IMd., col
2. De bono conj., 19, C. V., xli, 3, p. 216; De nupt. et conc, I, 13, G. V., XLii, 2, p. 226;
polygamie, étant le meilleur moyen d'atteindre les aspirations nationales, soit entrée dans les habitudes et dans les mœurs du peuple hébreu.
Saint Augustin exclut ici toute idée de concupiscence dans la polygamie des anciens. Si Dieu la leur a permise, et si elle était exempte de toute faute morale ^ c'est exclusivement en vue de la génération du plus grand nombre d'enfants, auquel elle tendait. N'était cette raison, elle aurait été interdite alors, aussi bien qu'aujourd'hui.
En effet, si l'intention de Dieu avait été de donner aux hommes par la pluralité des femmes plus de facilité pour satisfaire leurs désirs charnels, il aurait accordé la même permission aux femmes. Mais il l'a refusée à celles-ci, parce que leur polyandrie n'aurait pas augmenté le nombre des enfants. Par conséquent, les hommes ne jouissaient eux aussi de ce privilège, que pour faire servir leur fécondité au profit de la génération ^.
Aussi bien si le but de la polygamie était de lâcher davantage la bride à la volupté, elle ne serait plus sans faute morale, et n'échapperait pas au reproche des divines Ecritures 3.
De l'avis de saint Augustin, on n'a pas le droit de douter que les saints Patriarches n'aient correspondu fidèlement à cette unique raison de leur polygamie. Jamais ils n'ont cherché plusieurs femmes que pour multiplier leurs descen-
1. De bono conj., 15, C. V., xli, 3, p. 210 : « ...tuno autem etiam plures (uxores) inculpabiliter ducebant ».
2. De nupt. et conc, I, 9, C. V., xlii, 2, p. 221; Sermo 51, 15, P. L., XXXVIII, col. 347 :[ « Nam si libido immoderata placeret Deo, sic permitteretur illo tempore, ut una femina haberet plures viros, quomodo unus vir plures feminas. Quare omnes feminae castae non habebant amplius uno viro, vir autem plures feminas? nisi quia plures habere feminas uniim virum pertinet ad prolis numerositatem ; una autem femina non quo plures habuerit viros, plures poterit parère filios. »
3. De doctr. christ., III, 12, P. L., XXXIV, col. 73 : « In hujusmodi moribus quidquid illorum temporum sancti non libidinose faciebant, quamvis ea facerent quae hoc tempore nisi per libidinem fieri non possunt, non culpat Scriptura. » — De bono conj., 25, G. V., xli, 3, p. 228 : « Si tamen capiunt (haeretici) non esse peccatum, quod neo contra naturam committitur, quia non lasciviendi, sed gignendi causa illis feminis utebantur. »
UMTÉ DU MARIAGE 109
dants. De leur temps, la vertu même de la continence, qu'ils cultivaient au fond de leur cœur, devait se donner au travail de la génération exigée par les circonstances de Tépoque. S'il leur avait été possible de parvenir à cette fm sans l'union conjugale, ou s'il leur eût été donné de suivre le conseil de la Nouvelle Loi nous invitant à l'abstention du mariage, ils se seraient estimés heureux de s'y conformer et de n'être plus forcés de remplir ce devoir matériel ^
Mais, puisque ce n'était point là l'ordre des choses, ils s'unissaient à leurs femmes, obligés par la nécessité, ou plutôt par un devoir d'office, sans dépasser jamais le strict indispensable à l'effet de la génération ^.
La coopération des justes de l'Ancien Testament dans l'œuvre de la multiplication du genre humain doit être considérée comme une conséquence de leur piété, puisque leur mariage se rapportait au mystère de la venue du Christ. Voilà pourquoi les conjoints d'aujourd'hui, quelque continents qu'ils soient, ne peuvent être comparés à ces saints époux.
Ceux qui, de notre temps, se marient pour éviter le danger de la fornication, ou dépassent dans la vie conjugale les exigences de la génération pour ne pas tomber dans l'abîme de l'adultère, ont besoin de pardon, tandis que les anciens Patriarches n'en avaient pas besoin. Ceux-là s'engagent dans le mariage mus par un sentiment de convenance ou d'honnêteté, ceux-ci sont en quelque sorte descendus à la vie conjugale par un sentiment purement religieux.
Même ceux qui ne cherchent dans le mariage que le but
1. Be adult. conj., II, 12, G. V., xli, 3, p. 395; De doctr. christ., III, 18, P. L., XXXIV, col. 76 : « Itaque si eos in hao vita invenisset Domini adventus, cum jam non mittendi, sed colligendi lapides tempus esset, statim seipsos castrarent propter regnum coelorum. »
2. Sermo 51, 15, P. L., XXXVIII, col. 347; De nupt. et conc, I, 8, G. V., xLii, 2, p. 221 : « Sic patres sanctos ex Abraham et ante Abraham, quibus Deus quod ei placuerunt perhibet testimonium, usos fuisse conjugibus neminem oportet dubitare christianum, quando quibusdam etiam singulis plures habere conoessum est, ubi ratio fuit prolis multiplicandae, non variandae, appetitio voluptatis. » — De bono conj., 16, G. V., XLI, 8, p. 211.
pour lequel il a été institué, ne peuvent être comparés aux saints des premiers temps. Dans les uns le désir d'avoir des enfants est charnel, dans les autres il était spirituel^.
Saint Augustin ne refuse pas non plus aux saints de l'Ancien Testament tout le mérite de la virginité.
La continence, étant une vertu de l'âme et non du corps, peut exister sans apparaître dans les actes extérieurs, si l'opportunité des temps le réclame. Les Patriarches, contraints par un devoir de religion, « ex aliquo religionis officio », devaient se rabaisser jusqu'à la génération dans le mariage. Mais que personne n'ose douter qu'ils n'aient possédé au fond de leur oœur la parfaite vertu de la continence.
Si Abraham, par exemple, était prêt à se priver de son fils unique et à l'immoler de sa propre main, avec combien plus d'empressement encore aurait-il consenti à vivre sans épouse, si Dieu le lui avait ordonné! Mais, puisque les temps étaient autres qu'ils ne sont aujourd'hui, ils devaient se sacrifier à la condition du mariage, où, à côté de la génération, ils cultivaient non seulement la chasteté conjugale dans leurs actions, mais aussi la parfaite continence dans leur esprit.
Voilà pourquoi, de même que le mérite de la patience de saint Pierre subissant le martyre n'est pas plus grand que celui de saint Jean ne le souffrant pas, de même le mérite de celui-ci gardant la continence ne l'emporte pas sur celui d'Abraham ayant des enfants. L'unique différence résulte de ce que la continence de Jean se manifestait dans ses oeuvres, et celle d'Abraham restait cachée dans son esprit; le premier possédait V habitas et la pratique de cette vertu, le second n'en avait que Vhabitus 2.
Au point de vue du symbolisme, le mariage polygamique des Anciens avait aussi sa signification sacramentelle. Il était la figure de l'union de beaucoup d'âmes à un seul Dieu par la pluralité de femmes soumises à un seul homme. Par rapport aux mystères dû Messie, il figurait la multitude des