LIVRE TROISIÈME. IOI
Ll. C. est un livre de milieu. Il n'aborde même pas les sujets de la vie extraordinaire. Quand il parle des contemplatifs, c'est pour indiquer, comme dans le lointain, l'existence d'hommes exceptionnels dont on ne peut imiter les exemples, qu'après de longues épreuves et à l'aide de grâces rares. Silence complet sur les visions, les révélations, les extases, le sommeil divin, les touches mystiques, les blessures d'amour, etc. Prenez un traité de la voie unitive ; par exemple, les « Principes de la théologie mystique », par le P. Séraphin1. Comparez les enseignements qu'il renferme avec ceux de PL C. Vous vous trouvez en face de deux états distincts. L'I. C. ne quitte pas la terre ferme : rien d'aventuré, rien d'étrange. Il n'est personne qui, avec la grâce de Dieu, ne puisse faire siennes les vertus recommandées par le pieux livre. Dès lors qu'on aborde la lecture des livres de la voie unitive, on entre dans le domaine de l'exceptionnel et de l'extraordinaire ; nul ne peut se promettre d'arriver même au premier degré. D'un côté, du côté de 17. C, rien que de très expérimental, tout y est à la portée de tout le monde ; de l'autre, l'expérience n'est le propre que de rares individualités, et le plus savant auteur de la théologie mystique, le P. Alvarez de Paz, a pu déclarer, sans étonner personne, qu'il n'a jamais rien éprouvé des phénomènes dont il décrit les caractères. Néanmoins, notre pieux auteur, en se tenant sur le terrain des voies communes et ordinaires, a bien soin de reconnaître l'existence de ces états exceptionnels, qui occupent une si grande place dans les annales de la sainteté. Quand, par exemple, il parle des entretiens de Dieu avec l'âme, il n'excède pas la méthode commune, et
1 Tournai. Casterman, iK;3, in-8*.
ne sort pas du domaine ordinaire des inspirations. Mais il est loin de méconnaître l'existence de la locution privilégiée, c'est-à-dire, des visions et des révélations. En plusieurs endroits, il parle avec une religieuse admiration des effets merveilleux de la contemplation.
M. Michelet nous donnera la formule qui nous paraît le mieux convenir au pieux livre : « La merveille de 11. C, c'est la mesure et la sagesse. L'âme y marche entre les deux écueils : matérialité, mysticité ; elle y touche et n'y heurte pas ; elle passe comme si elle ne voyait pas le péril ; elle passe dans sa simplicité ! Prenez garde, cette simplicité-là n'est pas une qualité naïve, c est bien plutôt la fin de la sagesse ; comme la seconde ignorance dont parle Pascal, l'ignorance qui vient après la science. » (Hist. de France, tom. V, liv. X, chap. i.) On ne saurait mieux penser, m mieux dire. L'I. C. aune influence si pénétrante, queM. Michelet lui-même en a été transformé. Au contact du pieux livre, il est devenu sage, mesuré et... exact.