MOTIFS ÉLOIGNANT LES PREMIERS CHRETIENS DU SERVICE MILITAIRE I
« temenl tous les ordres de l'empereur ; qu'ils n'abandonne- « ront jamais le service militaire, et qu'ils mourront, s'il le « faut, pour la République romaine. »
Sans doute, pour le plus grand nombre, ce serment n'était aucunement inconciliable avec la fidélité au Christ.
Nous sommes tes soldais, disait saint Maurice à l'empereur Maximin, au nom de la légion Ihébainc ; mais nous sommes aussi les serviteurs du Dieu que nous confessons librement. A toi, nous devons le service militaire ; à Lui, nous devons de nous garder de toute faute. Nous sommes liés d'abord par un serment envers Dieu, ensuite par un serment envers Tempereur ; ne pense pas que nous nous croirions obligés par le second, si nous manquions au premier (2).
C'est ce qu'explique' bien saint Augustin (3) :
Les soldats du Christ ont servi sous les empereurs infidèles. Quand il s'agissait de la cause du Christ, ils ne connaissaient que le Maître qui est au ciel. Quand les empereurs voulaient les forcer à honorer les idoles ou à leur offrir l'encens, ils leur opposaient Dieu. Quand ils leur disaient : Tirez votre épée et allez combattre telle nation, ils leur obéissaient aussitôt. Ils distinguaient le Maître éternel et le maître temporel, et c'était à cause du Maître éternel qu'ils étaient soumis au maître temporel.
113. — Mais une école intransigeante, dont Tertullien lut le principal interprète, prétendait que le serment fait à l'empereur ne laissait à la conscience des soldats aucune liberté, et rappelait qu'il est dit dans l'Evangile : « On ne peut pas servir deux maîtres à lajois » (1).
On se demande maintenant, écrit-il (2), si un fidèle peut être soumis au service militaire, et si un soldat peut être admis à la foi, je dis même un soldat inférieur, un soldat à calige, qui n'est pas dans la nécessité de présider à des sacrifices ou à des condamnations capitales.
Il n^y a pas d'accord possible entre le serment divin et le serment humain, entre 1* étendard du Christ et l'étendard du diable, entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres ; une âme ne peut se dévouer à deux maîtres : à Dieu et à César.
En fait, divers chrétiens suivirent l'opinion de Tertullien et refusèrent le serment ; parmi eux, on peut citer Basilide (vers
(2) Ruinart, Acia sincera marlyrum, saint Maurice. Une légion comprenait 6.600 tiommes (voir n" 62).
(3) Saint Augustin, Lettre 5 ad Marcellinum.
113. — (1) On lit dans Grotius : « On faisait jurer les soldats par les dieux des Nations, par Jupiter, par Mars, et autres divinités. » {De jure belli ac pacis, liv. I, ctiap. 2, IX, .3.)
(2) Tertullien, De Idololatriâ,
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202) à Alexandrie. Chargé de conduire au supplice sainte Potamienne, il avait dû la protéger contre les déchaînements de la populace ; la sainte, touchée de sa bienveillance, luiavait promis de prier pour lui, et il était devenu chrétien. Ayant, à quelque temps de là, à prêter un nouveau serment exigé par la discipline, il avait répondu : «Je ne le puis, car je suis chrétien. » Il fut exécuté le lendemain (3).
De même, le centurion Marcellus, dont nous avons déjà parlé (n° 109), déclara qu'il ne pouvait, étant lié par un serment à Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, se lier par un serment militaire, et que, pour cette raison, il déposait les armes; car, ajouta-t'il, il ne convient pas que les soldats du Christ s'occupent de la milice du siècle (4).
§ 4. — Les mœurs des soldats romains.
114. — Si dans l'armée romaine se trouvaient des saints, qui, comme saint Martin, « ressemblaient plus à des moines qu'à des soldats (1) », il faut reconnaître que la très grande majorité de ceux qui la composaient avaient des mœurs très répréhensibles. Lorsque saint Jean répondait aux soldats qui étaient venus se faire baptiser et lui demander ce qu'ils devaient faire pour être sauvés : u Ne frappez personne, ne commettez pas d'extorsions, contentez-vous de votre solde », il ne leur avait pas donné simplement un banal conseil de morale; il avait atteint par sa réponse certains vices particulièrement répandus chez les légionnaires.
Peut-on nier, écrit saint Jean Chrysostome. que les gens de guerre ne commettent de grands excès contre Dieu, par tant d'outrages et tant de violences qu'ils font tous les jours, s'enrichissant de vols et de brigandages, et cherchant leur bonheur dans la misère des autres ? Ce sont des loups plutôt que des hommes ; ils se repaissent de sang et de carnage, et leur àme est comme une mer qui est sans cesse agitée par les temprles des passions. Y a-t-il des désordres dont ils soient exempts ? \ a-t-il un vice qui no règne en eux ? Us sont ailiers et insolents ; ils sont jaloux de leurs égaux et insupportables à ceux qui leur sont soumis ; ils traitent en esclaves et en ennemis ceux qui ont recours à eux pour trouver protection et sûreté. Que voit-on parmi eux. si ce
(3) Eusèbe, IJîst. eccles., liv. VI. ch. 5.
(4) C'est la renonciation au serment militaire qui motiva ^a condamnation (Busèbe, Hist, Ecd., liv. VIII, 1).