nous.
Les éléments de la religion sont mystérieux. Il faut en proclamer l'inébranlable réalité, non sur le témoignage de la raison : la raison ne peut en reconnaître ni en apprécier la nature ; mais sur l'attestation divine, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.