De doctrina christiana, III, 12, P. L., XXXIV, col
tuellement, est réputé sage ou superstitieux, « aut temperans aut super stitio sus est », Mais si Ton dépasse dans cet usage les bornes où se renferment les gens vertueux parmi lesquels on vit, on est considéré comme personnage d'une vie mystérieuse ou coupable, « aut aliquid significat, aut flagitiosus est », puisque dans ces choses ce n'est pas l'usage, mais l'intention qui fait la faute.
Ainsi ce qui est un crime parmi les hommes, peut être quelquefois le signe d'un grand mystère dans la personne de Dieu ou chez un prophète. Il importe dès lors de considérer avec soin ce qui convient aux lieux, aux temps e1 aux personnes, pour ne pas crier témérairement au crime, et de ne pas oublier que le bien et le mal de nos actions ne dérivent pas de la nature des choses passagères dont nous nous servons, mais du motif et de l'intention qui nous font agir^.
Or, il est hors de doute que les justes de l'Ancien Testament étaient, dans le royaume terrestre, la figure et l'annonce du royaume céleste.
S'ils désiraient avoir des enfants, c'était en vue de Jésus- Christ, afin de conserver, de multiplier et de distinguer de toutes les nations du monde le peuple dont le Sauveur devait naître selon la chair. Dieu, en effet, avait voulu que la prophétie la plus claire de la venue du Messie fût celle qui annonçait de quel peuple et de quelle famille il sortirait pour apparaître aux hommes sous l'enveloppe de la nature humaine ^.
Ainsi, la propagation était chez le peuple Israélite une conséquence, aussi bien qu'une nécessité, du mystère auquel il était attaché. Cette nécessité était reconnue de tous, et dominait les esprits comme une tradition nationale, au point qu'ils étaient méprisés par l'opinion publique et maudits par la loi, tous ceux qui ne coopéraient pas à la multiplication du peuple élu. Dès lors rien d'étonnant que la