De Coronn
(2) Omnem postea miliiem Dominus in Petro examiando discinxit. Niillus habitas licitus est apud nos illicito actui adscriptus [De IdoloU'itria, cap. XIX .
(3) De Idololàtria.
(4) Apologet.,cii'Çi. XLIl etXXXVlI.
LES ÉCRIVAINS CHRÉTIENS l83
Tertullien n'aurait pu concevoir la fierté qu'il exprimait au Sénat romain, s'il avait considéré la carrière militaire comme interdite aux chrétiens, comme absolument incompatible avec les préceptes évangéliques.
Et cela semble confirmé par la distinction qu'il t'ait entre ceux qui entrent dans la milice après avoir reçu le baptême, et ceux qui reçoivent le baptême étant déjà soldats :
« Ces derniers, dit-il (5), sont dans la condition de ceux que Jean « admettait au baptôme : ils ressemblent à ces centurions fidèles, dont « Jésus-Christ loue l'un et dont Pierre catéchise l'autre ; pourvu « qu'après avoir reçu la foi et s'y être confirmés, ils quittent aussitôt (c leur carrière, ainsi que quelques-uns l'ont fait, ou qu'ils prennent « garde par tous les moyens de ne pas offenser Dieu, en faisant des choses « qui ne sont permises ni aux soldats, ni aux autres, et qu'ils sachent « de nouveau soufTrir pour Dieu, si les païens les y obligent ; car faire « partie de la milice n'autorise pas à faire le mal, et n'exempte pas « du martyre. »
Soyez donc soldats, si vous ne voulez pas abandonner votre carrière, mais n'oubliez pas que cela ne vous donne pas le droit de faire le mal et que vous vous exposez au martyre, tel nous paraît être le sens des paroles de Tertullien, Il est facile de comprendre qu'il s'inquiétât de voir s'exposer à de tels risques des hommes qui n'étaient pas tous des saints ; car il ne faudrait pas juger tous les premiers chrétiens par ceux dont le Martyrologe nous a conservé le souvenir.
§ 2. — Origène (185-254).
118. — Dans Origène également, on chercherait en vain une condamnation nette, formelle, raisonnée de la guerre, de toutes les guerres. On trouve même dans cet auteur une justification de guerre défensive, à propos des combats que livrent les abeilles quand elles se défendent contre les guêpes :
« Peut-être, dit-il, ces guerres que livrent les abeilles montrentelles comment et pour quelles justes raisons les hommes peuvent
(5) Dum tamen, suscepta flde ac signala, aut deserendum statim sit (ut a multis actum), aul omnibus modis cavillandum {ou cavendum) ne quid adversus Deum commitlatur quae nec ex militia {ou extra mililiam) permittuntur, aut novissime perpetienduro pro Deo, quod itque fldes pagana (seu non militaris) conduxit. Nec enim deliclorum impunitatem, aut martyriorum immunitatem militia promitlit (De Corona, cap. XI).
l84 LES CHRÉTIENS DES TROIS PREMIERS SIECLES
entreprendre des guerres, si parfois ils ne peuvent faire autrement (i). »
Celse avait reproché aux chrétiens de se tenir à l'écart de l'armée. Il leur faisait un grief de leur conduite, bien qu'elle fût légitime dans un pays où le service militaire n'était pas obligatoire et où les soldats ne faisaient pas défaut, et les invitait « à venir en aide à l'empereur, à assumer leur part de « ses justes labeurs, à prendre les armes pour lui, et, s'il le « demandait, à combattre pour lui, voire à conduire des trouce pes avec lui. »
« Origène, qui entreprit de le réfuter, dit M. Vacandard, se garda bien de lui donner un démenti formel. Tout en écartant le reproche qu'on adresse à ses coreligionnaires, il en reconnaît le bien-fondé. Les chrétiens ne portent pas les armes, mais c'est leur droit et ils sont dans leur rôle : ils servent le prince à leur manière. Suivant le conseil de l'apôtre, ils font des prières incessantes pour tous les hommes, mais particulièrement pour les rois et pour tous ceux qui sont dans les dignités... Les prêtres des idoles et les gardiens des dieux s'abstiennent de verser le sang, afin d'avoir les mains pures quand ils leur offrent des victimes... Pourquoi ne pas accorder le môme bénéfice à ceux qui combattent par l'arme de la prière, comme ministres et prêtres du vrai Dieu, pendant que les autres font la guerre ? » Oui, « en infligeant une défaite aux démons qui suscitent la guerre et (( troublent la paix, nous sommes d'un plus grand secours aux souveu rains que ceux qui portent l'épée. Plus que personne, nous com- « battons pour l'empereur. Sans doute, nous ne combattons pas sous « lui, même quand il voudrait nous y contraindre, mais nous com- « battons pour lui en formant, à part nous, un camp de piété, d'où (( partent nos prières vers la divinité (2) ».
