‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 104 sur 277 · MOTIFS ÉLOIGNANT LES PREMIERS CHRETIENS DU SERVICE MILITAIRE I · texte numérisé non relu

MOTIFS ÉLOIGNANT LES PREMIERS CHRETIENS DU SERVICE MILITAIRE I

n'est rapines, violences, calomnies, mensonges honteux, et flatteries lâches et serviles P

... Ils sont pires envers les hommes que les botes les plus farouches ; ils sont bien éloignés de rien faire pour l'amour de Jésus Christ ; ils ne font rien que pour l'argent, pour la gloire, ou pour le plaisir. Qui pourrait donc rapporter tous leurs excès, leur vie oisive, leurs entretiens extravagants, leurs railleries sanglantes, leurs paroles pleines d'infamies ? (2)

On lit également dans saint Augustin (3) :

Quelques-uns de nos frères qui sont dans la milice ou dans certaines charges publiques, lorsqu'ils commettent des fautes graves, ont l'habitude, quand on les leur reproche, de s'en excuser, en donnant comme toute première raison qu'ils sont soldats, et que, s'ils agissent mal, c'est qu'on les emploie à des occupations mauvaises ; comme si le coupable était leur métier et non leur volonté. Ce qu'ils font de mal, ils en rendent responsable l'office qu'ils remplissent. Mais faire la guerre n'est pas un péché ; ce qui est un péché, c'est faire la guerre surtout en vue du butin... Comment se fait-il que, lorsqu'on leur adresse des observations, quand on leur reproche de s'enivrer, de voler le bien d'autrui, d'être violents, de commettre des meurtres, ils répondent aussitôt : « Que voulez-vous que j'y fasse, je suis un homme du monde, un soldat ; je ne suis pas un prêtre, ni un moine. » Comme si, parce que l'on n'est ni prêtre, ni moine, on avait le droit de tout se permettre I Mais, chez les chrétiens, les plus honnêtes devraient être les soldats.

On comprend donc aisément que la carrière des armes ne parut point aux chrétiens des premiers siècles l'une des meilleures à embrasser, et que particulièrement ceux d'entre eux qui aspiraient à une perfection plus grande n'aient voulu ni entrer, ni rester dans la milice.

Saint Jérôme loue le jeune Népotien d'avoir rejeté le ceinturon, non qu'il réprouve le service militaire en lui-même, mais parce qu'il le considère comme un moyen imparfait de servir Dieu. « Dans la carrière des armes, il avait été, dit-il, « un soldat parfait et avait mérité des récompenses. Quand il « l'abandonna et changea de position, il distribua aux pau- « vres tout ce qu'il avait gagné dans les camps (4). »

Il est bien d'autres choses permises que certains chrétiens de cette époque s'interdisaient dans le but ou l'espoir d'arriver à une vie plus voisine de la perfection : les procès, par exemple. « Les chrétiens, dit Athénagoras, ne plaident pas contre

(2) Saint Jean Chrysostome, Homel. LXI, in Matt.

(3) Sermo LXXXII, De verbis, Ev. Luc, cap. 3.

(4) Saint Jérôme, Ep. LX, 0°' 8 et 9.

ceux qui leur ravissent leur bien » ; le serment, dont beaucoup condamnaient absolument l'usage ; les charges importantes, telles que la préture, l'édilité : comme elles, le service militaire absorbe le temps de celui qui Tembrasse et l'occupe de telle façon qu'il ne peut se consacrer comme il convient aux choses du ciel.

§ 5. — L'horreur de Tef fusion du sang.

115. — Mais de plus, le but du service militaire, la guerre, c'est l'efTusion du sang ; même si elle est exempte de faute, elle souille celui qui en est l'auteur ou l'instrument.

Les prêtres païens et les gardiens des idoles étaient dispensés du service militaire, afin d'avoir toujours les mains pures lorsqu'il leur fallait offrir des sacrifices aux dieux (1).

Et la primitive Eglise, nous n'en pouvons douter en voyant les prescriptions qu'elle fit à ce sujet dès qu'elle eut acquis le droit de vivre librement, avait l'horreur du sang versé : abhorrebai a sanguine. Si les trois premiers siècles ne nous ont pas laissé sur cette matière de nombreux documents, nous en trouvons un grand nombre dans les siècles suivants.

Il suffira, pour s'en rendre compte, de se reporter aux textes que nous avons cités dans la première partie de cet ouvrage (n^^^ 69 et suiv.).

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