LIVRE DEUXIEME. 7c
Nôtre-Seigneur n'a pas eu d'autre méthode d'enseignement que d'annoncer les faits delà révélation. Sa prédication se résume en des affirmations : il loue saint Pierre d'avoir reconnu la divinité du Messie sur la révélation du Père céleste : « Ce n'est ni la chair, ni le sang, mais le Père céleste qui lui a révélé cette vérité. »
Les Apôtres ont marché sur les traces du Sauveur. « Il faut croire telle et telle vérité, parce que Dieu l'a révélée. » Voilà la parole qu'ils se bornent à faire entendre. Ils sont de simples témoins. Saint Paul s'élève avec une grande énergie contre ceux qui essaient de mêler les systèmes aux faits de la religion. Il avertit les fidèles de ne pas se laisser surprendre par la philosophie, et par des raisonnements vains et trompeurs, selon les traditions des hommes, et selon les principes d'une science mondaine, et non selon Jésus-Christ ; de ne pas se laisser illusionner par des doctrines étrangères ; de ne point s'amuser à des fables et à des généalogies sans fin, qui servent plutôt à exciter des disputes, qu'à fonder par la foi l'édifice de Dieu dans les âmes, et de fuir les questions impertinentes et inutiles, qui sont des sources de contestations.
Les saints Pères, à part quelques exceptions, ont usé de la même méthode. Ils établissaient les faits de la révélation, ils remontaient à la source ; et quand ils avaient montré l'origine divine, ils ajoutaient : « Dieu a parlé, il faut croire. »
Il en était résulté qu'au commencement du xie siècle, la méthode théologique reposait surtout sur la tradition. C'était vraiment la méthode des faits, recommandée par notre pieux auteur. Le théologien recherchait la vérité religieuse, avec piété, défiance de soi-même, prêt à se laisser toujours instruire et redresser par Tliglise ou les maîtres de la doctrine sainte ; il se préoccupait, avant tout, de con-
naître renseignement commun des Pères et de ne point s'en écarter. Au xne siècle, les deux plus grands représentants de la théologie, Hugues de Saint-Victor et saint Bernard, appartenaient à cette école, qui adoptait pour base de son enseignement les, Catenaa, chaînes ou suites de textes extraits des œuvres de Pères de l'Église, compilations plus ou moins complètes sur la Théologie, le Droit, et l'Ecriture sainte, établies de manière à représenter sur chaque sujet la tradition patristique.
Le xie siècle vit se produire une nouvelle méthode théologique, celle que nous appelons la méthode des systèmes. L'esprit humain ne peut se contenter de connaître les phénomènes. Il lui faut encore la théorie des phénomènes. A l'époque que nous venons de signaler, on se voua avec une passion étonnante à l'étude des doctrines philosophiques, des lois de l'intelligence, des systèmes qui donnent la raison de tous les systèmes, et sont le point de départ des explications scientifiques. La philosophie d'Aristote fut particulièrement goûtée des générations jeunes et ardentes, qui se consacraient aux nouvelles études. On essaya de l'adapter aux données théologiques et d'en faire la base d'un système complet. Les premiers efforts ne furent pas heureux. Jean le Sophiste, Roscelin, Abailard, Gilbert de la Porée, Othon de Frisingue, Amauri, abordèrent les problèmes les plus délicats, quelquefois avec plus de témérité que de bonheur. Ils ne tardèrent pas à soulever les protestations des théologiens de l'école des faits. Saint Bernard se mit à la tête de ceux qui étaient inquiets des résultats de la nouvelle méthode. Il prêcha une croisade intellectuelle, qui aboutit à la condamnation des principaux novateurs et à une réaction théologique.
Cependant, l'influence de saint Bernard n'avait pas sup-