« Manifestement, Origène n'est pas partisan du service militaire pour les chrétiens. Au regard des choses de la guerre, tous les disciples du Christ sont des prêtres, et les prêtres ne doivent pas verser le sang (3). »
§ 3. — Lactance (mort vers 530).
119. — -Lactance est beaucoup plus formel : pour lui, un chrétien n'a jamais le droit de verser le sang. Le précepte de Dieu « Tu ne tueras pas » n'admet aucune exception :
« Il n'est pas permis au juste de porter les armes ; sa milice à lui,
118. == (1) Portasse eliarn liioc imai;o belloriim qua» gerunl apes, nobis documenlo est quomodo juste et ioordate gerenda bella sint, si quando inler liomines péri opus est {Contra Celsum, liv. IV).
(2) Origène, Contra Celsuni, lib. VIII.
(3) Vacandard, Hev. d Apologétique, 15 juillet lOOG, p. 341.
LES ÉCRIVAINS CHRETIENS l85
« c'est la justice ; il ne lui est môme pas permis de porter contre « quelqu'un une accusation capitale : il importe peu, en effet, que « l'on tue par le fer ou par la parole ; car ce qui est défendu, c'est de « tuer. Il n'y a pas la moindre exception à faire au précepte divin : « tuer un homme est toujours un acte criminel (i). »
Qu'y a-t-ildeplus horrible, de plus alTreux que de tuer un homme : c'est pourquoi les lois les plus sévères protègent notre vie, c'est pourquoi les guerres sont exécrables (a).
§ 4. — Autres écrivains chrétiens.
120. — Les Pères de l'Eglise des premiers siècles n'ont rien écrit à quoi n'aient pu souscrire ceux des siècles postérieurs.
Saint Cyprien (mort en 258) : Les chrétiens doivent aimer leurs ennemis et se servir contre eux des armes spirituelles (Ep. ad concilium). Toute la terre est teinte du sang des batailles. L'homicide est un crime quand un particulier le commet ; mais on l'honore du titre de vertu et de courage quand on le commet plusieurs ensemble (ad Don., 4).
Saint Chrysostome (347-407) : Tout d'abord, il faut ne faire injure à personne ; ensuite ne pas rendre injure pour injure, mais l'accepter paisiblement ; enfin ne pas haïr celui qui l'a faite ; au contraire l'aimer, lui faire du bien, et prier pour lui {Ilom. XVIII, in cap. V Matt.).
Saint Ambroise (335-397) : Ceux qui vivent conformément à l'Evangile ne demandent pas de réparation : ils l'attendent de Celui qui a dit : C'est moi qui rendrai justice ; il ne convient pas à un chrétien de rendre injure pour injure (Chron. Matt. V).
Mais on le comprend aisément: alors que, d'une part, les évêques et les prêtres s'abstenaient, pour les raisons énoncées plus haut, d'encourager les chrétiens à entrer dans la milice, et que, d'un autre côté, des hommes, des écrivains qui exerçaient sur leurs contemporains une grande influence, exagéraient la doctrine au sujet de la mansuétude chrétienne ou de la renonciation aux affaires du siècle, jusqu'à enseigner qu'il était défendu de porter les armes, des esprits simples ont pu se croire obligés d'abandonner la milice et le métier militaire.
(( Ce fut ce qui arriva à saint Vietrice, à saint Paulin, et aussi à saint Martin ; ce dernier, cédant aux prières de son tribun, resta dans l'armée pendant les deux années qui suivirent son baptême, [mais ensuite il déposa les armes en disant