LES COLLECTIONS DE CANONS
Lanfranc. 11 fut d'abord abbé de Saint-Ouentin en Bcauvaisis, puis nommé en 1092 par le pape Urbain 11 évoque de Chartres. 11 eut à supporter les persécutions du roi Philippe 1*', à qui il reprochait sa conduite. 11 mourut en 1116. 11 a laissé des lettres, des sermons, des chroniques, et deux célèbres collections de canons : la première porte le nom de « Decretum Ivonis », et la seconde de « Panormin ».
La question de la guerre et de sa légitimité est traitée, en même temps d'ailleurs que la légitimité du châtiment des malfaiteurs, dans la dixième partie du Décret et dans le livre Vlll de la Panurmia (1) (Migne, GLXl).
Voici un résumé de la doctrine qui ressort de l'ensemble des canons rapportés par Yves de Chartres.
Ce n'est pas un mal, mais au contraire un bien nécessaire à la société humaine qu'il y ait des hommes qui poursuivent les criminels, afin de protéger et de délivrer les autres (D., 107 ; P., 42) (2). Ce sont les rois qui sont chargés de ce soin : ils doivent punir les voleurs, les adultères, les impies, les parjures et les meurtriers (D., 96; P., 33) (3). Ces derniers peuvent être mis à mort sans que celui qui prononce la sentence soit coupable ; car lorsqu'un homme est justement condamné à mort, ce n'est pas le juge qui le tue, c'est la loi (D., 101 ; P., 38) (4). Celui qui exerce ainsi la vindicte peut agir avec une bonne intention (D., 106; P., 40) (5); d'ailleurs, il est avantageux pour le voleur ou le pirate qu'on le mette dans l'impossibilité de faire le mal (D., 113; P., 50) (6). Celui qui de la sorte frappe les malfaiteurs parce qu'ils sont malfaiteurs et a même le droit de les mettre à mort est « ministre de Dieu » (D., 114; P., 51) (7) ; ce n'est pas sans raison qu'il
146. = (1) C'est en conséquence dans cette X» partie et dans ce VIII» livre qu'il convient de rechercher les textes des canons auxquels nous nous référons dans l'analyse qui suit, canons qui sont indiqués par leurs numéros.
(2) Saint Augustin, ad Macedoniurriy ep. 54 {Dec. Grat., C. XXIII, qu. V, c. 17).
(3) Saint Cyprien, De nono génère abusionis {Dec. Grat.j C. XXIII, qu. V, c. 40).
(4) Saint Augustin, De tib. arbit., lib. I, c. 4 {Dec. Grat., C. XXIll, qu. V, c. 4i).
(5) Saint Augustin^ Quœsl. sup. Mattheum, lib. 1, qu. X {Dec. Grat,^ C. XXIH, qu. V, c. 16j.
(6) Saint Jérôme, Super Sophoniam. c. 1 {Dec. Grat., C. XXIII, qu. III, c. 6).
(7) Saint Jérôme, Super Ezechiel, lib. III, c. 9 {Dec. Grat., C. XXIII, qu. V, c. 29).
Vanderpol 14
3IO DE SAINT AUGUSTIN A SAINT THOMAS d'aQUIN
porte le glaive contre tous ceux qui font le mal, et il peut agir ainsi avec toute sécurité si le salut du pays le demande (D., 117; P., 55) (8).
La guerre est donc permise dans certains cas ; et la force, qui par elle défend la patrie contre les barbares et protège les faibles contre les brigands, agit tout à fuit conformément à la justice (D.,97; P., 34) (9).
Que la guerre soit parfois permise, cela est aussi démontré par l'exemple de David que Dieu regarde d'un œil favorable (D., 126) (10), par la réponse que saint Jean fit aux soldats (D., 107, 110 ; P., 42) (11), par les actes et les écrits de certains papes (D., 83, 84, 90, 91 ; P., 27, 28, 32) (12). C'est au prince seul qu'ap[)artient le droit de déclarer la guerre (D., 110 ; P., 46) (13). Celle-ci est juste quand elle a pour but de reprendre ce qui a été enlevé ou de repousser les ennemis (D., 116; P., 54) (14). Celui qui la déclare doit le faire dans une bonne intention, c'est-à-dire dans le but d'empêcher ceux qu'il combat de faire le mal et de les amener à la justice et à la paix; si au contraire, il faisait la guerre en vue du butin, par cupidité, ou par cruauté, il serait coupable (D., 105, 107, 125; P., 42, 60) (15).
Il ne faut faire la guerre qu'en cas de nécessité (D., 93 ; P., 37) (16), et dans le but d'établir la paix: alors la guerre n'est pas contraire à la charité et à la paix (D., 105) (17).
Quant au soldat, il n'est pas coupable en se servant du
(8) Pape Etienne, Lettre à Vévêque Luilwar.
(9) Saint Ambroise, De officiis, lib. I, c. 27 {Dec. Grat., C. XXUI, qu. II , c. 5).
(10) Saint Augustin, ad Bontfacium, ep. 207 [Dec. Grat., C. XXIII, qu. I, e. 3).
(11) Saint Augustin, ad Marcellinum, ep. 5 [Dec. Grat., C. XXIII. qu. I, c. 2); et Contra l'austum, XXII, 75.
(12) Pape Léon IV, Ludovico-Auguslo, ep. {Dec. Grat., C. XXIII, qa. VIII, 7 et 8) ; — Pape Grégoire, ep. 21 [ibid., 17); — Alcuin, Gesta Caroti Magni {ibid., 10).
(13) Saint Augustin, Contra Faustum, XXII, 75 [Dec. Grat., C. XXIII, qu. I, c. 4).
(14) Saint Isidore, Origin., XVIII, c. 1, 2 {Dec. Grat., C. XXIII, qu. II, c. 1)
(15) Saint Augustin, De dw. Eccl. observ. (voir n" 4, note 2) ; ep. 5 arf Marcellinum ; De verbis Domini, XIX \Dec. Grat., Causa XXIII, qa. 1, c. 6, 2, 5).
(16) Pape Nicolas, Hesp. ad cens. Bulgarorum, XLVI {Dec. Grat., C. XXIII, qu. VIII. c. 15).
(17) Saint Augustin. De div. Eccl. observât, (voir noie 2, n» 4) [Dec. Grat., C. XXIII, qu. I,c. G;.
glaive, lorsqu'une autorité supérieure et légitime lui a ordonné ou permis de le faire (D., 110; P., 44) (18). 11 doit obéira cette autorité et faire sur son ordre ce qui lui est absolument interdit de faire de son autorité privée (D., 98 ; P., 35) (19). Il doit agir de la sorte, s'il est certain que Tordre qu'il reçoit est conforme à la loi divine, et même s'il n'est pas certain que l'ordre donné soit contraire à cette loi (D., 110 ; P., 47) (20). Toutefois, il peut être coupable, s'il donne la mort, non pas uniquement parce qu'on lui en a donné l'ordre, mais par cupidité ou par ambition (I)., 152) (21).
147. Gratien. — De toutes les collections de canons publiées avant saint Thomas, la plus importante est sans conteste celle de Gratien. Aussi avons-nous donné (n°* 190 à 205) la traduction de tous les canons relatifs à la guerre rapportés par lui dans le Décret.
Un trouvera des notes sur sa vie et son œuvre, n°' 185 à
Ouanl à saint Raymond de Penafort, Innocent IV et Hostiensis, comme ils étaient des contemporains de saint Thomas, nous les avons cités dans le Livre I.