‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 26 sur 176 · ma., ^5, p. 1Ô · texte numérisé non relu

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et tous ayant vécu dans l'obéissance,, il se produirait un changement, grâce auquel, sans passer par la mort, les corps animaux acquerraient d'autres propriétés et seraient appelés spirituels^.

La génération sexuelle pouvait donc avoir lieu dans les corps d'Adam et d'Eve même avant la chute. La multiplication du genre humain, nécessaire pour l'exécution des desseins de Dieu, se serait réalisée, sans aucun doute, par les moyens naturels, c'est-à-dire, par l'union des sexes.

Saint Augustin soutient énergiquement cette affirmation contre certains auteurs catholiques, en montrant la compatibilité de la génération sexuelle avec l'état d'innocence et d'immortalité au paradis terrestre, et en mettant en relief l'absurde conséquence que, dans le cas contraire, le péché serait nécessaire pour la formation du nombre des saints 2. Il la défend aussi contre les hérétiques confondant l'honnêteté du mariage avec le crime de la fornication, ou méconnaissant la possibilité, dont les premiers parents jouissaient, d'accomplir l'acte conjugal sans les ardeurs de la concupiscence, que le péché seul a infiltrée dans le corps de l'homme s.

1. Ihïcl., IX, 3, p. 271 : « Quamquam enim jam emissi de paradiso convenisse et genuisse commemorantur. tamen non video, quid prohibere potuerit, ut essent eis etiam in paradiso honorabiles nuptiae et torus immaculatus, hoc Deo praestante fideliter justeque viventibus eique obedienter sancteque servientibus, ut sine ullo inquieto ardore libidinis, sine ullo labore ac dolore pariendi fétus ex eorum semine gigneretur.

2. De civ. Bel, XIV, 23, G. V., xl, 2, p. 47 : « Quisquis autem dicit non fuisse coituros neo generaturos, nisi peccassent, quid dicit nisi propter numerositatem sanctorum necessarium hominis fuisse peccatum? Si enim non peccando soli remanerent, quia, sicut putant, nisi peccas'sent, generare non possent, profecto ut non soli duo justi homines possenii esse, sed multi, necessarium peccatum fuit. » — Saint Augustin s'est appuyé sur cette dernière raison pour rétracter son opinion de l'impossibilité de la génération avant le péché. — Retract., I, 10, G. V., xxxvi^ 2, p. 48.

3. De nupt. et conc, I, 1, G. V., xlii, 2, p. 212 : « Haec enim quae ab impudentibus impudenter laudatur, pudenda concupiscentia nulla esset, nisi homo ante peccasset, nuptiae vero essent, etiamsi nemo peccasset; fl^ret quippe sine isto morbo seminatio filiorum in corpore vitae illius, sine quo nunc fleri non potest in corpore mortis hujus. » — Gf. Ibid., II, 13, 22, 31, pp. 279, 291, 310. — C. Jul. op. imp., V, 16 et 17, P. L., XLV, col. 1449 et 1451. De civ. Dei, XIV, 24, G. V., xl, 2, p. 50.

ïi\STITUTrON, NATURE ET MORALITÉ DU, MARIAGE 31

L'existence du mariage apparaît donc dès les premiers moments de l'existence de l'homme.

Saint Augustin n'a pas besoin de recourir à d'autres preuves que les précédentes. La création de la femme comme un auxiliaire de la génération, le crescite et multiplicamini bénissant l'union sexuelle ^ la création de deux sexes différents^, voilà les arguments qui nous permettent de découvrir les plans de Dieu. Ils nous montrent la société conjugale de l'homme et de la femme comme le berceau, où la multitude des élus devait commencer à se constituer dès le début, et sans lequel aucun homme ne viendrait à l'existence. La multiplication de la race réclame l'union des sexes, la nature se révèle comme l'unique moyen de la propagation, et le Créateur établit le mariage comme l'état social, où cette grande œuvre doit s'accomplir.

Le mariage est donc une institution fondée par Dieu luimême avant le péché, quand il a prononcé cette parole : « propterea relinquet homo patrem suum et matrem suam, et adhaerebit uxori suae, et erunt duo in carne una » (Gen., II, 24) ^. Le Christ, assistant plus tard aux noces de Cana, a confirmé l'origine divine du ijiariage ^,

Dans la lutte contre les Pélagiens, qui l'accusaient de blâmer le mariage et d'en attribuer le résultat au démon par la doctrine -du péché originel s, saint Augustin non seulement maintient le caractère de la formation divine du mariage, mais il défend instamment la stabilité de cette institution, qu'aucune circonstance n'a altérée dans ses propriétés essentielles.

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