CHAPITRE II
Le mariage est pour saint Augustin l'unique moyen légitime de la, propagation de la race humaine. Nous allons exposer sa doctrine sur l'origine et la valeur morale de cette institution. Elle est une œuvre divine; par conséquent, elle doit être honnête de sa nature.
ARTICLE PREMIER Existence et institution divine du mariage.
Nature du corps humain avant le péché. — La génération sexuelle aurait lieu quand même l'homme n'aurait pas péché. — Le mariage existe dès la création de l'homme: il a été institué par Dieu lui-même; le péché originel n'en a pas altéré la nature.
La nécessité de la propagation du genre humain, non pas précisément pour remplir les vides causés par la mort, mais pour compléter le nombre des saints, oblige saint Augustin à affirmer que le mariage existe dès l'apparition de l'homme sur la terre, comme une institution fondée par le Créateur, où la propagation doit se réaliser par la génération sexuelle.
Nous avons déjà mentionné l'évolution que la pensée de saint Augustin sur le moyen de multiplier l'espèce humaine a subie à travers ses nombreux ouvrages. D'accord avec d'autres Pères de l'Eglise, saint Augustin ne pouvait pas
reconnaître la nécessité de la génération avant le premier péché, ni placer l'acte conjugal dans les corps immortels de nos premiers parents.
Dans le De Genesi contra Manichaeo^, il affirme contre ses adversaires la matérialité du corps d'Adam, formé de limon ^. Mais il n'hésite pas à avouer que ce corps était céleste, impropre à subir quelque mouvement moins ordonné de l'âme ^, exempt du besoin de nourriture et des morsures de la faim 3.
Immortel et incorruptible avant la chute, le corps humain ne connaissait pas rinclination sexuelle, car le désir de la génération et les plaisirs qui l'accompagnent ne peuvent convenir qu'à un corps mortel, en proie à la concupiscence, après le premier péché *.
C'était donc le don de l'immortalité qui embarrassait saint Augustin pour expliquer la façon dont la multiplication du genre humain se devait réaliser à l'état de la justice originelle.
Dans le De bono conjugali, publié en 401, le savant Docteur enseigne encore que les rapports sexuels ne peuvent convenir qu'a des corps mortels, et que le péché seul a assujetti l'homme à l'empire de la mort. Il mentionne les différentes opinions sur la manière dont nos premiers parents auraient pu. avoir des enfants sans l'union des sexes, s'ils n'avaient point péché : a) par une grâce de Dieu, qui, dans sa toute-puissance, a pu créer Adam et Eve sans parents antérieurs; b) en interprétant au sens mystique et figuré le