Loc. cit., p
gence d'interprétation qu'ils ont trouvée chez les théologiens des siècles postérieurs.
Nous venons de dire qu'il ne faut pas se laisser prendre à l'équivoque du mot sacramentum, car saint Augustin emploie ce mot en un sens très large, et lui donne, même en parlant du mariage, des significations différentes»
Mais nous savons que les sacrements de la Loi Nouvelle sont des signes sensibles qui coxifèrerit la grâce par euxmêmes, et qui ont été institués spécialement par Jésus- Christ. Cette définition comprend comme éléments essentiels : a) un signe sensible signifiant par la détermination de la formule sacramentelle une chose invisible et sainte; b) institué par Jésus-Christ; c) qui produit le don sanctifiant signifié, c'est-à-dire la grâce. Toute la question est pour nous d'analyser les textes de saint Augustin sur le mariage et de voir si on y trouve ces éléments constitutifs du sacrenaent proprement dit^. - ...
Le mariage signe d'une chose sacrée. ,
Nous venons de voir que l'évêque d'Hippone considère le mariage précisément comme une figure, un symbole ou un signe. Bien que la signification en soit différente qiwad modum au temps de l'Ancien et du Nouveau Testament, elle est cependant toujours la même quoad objectum,
1. Puisque îa définition, que nous déduisons des canons du Concile de Trente, fixe l'essence de la notion de sacrement et la fin d'un développement doctrinal, l'auteur s'en est servi comme de, terme de comparaison pour marquer la position historique de la doctrine augustinienne à propos du sacrement du mariage. On étudie de plus en plus les dogmes chez les Pères, mais — « dans ce travail de recherche, • — écrit L. Godefroy, — il y a deux écueils également à craindre : le premier est de laisser perdre les moindres parcelles de vérité, parcelles d'autant plus précieuses qu'elles sont plus rares ; le second serait de prêter aux Pères nos pensées et d'interpréter leurs expressions forcément imprécises d'après ce que nous apprennent les définitions de l'Eglise. Ce qui importe, c'est de savoir ce qu'ils ont pensé ». {Diction, de théologie, Vagant- Mangenot-Amann, art. Mariage,, col. 2101.) C'est aussi ce que le P. Alves Pereira a cherché chez saint Augustin. La critique dira s'il a évité les deux écueils. — L. G. C.
Adam et Eve étaient la figure du Christ et de l'Eglise. La Genèse dit à propos d'Adam : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair. » L'Apôtre, dit saint Augustin, commente ce passage en ajoutant : « C'est un grand sacrement; je dis en Jésus-Christ et en l'Eglise. »
Ainsi, ce qui s'est accompli historiquement dans x\dam désigne prophétiquement le Christ : « quod per historiam impletum est in Adanij per prophetiam significat Christum ». Celui-ci a quitté son père, comme il le dit lui-môme (Joan., XVI, 28) : « Je suis sorti de mon père et je suis venu dans le monde » ; il l'a quitté en apparaissant aux hommes dans la nature humaine. Jésus-Christ a quitté sa mère, c'est-à-dire le culte ancien et charnel de la Synagogue, qui était sa mère selon la chair par la race de David, et il s'est uni à son épouse l'Eglise, pour être avec elle une seule chair. Le Christ est la tête de l'Eglise, et l'Eglise est son corps. De même qu'Eve fut tirée du côté d'Adam endormi, de même l'Eglise est née du côté de Jésus endormi du sommeil de sa passion ^.
Le mariage de l'ancien peuple d'Israël avait un symbolisme en rapport avec l'incarnation du Fils de Dieu et son union mystique avec les âmes. La génération chez le peuple élu était l'image de ce qui devait arriver plus tard et se rapportait à la réalisation des événements annoncés par les prophètes.
Il était' permis à un homme d'avoir plusieurs femmes, comme plusieurs âmes peuvent être soumises à un seul Dieu s. La pluralité des femmes des anciens Israélites figurait la pluralité de nos églises qui devaient un jour s'élever parmi toutes les nations de la terre et se soumettre à Jésus-Christ comme à un seul époux. A l'égard de l'union de Dieu avec les âmes,' le mariage contracté avec plusieurs femmes était, dans les temps anciens, une figure de la multitude des
1. De gen. contra Manicliaeos, II, 24, P. L,, XXXIV, col. 215; //i Joan. evang., ix, 10, P. L., XXXV, col. 1463.