‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 7 sur 176 · NÉCESSITÉ DE LA PROPAGATION DU GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA PROPAGATION DU GENRE HUMAIN

Si l'on recherche dans saint Augustin le motif de la multiplication de la race humaine, on remarquera que le saint Docteur /iremonte à une idée fondamentale, toujours présente à son esprit, qui est à la base de toute sa doctrine sur l'origine et le but du mariage. Cette idée est la formation du peuple de Dieu, ou de la Cité céleste.

Dieu a prédestiné un nombre de créatures humaines qui, après un séjour temporaire sur la terre, doivent franchir les frontières de la vie présente pour se joindre éternellement aux chœurs angéliques. La création de l'homme, dans la pensée de Dieu, n'a pas d'autre but. Mais Dieu n'a créé qu'u€i seul homme; tous les autres doivent naître de lui comme d'innombrables branches sortant d'un tronc unique.

Cette propagation réclamait de l'acte créateur des moyens efficaces et supérieurs à la contingence du temps et à toute altération survenue dans les conditions de la vie humaine. Dieu y pourvut d'une façon admirable, en douant la nature même de l'homme de l'instinct, des éléments, et de l'organisme de la reproduction. Toute cette activité, établie par* Dieu en vertu de la bénédiction : « Cr es cite et multiplicamini » (Gen., I, 28), et devenue naturelle à l'homme, opérera le mystérieux phénomène de la génération.

ARTICLE PREMIER Le nombre des prédestinés.

Dieu a prédestiné un grand nombre de créatures humaines. — Ce nombre doit se parfaire par la génération. — La génération est nécessaire en vue de cette fin.

Dans la pensée de Dieu, saint Augustin n'entrevoit d'autre but à la création de rhomme, que la vie bienheureuse et éternelle que celui-ci doit posséder après un court séjour sur la terre.

Cette sublime destinée n'est pas l'apanage du premier homme seulement; elle est aussi l'héritage d'une nombreuse famille issue de lui et choisie par Dieu pour augmenter et parfaire le nombre des habitants de la divine Cité^. Toute cette multitude de prédestinés devait être réunie, après une vie d'entière fidélité au service de Dieu, à la société des anges, sans passer par les angoisses de la mort.

Le péché originel a troublé cet ordre admirable qu'aucune donnée humaine ne peut faire regarder comme impossible ou même invraisemblable. Il a assujetti Adam et toute sa postérité à la mort, juste punition de sa désobéissance, et a rendu difficile et plus lent à se constituer le nombre des élus ^. Mais le désordre moral de l'homme n'a pu déran-

1. De cîvîtate Dei, XII, 23, C. V., xl, 1, p. 608 : « Sed praevidebat etiam gratia sua populum piorum in adoptionem vocandum remissisque pecoatis justiflcatum Spiritu sancto sanctis angelis in aeterna pace sociandum, novissima inimica morte destructa; cui populo esset hujiis roi consideratio profutura, quod ex uno homine Deus ad commendandum hominibus, quam ei grata sit etiam in pluribus unitas, genus instituisset humanum. »

2. De Genesi ad litteram, IX, 3, G. V., xxviii, 1, p. 272 : « Non ut morientibus parentibus filii succédèrent, sed ut illis, qui genuissent, in

* aliquo formae statu manentibus et ex ligno vitae, quod ibi plantatum erat, corporalem vigorem sumentibus et illi, qui gignerentur, ad eundem perduoerentur statum, doneo certo numéro impleto, si juste omnes oboedienterque viverent, tune fleret illa commutatio, ut sine illa morte animalia corpora conversa in aliam qualitatem, eo quod ad omnem nutum regenti se spiritui deservirent et solo spiritu vivificante sine ullis

ger les desseins de Dieu, puisque la prescience divine, connaissant la malice de Thomme, a prévu le bien qu'elle en retirerait ^.

Le nomère des élus était prédéterminé; aussi sera-t-il assuré par l'intervention de la grâce divine, qui régénérera les descendants du premier père en nombre suffisant pour mettre à son comble la Cité bienheureuse 2. Ce qui devait être une conséquence immédiate du grand bienfait de la génération, réclame une action complémentaire et efficace de la Providence divine. De même la fécondité naturelle de l'homme, voulue par le Créateur pour être la pépinière de la seule Cité céleste, est-elle devenue en même temps, par suite de la défaillance primitive, une semence de réprouvés.

Il faut donc que le royaume des prédestinés soit formé de la descendance du premier homme, car le plan de Dieu ne peut faillir.

Saint Augustin rapporte à cette prédétermination du Créateur le but de la génération ^. Quand même l'homme aurait toujours conservé sa perfection d'origine, la multiplication de la famille humaine aurait eu lieu et se serait poursuivie jusqu'au nombre préétabli ^; mais la génération n'aurait porté aucune atteinte à la félicité matérielle et spirituelle, dont nos premiers parents jouissaient au paradis terrestre. Elle n'aurait été que le moyen de correspondre à l'accomplissement de la bénédiction divine « Crescite et multiplicamini », jusqu'au jour où le premier homme et ses

alimentorum corporalibus sustentaoulis viverent, spiritalia vocarentur. Potuit hoo fieri, si non praecepti transgressio mortis supplioium mèreretur. » — Gfr. IMd., VI, 23, p. 196.

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